LOGINDu sang et de l’argent. C’était tout ce que Lucien sentait alors qu’il traversait la forêt à toute vitesse, sa forme de loup noir se faufilant entre les arbres, suivant le fil qui le reliait à son bêta.
Le lien pulsait faiblement, le guidant vers le sud, loin du territoire de la meute et vers les terres humaines. Lucien suivit l’odeur de Ronan à travers les arbres : sang, argent, douleur. Elle était faible, mais suffisamment claire pour être suivie. Jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus. Plus il s’approchait, plus la piste s’estompait. Pas parce que Ronan était en train de mourir. Parce que quelque chose d’autre la noyait. Une odeur humaine, forte, incroyablement forte pour une seule personne. De la vanille et de la pluie, et quelque chose qu’il ne pouvait pas nommer. Elle enveloppait tout, étouffant l’odeur de Ronan jusqu’à ce que Lucien puisse à peine la sentir. C’était comme si son loup donnait la priorité à l’odeur humaine plutôt qu’à celle de Ronan. Au moment où Lucien atteignit la lisière de la forêt, l’odeur de Ronan avait presque disparu, ensevelie sous cette odeur humaine enivrante. Lucien jaillit de la forêt et s’arrêta brusquement. Une vieille clinique se trouvait devant lui, petite et usée, à l’écart de la route principale. Le panneau décoloré indiquait : « Dune Veterinary Clinic. » Lucien reprit sa forme humaine, la poitrine haletante. Il fixa le bâtiment, essayant de comprendre. L’odeur de Ronan menait ici. Il pouvait sentir le lien qui le tirait vers l’avant. Mais l’odeur humaine était partout, écrasante, imprégnant le bâtiment, noyant tout le reste. Il s’approcha du bâtiment, et l’odeur était maintenant plus vive — une odeur féminine mêlée à celle de l’antiseptique, des animaux et de Ronan. Lucien fit lentement le tour de la clinique, observant chaque détail. La porte arrière était verrouillée. Les fenêtres étaient sombres. Mais à travers le lien, il pouvait sentir Ronan à l’intérieur. Faible, mais stable. Ronan, envoya-t-il à travers le lien, en pressant sa paume contre la porte. Tu m’entends ? Un silence. Puis, faible et tendu : Alpha… tu es venu. Le soulagement l’envahit. Tu vas bien ? Tu peux reprendre ta forme humaine ? Pas encore. L’argent… Il s’estompe, mais je suis toujours bloqué sous ma forme de loup. La mâchoire de Lucien se crispa. Un empoisonnement à l’argent aussi grave aurait dû le tuer. Le fait que Ronan guérisse était déjà un miracle. La guérisseuse, dit prudemment Lucien. Qu’est-elle ? Je ne sais pas. La voix mentale de Ronan était fatiguée mais ferme. Elle sent l’humaine. Mais son toucher… Alpha, c’était comme la lumière du soleil. Elle savait ce que tu étais ? Non. Elle pensait que j’étais un chien. Un très gros chien. Lucien expira lentement. Une humaine. Une vétérinaire. Qui pouvait soigner des blessures causées par l’argent sans même savoir ce qu’elle faisait ? Il était toujours appuyé contre la porte, perdu dans ses pensées, lorsqu’il l’entendit. Des pas rapides, courant dans sa direction. Il se retourna par instinct, mais il était trop tard. Un bâton en bois était dirigé vers sa tête. Il essaya de l’éviter, mais le bâton en bois heurta le côté de sa tête, brutalement et rapidement. Une douleur brûlante et inattendue éclata. « ÉLOIGNEZ-VOUS DE MA CLINIQUE, VOUS ÊTES UN VOLEUR !!! » « Un voleur !? » Un grondement sourd monta de sa poitrine avant qu’il ne puisse l’arrêter, un son plus bestial qu’humain. Ses yeux s’assombrirent, son loup juste sous la surface. Il se retourna lentement et, à cet instant, lorsque leurs regards se croisèrent, le monde s’arrêta. Une femme se tenait devant lui, la poitrine haletante, le bâton levé pour frapper à nouveau. Petite. Peut-être un mètre soixante-cinq. Ses cheveux sombres s’échappaient librement de sa queue-de-cheval. Ses yeux étaient grands, remplis de fureur et de peur. Des yeux vert tempête. Elle était… Belle n’était pas le bon mot. C’était plus que cela. Quelque chose dans son visage — la détermination farouche de sa mâchoire, la façon dont ses yeux brûlaient