FAZER LOGIN— Eva Le dimanche soir est tombé sur Manhattan comme un voile de soie grise. Les lumières de la ville scintillent à travers la baie vitrée du penthouse, et un feu crépite dans la cheminée monumentale qui occupe tout un pan du salon. Nous sommes enlacés sur le canapé, un plaid en cachemire jeté sur nos jambes nues, une bouteille de vin entamée sur la table basse. Alexander caresse mes cheveux d'un geste distrait, ses doigts s'enroulant dans mes boucles, et je suis parfaitement heureuse. — J'ai quelque chose à faire, dit-il soudain en se levant. Il se dirige vers le bureau, ouvre un tiroir, en sort une chemise cartonnée que je reconnais immédiatement. Mon contrat. Celui que j'ai signé sans lire, celui qui régit notre relation depuis le premier jour, celui qui énumère les règles, les limites, les interdits. Il revient vers la cheminée, la chemise à la main. — Je n'en veux plus, dit-il s
— Eva Le matin me réveille par vagues successives, comme on émerge d'un océan profond. La lumière du jour est filtrée par les immenses baies vitrées du penthouse, mais les stores automatiques se sont probablement baissés à mon insu, tamisant l'éclat du soleil en une lueur douce et dorée. Je suis seule dans le lit. Les draps de soie noire sont froissés, tachés, témoins de la nuit que nous avons passée. Des pétales de roses écrasées jonchent les oreillers, le sol, la table de chevet où une bougie a fini de se consumer en une flaque de cire solidifiée. L'odeur de nos corps mêlés flotte encore dans l'air, musquée et douce, entêtante. Je m'assieds lentement, mes muscles protestant contre le mouvement. Chaque courbature est un souvenir. Chaque élancement dans mes cuisses, dans mes reins, dans mes épaules me rappelle un moment précis de la nuit , ses mains sur mes hanches, sa bouche sur ma
Il me soulève alors comme si je ne pesais rien, ses bras glissant sous mes genoux et dans mon dos, et il me porte jusqu'au lit. Il m'allonge sur les draps de soie noire, et je m'enfonce dans la fraîcheur du tissu, les pétales de roses crissant sous mon dos. Il reste debout au bord du lit, me regardant, ses yeux noirs parcourant mon corps nu avec une intensité dévorante. Puis il se déshabille. Lentement. Bouton par bouton. Sa chemise blanche glisse de ses épaules, révélant son torse sculpté, ses abdominaux ciselés, la cicatrice ancienne que j'ai aperçue au manoir. Son pantalon tombe, puis son boxer. Il est nu, lui aussi, et la lueur des bougies caresse chaque courbe de ses muscles, chaque ligne de son corps. Il s'allonge sur moi. La chaleur de sa peau contre la mienne est une décharge électrique, un retour à la vie après des heures de désir contenu. Ses lèvres trouvent les miennes, et ce baiser est différent de tous ceux que nous avo
Des dizaines. Des centaines. Un tapis de velours écarlate qui serpente à travers le salon et disparaît dans l'obscurité d'un couloir. — Ce soir, pas de travail. Sa voix me parvient depuis l'ombre, et je me tourne lentement. Il est adossé au chambranle de la porte de la chambre, les bras croisés, vêtu d'une simple chemise blanche ouverte sur son torse nu, d'un pantalon sombre, pieds nus sur le marbre froid. Ses cheveux noirs, d'ordinaire impeccablement coiffés, sont légèrement défaits, comme s'il y avait passé la main trop souvent. Ses yeux noirs brillent à la lueur des bougies, et son expression n'a rien de professionnel. C'est l'expression d'un homme qui attend une femme. D'un homme qui a préparé cette soirée dans ses moindres détails. D'un homme qui, pour la première fois peut-être, a laissé tomber son armure. Il s'approche de moi, lent, félin, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur le marbre. Chaque pas qu'il fai
— Eva Vendredi, dix-sept heures quarante-cinq. L'étage exécutif se vide dans le bruissement feutré des manteaux qu'on enfile, des sacoches qu'on boucle, des au revoir polis qu'on échange à voix basse. Madame Chen elle-même a quitté son poste il y a un quart d'heure, non sans m'avoir lancé un regard noir par-dessus son épaule , un regard qui en disait long sur ce qu'elle pensait de ma présence prolongée dans la tour après la fermeture des bureaux. Je suis penchée sur un rapport quand l'ombre d'Alexander King s'allonge sur mon bureau. Je ne l'ai pas entendu approcher. Il se déplace toujours avec cette discrétion féline, ce pas feutré qui contraste avec sa masse imposante. Sa main se pose sur le dossier de ma chaise, ses doigts effleurant mon épaule. — Tenez. Sa voix est neutre, professionnelle, comme s'il s'apprêtait à me remettre un dossier ou une note de service. Mais ce qu'il dépose dans ma paume ouverte n'est pas un document. C'est une clé. Une carte magnétique noire, mate,
Je récupérerai. Je récupérerai quand il me laissera jouir, quand il mettra fin à ce supplice exquis, quand il m'accordera enfin la libération que mon corps réclame depuis des heures. Mais pour l'instant, il se lève, serre des mains, échange des cartes de visite, et je dois me lever aussi, mes jambes en coton, mon string trempé, mon visage en feu. Dans la limousine, sur le chemin du retour, il ne me touche pas. Il s'assied à l'autre bout de la banquette, son regard perdu dans les lumières de la ville, un sourire satisfait flottant sur ses lèvres. Il savoure ma frustration comme un vin rare. Et moi, je brûle en silence, les cuisses serrées, les poings crispés, le désir inassouvi pulsant au creux de mon ventre comme une blessure ouverte. Eva Je n'en peux plus. Le restaurant se vide lentement, les convives se dirigent vers la sortie, les manteaux sont rendus, les derniers verres de digestif s'achèvent dans un murmure de mondanités. Alexander est debout près de la table, sa m
Il exhale un souffle que je ne savais pas qu'il retenait. Ses mains tremblent plus fort en sortant la bague de l'écrin, en la glissant à mon annulaire gauche. Le diamant noir scintille dans la lumière italienne, et je le regarde comme on regarde une promesse , la
Je réfléchis un instant, caressant distraitement les boucles sombres sur sa nuque.— J'ai passé quinze ans à détruire. Quinze ans à traquer, à enquêter, à piéger. Je crois qu'il est temps que j'appre
BlancheL'article est publié depuis trois jours, et le monde extérieur est en feu.Les notifications s'accumulent sur mon téléphone comme des cendres volcaniques , appels de journalistes, demandes d'interviews, menaces voilées,
Léna, derrière nous, s'est levée discrètement et se dirige vers la porte. Mais avant de sortir, elle se retourne, et je vois que ses yeux sont emplis d'une lumière nouvelle — une lumière de paix, de réconciliation, d'espoir. — Je préparerai le bureau de la bi







