Masuk— EvaLe Metropolitan Museum of Art brille de tous ses feux, sa façade néoclassique baignée de lumières dorées, un tapis rouge déroulé sur les marches de pierre où se pressent les célébrités, les milliardaires, les philanthropes en robe de soirée et smoking. Les flashs des photographes crépitent, les limousines déposent leur cargaison de richesse et de pouvoir, et je me tiens au bras d'Alexander King, ma robe de velours rouge sang épousant mes courbes comme une seconde peau.— Souviens-toi, murmure-t-il à mon oreille tandis que nous montons les marches. Ce soir, tu es ma reine. Personne ne peut t'atteindre.Je hoche la tête, un sourire confiant aux lèvres, mais à l'intérieur, je tremble. Ce gala est un autre monde, un monde de requins en tenue de soirée qui mordent en souriant, de poignards dissimulés sous les compliments, de fortunes qui se font et se défont au détour d'une conversation polie.Et puis il y a Victoria.Elle apparaît au milieu de la soirée, comme une mauvaise herbe dan
— EvaLe lendemain de l'incident Lucas, j'arrive au bureau avec une appréhension sourde au creux du ventre. Les marques sur mes poignets sont encore visibles, malgré le chemisier à manches longues que j'ai choisi. La morsure sur mon cou est cachée par un foulard de soie. Je marche d'un pas raide, mes talons claquant sur le marbre, et chaque regard que je croise me semble lourd de sous-entendus.Mais ce qui m'attend dans ma cage de verre efface immédiatement toutes mes inquiétudes.Les cloisons de verre sont désormais équipées de stores électriques. Des lamelles blanches, fines, qui peuvent s'abaisser en quelques secondes, transformant ma cage transparente en un cocon opaque, privé, secret. Sur mon bureau, une note manuscrite.Pour que personne ne voie ce qui m'appartient : A.Je souris. Le geste est typique d'Alexander , un mélange de possessivité jalouse et d'attention presque romantique, enveloppé dans une efficacité pragmatique. Il ne s'est pas excusé avec des fleurs ou des bijoux.
— EvaLe téléphone sonne à vingt-deux heures.Nous sommes dans le salon du penthouse, enroulés l'un contre l'autre sur le canapé, un film hollywoodien défilant sur l'écran géant sans que nous y prêtions attention. La main d'Alexander caresse distraitement ma cuisse, mes doigts tracent des cercles paresseux sur son torse nu à travers sa chemise ouverte. Dehors, Manhattan scintille de tous ses feux, et la soirée est parfaite.Mon portable vibre sur la table basse. Le nom qui s'affiche me tire un sourire.Lucas.Lucas, mon ami d'enfance, mon confident, mon presque frère. Celui qui m'a tenu la main pendant l'enterrement de ma mère, celui qui m'a aidée à déménager mon premier appartement, celui qui m'appelle une fois par mois pour prendre des nouvelles et me faire rire avec ses histoires absurdes.— Je peux ? je demande à Alexander en désignant le téléphone.Il hoche la tête, son attention toujours tournée vers le film. Je décroche, un sourire aux lèvres.— Lucas ! Comment vas-tu ?— Eva !
— EvaLe lundi matin, tout a changé.Pas en apparence. Les bureaux de King Corporation sont les mêmes que la semaine dernière , le marbre noir, les cloisons vitrées, l'agitation feutrée des employés qui vaquent à leurs occupations. Madame Chen m'accueille avec le même regard glacial, les mêmes consignes brèves, le même mépris poli.Mais Alexander est différent.Il m'accueille dans son bureau dès mon arrivée, ferme la porte derrière moi, et me plaque contre le battant pour m'embrasser avec une passion qui n'a plus rien de retenue. Ses mains s'enfouissent dans mes cheveux, ses lèvres dévorent les miennes, et je réponds avec la même ferveur.— Bonjour, murmure-t-il contre ma bouche.— Bonjour, monsieur King.Il sourit, ce sourire de prédateur amoureux qui me fait fondre à chaque fois.— Tu sais ce qui a changé, aujourd'hui ?— Non.— Il n'y a plus de contrat. Plus de règles. Ce bureau n'est plus seulement le mien. Il est le nôtre.Il recule, ouvre les bras, désignant la pièce immense aut
— Eva Le dimanche soir est tombé sur Manhattan comme un voile de soie grise. Les lumières de la ville scintillent à travers la baie vitrée du penthouse, et un feu crépite dans la cheminée monumentale qui occupe tout un pan du salon. Nous sommes enlacés sur le canapé, un plaid en cachemire jeté sur nos jambes nues, une bouteille de vin entamée sur la table basse. Alexander caresse mes cheveux d'un geste distrait, ses doigts s'enroulant dans mes boucles, et je suis parfaitement heureuse. — J'ai quelque chose à faire, dit-il soudain en se levant. Il se dirige vers le bureau, ouvre un tiroir, en sort une chemise cartonnée que je reconnais immédiatement. Mon contrat. Celui que j'ai signé sans lire, celui qui régit notre relation depuis le premier jour, celui qui énumère les règles, les limites, les interdits. Il revient vers la cheminée, la chemise à la main. — Je n'en veux plus, dit-il s
— Eva Le matin me réveille par vagues successives, comme on émerge d'un océan profond. La lumière du jour est filtrée par les immenses baies vitrées du penthouse, mais les stores automatiques se sont probablement baissés à mon insu, tamisant l'éclat du soleil en une lueur douce et dorée. Je suis seule dans le lit. Les draps de soie noire sont froissés, tachés, témoins de la nuit que nous avons passée. Des pétales de roses écrasées jonchent les oreillers, le sol, la table de chevet où une bougie a fini de se consumer en une flaque de cire solidifiée. L'odeur de nos corps mêlés flotte encore dans l'air, musquée et douce, entêtante. Je m'assieds lentement, mes muscles protestant contre le mouvement. Chaque courbature est un souvenir. Chaque élancement dans mes cuisses, dans mes reins, dans mes épaules me rappelle un moment précis de la nuit , ses mains sur mes hanches, sa bouche sur ma
Des dizaines. Des centaines. Un tapis de velours écarlate qui serpente à travers le salon et disparaît dans l'obscurité d'un couloir. — Ce soir, pas de travail. Sa voix me parvient depuis l'ombre, et je me tourne lentement. Il est adossé au chambranle de la por
— Eva Vendredi, dix-sept heures quarante-cinq. L'étage exécutif se vide dans le bruissement feutré des manteaux qu'on enfile, des sacoches qu'on boucle, des au revoir polis qu'on échange à voix basse. Madame Chen elle-même a quitté son poste il y a un quart d'heure, non sans m'avoir lancé un reg
EvaLe réveil est lent, cotonneux, peuplé d'ombres et de souvenirs qui affleurent par vagues. La lumière de l'aube filtre à travers les stores bon marché de mon appartement du Queens, et je reste allongée dans mes draps, les yeux fermés, laissant la mémoire de la nuit passée remonter à l
Il lâche mes poignets. Ses mains descendent le long de mes bras, suivent la courbe de mes épaules, s'arrêtent sur mes hanches. Il se penche, sa bouche trouvant ma nuque, ses dents mordillant la peau tendre juste sous mon oreille, et je gémis, un son rauque qui rebondit sur les murs de m