de détermination malgré la peur sous-jacente — fit se resserrer sa poitrine. Mais ce n’était pas seulement son visage. C’était tout. L’attraction s’abattit sur lui comme un coup physique. Chaque nerf de son corps s’embrasa, lui criant de se rapprocher. De tendre la main vers elle. Son loup bondit en avant, sauvage et affamé d’une manière qu’il n’avait jamais connue auparavant. Mais il n’y avait aucun lien. Aucun fil doré qui se mettait en place. Aucune reconnaissance. Aucun appel de l’âme sœur. Seulement cette attraction impossible et écrasante qui faisait battre son cœur à toute vitesse et trembler ses mains. Qu’est-ce que c’est ? Lucien se força à respirer. À réfléchir. Sa main se porta à sa tempe, là où le bâton l’avait frappé, et lorsqu’il la retira, il y avait du sang sur ses doigts. Elle l’avait réellement frappé assez fort pour le faire saigner. En voyant Lucien saigner, elle recula d’un pas, le bâton tremblant dans sa main. Une véritable peur traversa maintenant son visage, se mêlant à la fureur. Mais elle ne s’enfuit pas. Elle leva davantage le bâton. « Je ne suis généralement pas une personne violente. Vous avez provoqué ça vous-même, alors partez maintenant ou j’appelle la police. » Lucien leva lentement les mains, les paumes ouvertes. « Attendez… » « Je me fiche de ce que vous voulez ! C’est une propriété privée ! » Sa voix tremblait, mais elle resta sur ses positions. « Partez. Maintenant. » Il pouvait voir ses mains trembler. Entendre son cœur battre à toute vitesse, sentir l’adrénaline augmenter dans son sang. Elle était terrifiée. Mais elle restait quand même là, faisant face à un homme deux fois plus grand qu’elle avec pour seules armes un bâton et un courage sans faille. Quelque chose dans sa poitrine se fissura. « Je ne suis pas ici pour vous faire du mal », dit Lucien en gardant une voix basse et calme. « Alors pourquoi essayiez-vous de pénétrer dans ma clinique ? » Elle n’abaissa pas le bâton. « Je n’essayais pas. J’étais… » Il s’arrêta, essayant de trouver des mots qui ne sembleraient pas complètement fous. « Le chien !… mon chien. Je ne l’ai pas vu depuis hier. J’ai suivi sa piste et elle m’a mené ici. » Elle l’étudia, évaluant clairement s’il disait la vérité. « À quoi ressemble votre chien ? » « C’est un chien gris. » Ses yeux s’écarquillèrent. « C’est votre chien ? » « Oui. Je le cherche toute la nuit. » Un faible gémissement provenant de l’intérieur de la clinique. L’expression d’Elara changea, la vétérinaire prenant le dessus. Elle jeta un coup d’œil à la porte, puis à lui. « Venez alors », dit-elle sèchement en abaissant légèrement le bâton. « Et la prochaine fois, essayez peut-être d’attendre les heures normales avant de me faire mourir de peur. » Son ton était sec, mais sa voix tremblait légèrement. Elle essayait de paraître plus courageuse qu’elle ne l’était réellement. Les lèvres de Lucien se retroussèrent légèrement. « J’en tiendrai compte. » Il fit un pas en avant et, instantanément, sa main se leva à nouveau, le bâton brandi, ses yeux lançant des éclairs. « Ça suffit près », avertit-elle. « Si vous faites seulement un mouvement bizarre, je vous jure que je vous casse le nez. » Lucien s’immobilisa en plein pas, partagé entre l’amusement et l’incrédulité. Personne, humain ou loup, ne l’avait jamais menacé de cette façon. Et ne l’avait jamais autant pensé. « Compris », dit-il doucement. Elle se retourna vers la porte et glissa la clé dans la serrure. Le clic résonna dans l’air calme du matin. Elle poussa la porte et entra. Elle jeta un coup d’œil en arrière, une main sur l’encadrement de la porte, attendant. Leurs yeux se rencontrèrent. L’attraction le tira violemment vers elle, féroce et indéniable. Le lien ne s’embrasa pas, mais bon sang, il aurait dû. Lucien franchit le seuil. L’odeur le frappa comme une vague — vanille et pluie, partout, imprégnant les murs, l’air, l’enveloppant jusqu’à ce qu’il puisse à peine respirer. Son loup bondit en avant, sauvage et désespéré. Et pour la première fois en trente-quatre ans, Lucien Vale