Se connecterSix ans après notre nuit il découvre mon secret Sélène pensait enfin avoir trouvé le courage d'avouer ses sentiments à l'homme qu'elle aimait depuis son adolescence. Une seule nuit bouleverse leur relation. Au matin, il lui annonce qu'il doit partir à l'étranger et qu'il ne veut aucune relation sérieuse. Sélène ne lui révèle pas sa grossesse. Elle élève leur fils seule pendant six ans. Puis elle apprend que son ancien amour est revenu dans la ville. Et qu'il cherche désespérément la femme qui lui a donné une raison de revenir.
Voir plusChapitre 1
Sélène
Je le regarde rire. Ce rire que je connais par cœur, clair, dangereux, un peu cruel. Gabriel Dervan, veste noire, chemise ouverte, verre à la main. Il est à l’autre bout du salon, entouré de trois femmes qui boivent ses mots comme si c’était du champagne. La jalousie me brûle la gorge. Je la ravale avec une gorgée de blanc trop froid.
Depuis mes quatorze ans, je l’aime en silence. Personne ne le sait. Surtout pas lui. Je connais tout de lui. Sa façon de passer la main dans ses cheveux quand il ment. Son parfum, bois de santal et tabac froid. La manière dont il dit mon prénom, Sélène, comme si c’était une prière ou une excuse.
J’ai passé des années à être la personne vers qui il se tourne. Quand il a besoin de parler, c’est moi. Quand il a besoin d’une épaule, c’est la mienne. Quand il a besoin d’une ombre, je suis là. Je connais ses habitudes, ses faiblesses, ses silences. Je sais quand il est triste avant qu’il ne le dise. Je sais quand il ment avant qu’il n’ouvre la bouche. Je sais tout de lui. Sauf ce que ça fait d’être aimée de lui.
Ce soir encore, je le regarde rire avec d’autres femmes. La blonde lui touche le bras. La brune se penche pour murmurer quelque chose à son oreille. Il sourit. Ce sourire que je voudrais garder pour moi. Je ravale ma jalousie. Je la noie dans mon verre. Je me répète que je n’ai pas le droit. Que je ne suis que son amie. Que je n’ai jamais eu le droit d’espérer davantage.
Une femme s’approche de moi. Élégante, robe noire, regard perçant. Elle s’appelle Camille. Je la connais à peine. Elle fait partie de ces personnes qui observent tout, qui comprennent tout, sans jamais rien dire.
— Tu le regardes comme si tu pouvais le perdre, dit-elle.
Je sursaute.
— Pardon ?
— Gabriel. Tu le regardes comme si tu pouvais le perdre. Comme si tu l’avais déjà perdu.
Je serre mon verre.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
— Bien sûr que si.
Elle sourit. Un sourire triste. Elle aussi, peut-être, elle a aimé quelqu’un comme ça. Un homme qui ne voit rien.
— Tu l’aimes depuis longtemps ?
— Je ne…
— Ne mens pas. Pas à moi. Je suis comme toi. J’ai aimé un homme qui ne me voyait pas. Pendant des années. J’ai souri à ses mariages. J’ai pleuré à ses enterrements. J’ai été son amie. Sa confidente. Son ombre. Et il n’a jamais rien su.
Je la regarde. Mes yeux brûlent.
— Comment tu as fait ?
— J’ai survécu. Ou j’ai cru survivre.
— Et lui ?
— Il est mort sans savoir. Et moi, je vis avec ça. Chaque jour. Le poids de ne jamais avoir dit.
Elle pose sa main sur mon bras. Sa paume est froide. Ses yeux, eux, sont brûlants.
— Toi, tu es encore vivante. Tu peux encore parler. Avant qu’il ne soit trop tard.
— Il ne me voit pas.
— Alors fais en sorte qu’il te voie.
— Et s’il me rejette ?
— Au moins, tu sauras. Au moins, tu ne vivras pas avec le poids du silence.
Je ravale mes larmes. Je regarde Gabriel. Il rit encore. La blonde lui murmure quelque chose. Il hoche la tête. Il se lève. Il se dirige vers la sortie. Sans me regarder. Sans me voir.
— Il part, dis-je.
— Alors suis-le. Ou laisse-le partir. Mais décide. Maintenant.
Camille s’éloigne. Je reste seule. Mon cœur bat trop vite. Je sais que je ne pourrai pas continuer éternellement à cacher ce que je ressens. Je le sais. Ce soir, quelque chose doit changer. Ou je vais mourir à petit feu.
Je pose mon verre. Je respire. Je me lève. Je marche vers la sortie. Je ne sais pas encore que ma vie va bientôt basculer. Je ne sais pas encore que cette nuit va tout changer.
Mais je marche.
Je le vois. Il est sur le trottoir. Il allume une cigarette. Il ne m’a pas vue. Pas encore. Je m’arrête. Je le regarde. Il est beau. Trop beau. C’est une malédiction. Je voudrais l’appeler. Je voudrais crier. Je voudrais lui dire que je l’aime. Mais les mots restent bloqués. Comme toujours.
Il jette sa cigarette. Il ouvre la portière d’une voiture. Une femme l’attend à l’intérieur. La blonde. Il monte. Il ne se retourne pas. La voiture démarre. Les feux arrière disparaissent dans la nuit.
