Home / Romance / Son Loup Dormant / CHAPITRE 5 : « Le Seuil »

Share

CHAPITRE 5 : « Le Seuil »

Author: Gifty
last update publish date: 2026-10-20 15:33:57

Jaxon se tenait entre l'escalier et moi, silhouette ténébreuse se découpant sur la lueur terne du couloir. Ses bras pendaient le long de son corps, mais rien dans sa posture n'avait de décontracté. Chaque muscle de son être semblait tendu, prêt à bondir. Mon cœur tambourinait contre mes côtes, mais je me forçai à rester immobile.

« Tu étais avec lui », répéta-t-il d'une voix basse et rauque. « Derek. » Ce n'était point une interrogation.

« Et alors ? » Je gardai la voix assurée, bien que mes mains tremblassent. « Je ne te dois aucun compte. »

Quelque chose traversa son regard — une lueur brûlante et dangereuse. Il fit un pas en avant, et une planche du plancher grinça sous son poids.

« Tu crois que c'est un jeu ? » Sa mâchoire se contracta. « Tu crois que je profère des menaces en l'air ? »

« Je crois que tu es un tyran qui prend son pied à intimider les gens plus petits que lui. » Je relevai le menton, refusant de reculer. « Mais je n'ai pas peur de toi, Jaxon. »

Ce mensonge avait un goût amer sur ma langue, mais je ne lui offris pas la satisfaction de deviner ma terreur. Il rit — un son bref et sans joie qui résonna dans la cuisine sombre. « Tu devrais. »

« Vraiment ? » Je m'avançai, réduisant l'espace qui nous séparait. La chaleur émanant de son corps m'enveloppa, et je perçus ce parfum familier — propre, boisé, enivrant. « Alors, qu'est-ce que tu vas faire ? Me faire du mal ? Vas-y. Donne-moi une raison d'aller te balancer au doyen. »

Son expression s'assombrit. « Tu ne ferais pas ça. »

« Essaie-moi. »

Nous restâmes plantés là, à quelques centimètres l'un de l'autre, tous deux respirant avec difficulté. L'air entre nous était chargé, électrique, semblable à l'instant qui précède un orage. Les mains de Jaxon se fermèrent en poings le long de ses cuisses. Je vis les muscles de ses avant-bras se nouer, ses doigts se replier avant de se relâcher. Il luttait contre quelque chose — je le devinais à la tension de sa mâchoire, à la façon dont son regard n'arrêtait pas de glisser vers mes lèvres pour remonter aussitôt.

« Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu fais », lâcha-t-il, sa voix ne dépassant guère le chuchotement. « Tu n'as pas idée de ce que tu es. »

« Alors dis-le-moi. » Je le fixai droit dans les yeux. « Dis-moi ce que je suis, Jaxon. Parce que j'en ai assez des avertissements sibyllins et du mépris. J'en ai assez d'être traitée comme un problème insoluble. »

« Tu n'es pas un problème. » Les mots sortirent brutalement, arrachés du fond de son être. « Tu es… »

Il s'interrompit. Sa poitrine se souleva au rythme de respirations saccadées, et je vis quelque chose se fissurer en lui — une vulnérabilité brute qu'il s'empressa d'enfouir.

« Je suis quoi ? » insistai-je.

Il ne répondit point. À la place, il bougea. Une fraction de seconde plus tôt il se tenait devant moi, et l'instant d'après j'étais plaquée contre la porte du cellier, le bois froid m'appuyant le dos. Les mains de Jaxon s'abattirent sur l'encadrement de part et d'autre de ma tête, m'emprisonnant dans sa cage. Mon souffle se bloqua. Son visage se trouvait à quelques centimètres du mien, assez près pour que je distinguasse les éclats d'argent dans ses yeux gris, le léger chaume le long de sa mâchoire, et ses lèvres entrou alors qu'il luttait pour maîtriser sa respiration.

« Tu veux savoir ce que tu es ? » Sa voix grondait bas, vibrant au creux de ma poitrine. « Tu es une complication dont je me serais bien passé. Une faiblesse que je ne peux pas me permettre. »

« Alors laisse-moi partir. » Ma voix sortit dans un souffle. « Si je suis un tel fardeau, pourquoi tu ne me laisses pas tranquille ? »

« Parce que je ne peux pas. »

Cet aveu plana entre nous, lourd et irréfutable. J'aurais dû le repousser. J'aurais dû me glisser sous son bras pour courir à l'étage. Mais mon corps refusait d'obéir. J'étais figée, prise au piège de son regard, me noyant dans la chaleur de sa proximité. Ses yeux glissèrent à nouveau vers ma bouche. Sa respiration devint plus âpre, plus erratique. Je sentais la tension se nouer dans son corps, sa silhouette penchée un peu plus, un peu plus près…

Puis il s'arrêta. Sa main frappa le mur à côté de ma tête avec une telle violence que le bois en résonna. Je sursautai, mais il ne me regardait plus. Il avait baissé la tête, les yeux fermés, tout son corps secoué par l'effort de sa retenue.