n’avait aucune idée de ce qui lui arrivait.Lucien franchit la porte, et ses yeux se dirigèrent immédiatement vers la table d’examen.Ronan.Il traversa la petite clinique en trois enjambées et tomba à genoux à côté de la table.Sa main se posa sur la tête de Ronan, ses doigts s’enfonçant dans l’épaisse fourrure grise. Les yeux ambrés du loup s’ouvrirent, fatigués mais alertes.Alpha.Je suis là, envoya Lucien à travers le lien, la poitrine serrée. Tu vas bien ?Faible. Mais vivant. La voix mentale de Ronan était tendue. L’argent… Son emprise s’affaiblit.L’autre main de Lucien passa doucement sur le flanc de Ronan, vérifiant les bandages.Elle t’a guéri.Oui. Le regard de Ronan se déplaça brièvement vers l’arrière de la clinique. Je ne sais pas comment, mais… quoi qu’elle ait fait, ça a fonctionné.Lucien expira lentement, son front touchant presque celui de Ronan.Tu m’as fait peur.Je sais. Je suis désolé, Alpha.Elara se tenait près de l’évier, observant.Elle était sur le point de parler, de lui dire que son chien était st
Du sang et de l’argent. C’était tout ce que Lucien sentait alors qu’il traversait la forêt à toute vitesse, sa forme de loup noir se faufilant entre les arbres, suivant le fil qui le reliait à son bêta.Le lien pulsait faiblement, le guidant vers le sud, loin du territoire de la meute et vers les terres humaines.Lucien suivit l’odeur de Ronan à travers les arbres : sang, argent, douleur. Elle était faible, mais suffisamment claire pour être suivie.Jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus.Plus il s’approchait, plus la piste s’estompait. Pas parce que Ronan était en train de mourir. Parce que quelque chose d’autre la noyait.Une odeur humaine, forte, incroyablement forte pour une seule personne.De la vanille et de la pluie, et quelque chose qu’il ne pouvait pas nommer. Elle enveloppait tout, étouffant l’odeur de Ronan jusqu’à ce que Lucien puisse à peine la sentir.C’était comme si son loup donnait la priorité à l’odeur humaine plutôt qu’à celle de Ronan.Au moment où Lucien atteignit la
CHAPITRE 2 : GUÉRISSEUSE ET TEMPÊTEÀ des kilomètres de là, sous la même lune qui hantait Lucien Vale, Elara Dune se tenait devant sa clinique, regardant la pleine lune se lever au-dessus de la cime des arbres.Le panneau à côté d’elle indiquait « Clinique vétérinaire Dune » en lettres décolorées. Ce n’était pas grand-chose, juste une petite clinique qui desservait les fermes et les villages voisins. Mais c’était la sienne.Sa mère, Diana, était partie une heure plus tôt, rappelant à Elara de fermer tôt, comme elle le faisait toujours les nuits de pleine lune.Mais Elara ne fermait jamais tôt les nuits de pleine lune, malgré les avertissements de sa mère. Elle aimait trop admirer la lune.Et elle était exceptionnellement belle ce soir. Énorme et argentée, suspendue bas dans le ciel comme si elle était assez proche pour être touchée. Elle leva la paume vers elle, souhaitant pouvoir la toucher et simplement la regarder correctement. Vraiment la regarder.Mais elle n’en eut jamais l’occa
Six mois.C’était tout ce qu’il restait à Lucien Vale.Il se tenait à la fenêtre de son bureau, regardant la pleine lune se lever au-dessus du territoire de la meute Blood Moon. Autrefois, cette vue le remplissait de puissance. Maintenant, elle ne faisait que lui rappeler que le temps s’écoulait.La malédiction se fichait qu’il ait reconstruit ce que son père avait détruit. Elle se fichait que sa meute ait enfin retrouvé la paix. Le jour de son 35e anniversaire, il mourrait. La prophétie avait été claire à ce sujet.Lucien se détourna de la fenêtre et se servit un verre. Sa main trembla légèrement. Il serra le verre plus fort, voulant faire disparaître cette faiblesse. La meute ne pouvait pas le voir ainsi. Pas encore.Un coup frappé à la porte interrompit ses pensées.« Entrez », dit-il.Ronan entra, son bêta et son ami le plus proche. L’homme avait le visage sombre.« Une autre attaque ? » demanda Lucien.« Trois loups ont été blessés. Encore des armes en argent. » Ronan croisa les