Je reste seule sur le trottoir. Le froid me gifle. Les larmes coulent. Je les laisse. Personne ne me voit. Je pense à Camille. À ses mots. À son poids. Je ne veux pas finir comme elle. Je ne veux pas mourir sans avoir dit.
Mais ce soir, je n’ai rien dit. Encore.
Chapitre 6GabrielJe ne bouge pas. Longtemps. Des minutes. Des heures. Je ne sais pas. Ses mots tournent en boucle. « Je t'aime. Depuis mon adolescence. Depuis toujours. » Je fixe la porte. Elle est partie. Elle a fui. Elle a caché ses larmes. Mais je les ai vues. Je les ai toutes vues.Je m'assois. Je pose ma tête dans mes mains. Je ferme les yeux. Je repense à tout. À toutes ces années. À toutes ces fois où elle était là. À toutes ces fois où elle m'a écouté. Consolé. Soutenu. Sans jamais rien demander. Sans jamais rien attendre. Sans jamais rien dire.Je repense à ses regards. À ses silences. À ses sourires tristes. À ses mains qui tremblaient. À ses mots retenus. À tout ce que je n'ai pas vu. À tout ce que je n'ai pas voulu voir.— Tu ne vois rien. Tu ne vois jamais rien.Elle avait raison. J'étais aveugle. Pendant des années. Pendant toute une vie. Elle m'aimait. Et moi, je ne voyais rien. Je ne voyais que moi. Mon départ. Ma vie. Mes envies. Je n'ai jamais pensé à elle. Pas com
Chapitre 5SélèneLa peur de le perdre est plus forte. Plus forte que tout. Plus forte que ma peur du rejet. Plus forte que ma peur de souffrir. Plus forte que ma peur de me briser. Je ne peux plus me taire. Je ne peux plus attendre. Je ne peux plus vivre avec ce poids.Je le vois. Il est là. Devant moi. Il ne sait pas. Il ne se doute de rien. Il me regarde comme il m'a toujours regardée. Comme une amie. Une ombre. Une constante. Il ne sait pas que je vais tout détruire. Que je vais tout risquer. Que je vais tout perdre.— Gabriel.— Quoi ?— Il faut que je te dise quelque chose.— Encore ? Tu m'as déjà tout dit hier.— Non. Pas tout.Il me regarde. Intrigué. Inquiet. Il pose ce qu'il tenait. Il s'approche. Il attend. Le monde se tait. Les bruits s'effacent. Il ne reste que nous. Que moi. Que ma vérité.Je respire. Une fois. Deux fois. Trois fois. Les mots sont là. Au bord de mes lèvres. Ils brûlent. Ils supplient. Ils veulent sortir. Je t'aime. Trois mots. Simples. Terribles.— Je t'
Chapitre 4GabrielElle me fixe. Ses yeux sont deux lames. Je ne comprends pas. Je lui ai annoncé mon départ. Elle devrait être triste. Pas furieuse. Pas avec cette rage qui la fait trembler.— Tu exagères, Sélène.— J’exagère ?— Oui. Tu réagis comme si je te trahissais. Je pars à l’étranger. Ce n’est pas une trahison. C’est ma vie.— Ta vie.Elle répète mes mots. Lentement. Comme si c’était une insulte.— Tu pars. Tu pars toujours. Tu ne penses jamais à ceux que tu laisses derrière toi.— Qu’est-ce que tu racontes ?— Tu le sais très bien. Tu es parti mille fois. Tu partiras encore mille fois. Et à chaque fois, tu fais comme si de rien n’était. Comme si personne ne t’attendait. Comme si personne ne souffrait.— Qui souffre ? De quoi tu parles ?— Tu ne vois rien. Tu ne vois jamais rien.— Sélène, calme-toi.— Ne me dis pas de me calmer !Sa voix casse. Elle se détourne. Elle marche vers la fenêtre. Ses épaules tremblent.— Pourquoi mon départ te fait autant de mal ?Elle se fige. Le
Chapitre 3SélèneIl me l’annonce sans prévenir. Un après-midi banal. Un café. Un silence. Puis les mots tombent.— Je pars bientôt. À l’étranger.Je repose ma tasse. Lentement. Pour ne pas la briser. Pour ne pas briser ma voix.— Bientôt comment ?— Dans quelques jours.— Combien de jours ?— Je ne sais pas encore. Bientôt.Je hoche la tête. Comme si c’était une information ordinaire. Comme si mon monde ne venait pas de s’effondrer. Je fixe la table. La petite cuillère. Le sucre renversé. Je me concentre sur des détails. Pour ne pas hurler.— Tu ne m’avais rien dit.— Je ne savais pas comment te le dire.— Tu le savais depuis quand ?— Quelques semaines.Quelques semaines. Il le savait depuis des semaines. Et il m’a laissée là. À sourire. À espérer. À me taire. Une douleur monte. Violente. Elle serre ma gorge. Je la ravale. Mais cette fois, elle ne part pas. Cette fois, elle reste. Elle s’installe. Elle me ronge.— Sélène ? Tu m’écoutes ?— Oui. Je t’écoute. Tu pars.— Tu es fâchée.












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