« Merde », jura-t-il à voix basse. « Merde, merde, merde. »

Je ne dis mot. Je le pouvais pas. Lorsqu'il finit par lever les yeux vers moi, son regard était hanté. « Chaque seconde où tu es près de moi, je livre une guerre que je suis en train de perdre. »

Ces mots me frappèrent tel un choc physique. J'ouvris la bouche pour répliquer, mais avant que je ne puisse esquisser un geste, il s'écarta du mur et s'élança en trombe. Ses pas résonnèrent lourdement dans l'escalier. Une porte claqua. Puis le silence tomba. Je restai collée contre la porte du cellier, les jambes flageolantes, le cœur battant si fort que je l'entendais résonner dans mes oreilles. L'endroit où ses mains s'étaient posées brûlait encore, tel le fantôme de son contact.

Je pressai ma paume contre mon sternum, là où l'élan familier était revenu — plus aigu, plus pressant. Il pulsait au rythme de mes pulsations, une douleur creuse et lancinante qui semblait irradier à travers tout mon corps.

Chaque seconde où tu es près de moi, je livre une guerre que je suis en train de perdre.

Les mots résonnaient en boucle dans mon esprit. Je me détachai de la porte et gravis les marches sur des jambes mal assurées. Ma chambre me parut plus petite qu'auparavant, les murs se refermant sur moi. Je me glissai sous les draps en ramenant la couverture jusqu'à mon menton, sachant pertinemment que le sommeil me fuirait.

Je portai de nouveau la main à ma poitrine.

La douleur était toujours là. Et pour la première fois, je réalisai qu'il ne s'agissait pas seulement de stress. C'était tout autre chose — quelque chose qui m'échappait, qui me terrifiait, et qui ressemblait étrangement aux battements d'un cœur qui n'était pas le mien.

Les paroles de Jaxon continuaient de tourner en boucle dans mon esprit : Je livre une guerre que je suis en train de perdre. Je restai étendue dans l'obscurité, la main pressée contre mon sternum endolori, me demandant s'il ressentait la même chose.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Son Loup Dormant   CHAPITRE 8 : « Dans l'ombre de la patinoire »

    J'entendis ses pas derrière moi, mais je ne me retournai pas. Je continuai simplement à marcher, tandis que mes talons claquaient contre le béton, ma vision étant toujours brouillée par des larmes retenues. Le couloir s'étirait devant moi, long et vide, menant vers la sortie de secours à l'arrière du complexe sportif.« Scarlett. »Sa voix était plus proche à présent. Je marchai plus vite.« Scarlett, attends. »Une main agrippa mon coude, douce mais ferme. Je pivotai, prête à m'emporter, prête à le repousser, mais l'expression sur son visage me stoppa net. Jaxon se tenait en face de moi, son visage dépouillé de sa froideur habituelle. Il n'y avait nulle moquerie dans ses yeux, pas de sourire narquois. Juste quelque chose de brut et de fatigué, comme s'il portait un fardeau depuis si longtemps qu'il avait oublié ce que c'était que de le poser.« Qu'est-ce que tu veux ? » Ma voix sortit rauque.Il ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de me regarder, la mâchoire crispée, comme

  • Son Loup Dormant   CHAPITRE 7 : « Glace et Autorité »

    Le complexe sportif sentait le vieux cuir et la cire à plancher. Je traversai les couloirs, longeant les vitrines de trophées et les photographies encadrées des équipes championnes. Mes pas résonnaient sur le béton poli, chacun d'eux s'apparentant au compte à rebours d'une épreuve que je redoutais.Le bureau de mon père se trouvait au bout du couloir. La porte était entrouverte. Je m'immobilisai sur le seuil. L'entraîneur Daniels était assis derrière son bureau, une pile de dossiers sous les yeux, ses lunettes de lecture perchées sur le nez. Il ne leva pas les yeux lorsque je frappai.« Entrez. »Je franchis le seuil et refermai la porte derrière moi. Le bureau correspondait en tout point à mes attentes : dépouillé, fonctionnel, impersonnel. Des trophées bordaient les étagères, mais pas la moindre photo de famille. Pas de cliché de ma mère. Pas de photo de moi.« Asseyez-vous », dit-il toujours sans lever les yeux.Je m'installai sur la chaise en face de son bureau. Elle était dure et

