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Chapitre 105 — Les nuits blanches

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-10-16 02:28:37
Aram

La lumière du plafonnier grésille, une lumière jaune qui tremble comme une flamme derrière un verre sale, et je reste allongé sur le dos, les yeux grands ouverts, à fixer cette ampoule qui bourdonne, et les ombres dansent sur les murs, des ombres que je connais trop bien, des ombres qui ont le visage de mon père, de ma mère, de la maison vide, des ombres qui sentent la cendre froide et le pain rassis, et je sens le drap coller à ma peau, une peau moite de sueur malgré la fraîcheur de la p
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  • SA CHALEUR 4   Chapitre 109 — Les retours

    AnoushJe décide de partir, je décide que cette maison est un tombeau, que ces murs sont des murs de prison, et j'attends qu'ils soient tous occupés, qu'ils oublient ma présence, et je profite d'un moment d'inattention, je me glisse dehors, je cours, mes pieds frappent le sol dur, et j'atteins la grille, je la secoue, elle est fermée, évidemment, mais je continue à la secouer, comme si je pouvais la briser par la seule force de mon désespoir, et je m'arrête, essoufflée, et je lève les yeux, et il est là, de l'autre côté de la grille, non, de ce côté, il est là, debout, il m'attendait, et je dis :— Tu savais que je partirais.Et il répond :— Oui.Et je sens les larmes monter, je sens la colère aussi, une colère froide qui me serre les poings, et je dis :— Pourquoi tu ne m'as pas arrêtée.Et il dit :— Parce que je voulais voir si tu reviendrais.Et ces mots me frappent en pleine poitrine, et je reste là, tremblante, et il ouvre la grille, non, i

  • SA CHALEUR 4   Chapitre 108 — Les fuites

    Mais il ne m'entend pas, il se lève, il se lève et il marche vers la porte, il l'ouvre, il sort, et la porte se referme avec un claquement qui me fait sursauter, et je reste seule, assise sur le lit, les jambes nues, les cheveux en désordre, et je sens la honte me submerger, une vague noire qui me remplit la bouche, qui me pique les yeux, et je me dis que je suis folle, que je n'aurais jamais dû, que les mots d'amour sont des mots qu'on ne dit pas à des hommes comme lui, et je me lève, je marche jusqu'à la fenêtre, je regarde dehors, la cour vide, la grille, et je me demande s'il est parti pour toujours, s'il va revenir, et je reste là, debout, les bras croisés sur ma poitrine, à attendre, et l'attente est une torture lente, chaque seconde qui passe est une aiguille enfoncée dans ma peau, et je finis par m'asseoir par terre, dos au mur, les genoux contre la poitrine, et je ferme les yeux, et je me dis que je suis seule, définitivement seule, et que c'est ma faute, et je reste là, hu

  • SA CHALEUR 4   Chapitre 107— L'amour

    AramLes mots sortent de ma bouche avant que je puisse les retenir, ils sont là, suspendus dans l'air entre nous, trois syllabes qui pèsent une tonne, et je les regarde flotter, je les vois se poser sur lui comme des oiseaux noirs, et il se fige, son corps devient une statue, ses yeux se vident, il ne répond pas, et le silence qui suit est un gouffre, un puits sans fond dans lequel je tombe, je tombe, et je tends la main, je veux le toucher, je veux effacer ces mots, les reprendre, les ravaler, mais il se lève, un mouvement brusque, il se lève et il marche vers la porte, et je crie :— Levon.Mais il ne se retourne pas, il ouvre la porte, il sort, et la porte claque, un bruit sec qui résonne dans ma poitrine, et je reste seul, allongé sur ce lit défait, les draps froissés, l'oreiller encore imprégné de son odeur, cette odeur de savon de Marseille et de laine humide qui me monte à la tête, et je sens la honte monter, une honte brûlante qui me couvre le visage, qui me

  • SA CHALEUR 4   Chapitre 106 — La tendresse

    Aram Il n’y a plus de dehors, il n’y a plus de dedans, il n’y a que cette lumière grise qui filtre à travers les rideaux et qui nous enveloppe comme une eau tiède, et je suis allongé près de lui, nos corps se touchent à peine, un bras, une jambe, un souffle, et je le regarde, il a les yeux fermés, ses cils sont longs, ils dessinent des arcs sombres sur ses joues pâles, et je tends la main, je pose mes doigts sur son sternum, je sens les battements de son cœur sous ma paume, un rythme lent, régulier, et il ouvre les yeux, il me regarde, il ne dit rien, mais ses pupilles se dilatent, deux taches noires qui mangent l’iris, et je commence à le toucher, pas comme avant, pas avec cette urgence qui nous jetait l’un contre l’autre, non, je le touche comme on touche une chose fragile, une chose qu’on pourrait briser, et je descends le long de son torse, je m’arrête sur ses côtes, je les compte une par une, et il frissonne, un frisson qui part de sa nuque et qui descend le long de sa colonne,

  • SA CHALEUR 4   Chapitre 105 — Les nuits blanches

    Aram La lumière du plafonnier grésille, une lumière jaune qui tremble comme une flamme derrière un verre sale, et je reste allongé sur le dos, les yeux grands ouverts, à fixer cette ampoule qui bourdonne, et les ombres dansent sur les murs, des ombres que je connais trop bien, des ombres qui ont le visage de mon père, de ma mère, de la maison vide, des ombres qui sentent la cendre froide et le pain rassis, et je sens le drap coller à ma peau, une peau moite de sueur malgré la fraîcheur de la pièce, et j’entends ma propre respiration qui siffle entre mes dents serrées, un sifflement aigu, presque un gémissement, et je voudrais me lever, marcher, hurler, mais mes jambes sont deux blocs de pierre, deux morceaux de bois mort, alors je reste, je reste et je compte les battements de mon cœur qui résonnent jusque dans mes tempes, un deux trois quatre, et puis la porte s’ouvre, un grincement long, une lame de lumière jaune qui découpe le sol en deux, et Levon apparaît dans l’embrasure, sa si

  • SA CHALEUR 4   Chapitre 104— Le sang sur les mains

    AramLe sang.Il est partout.Sur le sol, sur les murs, sur mes mains, sur mes vêtements, sur ma peau, sur tout, sur tout ce que je suis, sur tout ce que je serai, sur tout ce que je veux être.Je regarde mes mains.Mes doigts, mes paumes, mes ongles, ces mains qui ont touché, ces mains qui ont repoussé, ces mains qui ont caressé, ces mains qui ont trahi, ces mains qui sont couvertes de sang, ce sang qui n'est pas le mien, ce sang qui est le sien, ce sang qui est celui de Mikael, ce sang qui est celui de l'homme qui voulait me prendre, ce sang qui est celui de l'homme que Levon a tué, pour moi.Je tremble.De tout mon corps, de toute mon âme, de tout ce que je suis, je tremble comme une feuille, comme un homme qui a froid, comme un homme qui a peur, comme un homme qui a honte, je tremble et je ne peux pas m'arrêter, je tremble et je ne veux pas m'arrêter, je tremble parce que si je m'arrête, je devrai penser, j

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