  • Son Loup Dormant   CHAPITRE 6 : « L'Anatomie d'une rumeur »

    L'amphithéâtre sentait la craie et le café rassis. J'étais entrée avec cinq minutes d'avance, bien décidée à prendre un nouveau départ. Après la confrontation avec Jaxon, j'avais à peine fermé l'œil, mais je me m'étais forcée à sortir du lit, à prendre une douche et à m'habiller avec soin. Cette journée serait différente. Aujourd'hui, je serais invisible. La salle était à moitié pleine, les étudiants dispersés en petits groupes sur les gradins. Je grimpai jusqu'au rang du milieu et trouvai une place libre près de l'allée. Les chuchotements commencèrent avant même que je ne me sois assise. « C'est elle. La boursière. » « J'ai entendu dire qu'elle habitait chez Jaxon Knight. » « Sérieux ? Pourquoi l'entraîneur Daniels laisserait-il sa fille vivre avec un joueur ? » « C'est peut-être le but recherché. » Je gardai le regard fixé droit devant, les mains croisées sur le pupitre. Mon cœur tambourinait, mais je refusais de réagir. Ils ne me connaissaient pas. Ils ne savaient rien. La fi

  • Son Loup Dormant   CHAPITRE 5 : « Le Seuil »

    Jaxon se tenait entre l'escalier et moi, silhouette ténébreuse se découpant sur la lueur terne du couloir. Ses bras pendaient le long de son corps, mais rien dans sa posture n'avait de décontracté. Chaque muscle de son être semblait tendu, prêt à bondir. Mon cœur tambourinait contre mes côtes, mais je me forçai à rester immobile. « Tu étais avec lui », répéta-t-il d'une voix basse et rauque. « Derek. » Ce n'était point une interrogation. « Et alors ? » Je gardai la voix assurée, bien que mes mains tremblassent. « Je ne te dois aucun compte. » Quelque chose traversa son regard — une lueur brûlante et dangereuse. Il fit un pas en avant, et une planche du plancher grinça sous son poids. « Tu crois que c'est un jeu ? » Sa mâchoire se contracta. « Tu crois que je profère des menaces en l'air ? » « Je crois que tu es un tyran qui prend son pied à intimider les gens plus petits que lui. » Je relevai le menton, refusant de reculer. « Mais je n'ai pas peur de toi, Jaxon. » Ce mensonge ava

  • Son Loup Dormant   CHAPITRE 4 : « Course de minuit »

    L'horloge de ma table de chevet indiquait 1 h 07. Je fixais ces chiffres rouges depuis trois heures. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais le visage de Jaxon — ce rejet glacial, ces mots cruels, cette façon de me toiser comme si je n'étais rien. Puis je voyais les bras de Victoria enlacés autour de lui, ses lèvres posées sur sa joue, et ma poitrine se serrait de cette douleur creuse et inexplicable. La maison était trop calme. Trop silencieuse. Et la chambre de Jaxon se trouvait juste à côté de la mienne, séparée de la mienne par une simple cloison. J'entendais le grincement occasionnel de son lit, le bruit feutré de ses mouvements. Dormait-il ? Était-il seul ? Je ne voulais pas le savoir. Je rejetai mes couvertures et marchai à pas feutrés jusqu'à la fenêtre. Le campus s'étendait en contrebas, sombre et paisible, les allées éclairées par des lampadaires épars. Quelque part là-dehors, des gens menaient leur vie — étudiant, riant, tombant amoureux sans le poids de la confu

  • Son Loup Dormant   CHAPITRE 3 : « La Règle »

    Je ne dormais pas. La note trônait sur ma table de chevet, froissée mais encore lisible. Reste loin de Derek. Je l'avais fixée pendant des heures, essayant de lui donner un sens, cherchant à me convaincre que je m'étais trompée sur l'écriture.Je ne m'étais pas trompée. À l'heure où le soleil se levait, j'avais pris une décision. Je n'allais pas laisser Jaxon Knight me faire peur. Je n'allais pas lui permettre de dicter à qui j'avais le droit ou non de parler. S'il avait un problème avec Derek, il pouvait me le dire en face.Alors, j'attendis.Je sautai le petit-déjeuner et m'installai dans le salon, les bras croisés, le cœur battant. Je l'entendis s'affairer à l'étage, le craquement des planches et le bruit de l'eau qui coulait. Lorsqu'il finit par descendre, vêtu de son habituel sweat à capuche noir et de son jean, il ne daigna même pas me regarder.« Jaxon. »Il s'arrêta au bas des escaliers, la main toujours posée sur la rampe. Pendant un long moment, il ne bougea pas. Puis il se

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status