LOGINElle inspire.
— James. Isabella n'est plus là. Elle a été bannie il y a trois lunes. Le château, la meute, ta vie , tout est à toi maintenant. Sans elle. Sans ombre. Sans chantage. Il n'y a plus rien qui te retienne , plus rien qui t'empêche de venir me chercher. Je sais que tu y as pensé. Je le sais parce que je te connais assez maintenant pour savoir comment ton esprit fonctionne. Depuis trois lunes, tu te dis : maint
Le plan se construit en une heure.Neuf cents hommes ne passeront pas la gorge. Huit cent quatre-vingts feront semblant, l'armée visible, les bannières, les feux de camp, la marche bruyante vers le piège, lentement, en se faisant désirer, pour tenir les oiseaux de proie rivés à leur attente. Vingt hommes, les meilleurs grimpeurs, menés par Silas qui a grandi dans ces rochers, passeront par la combe de nuit, avec des cordes, et attendront.Et quand Drazhan donnera l'assaut dans la gorge, les vingt tomberont dans son dos.— Ça ne suffira pas, dit James. Vingt contre mille cinq cents, même dans leur dos,— Ça suffira pour le moment qu'il faut, dis-je. Une embuscade est un édifice fragile, James. Elle tient entièrement sur une seule chose : la certitude des embusqués. Le jour où les oiseaux de proie découvrent qu'ils sont la proie, ils ne se bat
Elle s'arrête.— Dis-le, dis-je.— La Luna, dit-elle. L'Alpha et la Luna. Mais pas comme avant, James. Pas la Luna qui attend dans la tour. La Luna qui marche dans la cendre à côté de son Alpha. La seule espèce de Luna que je consente à être.— C'est la seule espèce de Luna que je veux.Nous regardons les feux du camp. Les hommes dorment par centaines autour de nous. Quelque part, un cheval piaffe. La nuit sent la fumée et l'herbe froissée.— Ils disent déjà des choses, murmure-t-elle. Les soldats. Tu le sais ?— Je le sais.— Ils disent que le Cri de la Luna a tué Viktor. Que les feux se sont inclinés. Que la Lune elle-même est descendue. Silas a beau mentir, on ne fait pas taire sept cents cavaliers qui ont vu.— Je sais.— Ils m'appellent la Louve quand ils croient que je
Sur la pierre grise, à hauteur de mes yeux, tracé d'une main sûre, sa main, la main qui a tenu des pinceaux pendant onze ans dans une vallée loin de moi, deux loups.Deux loups enlacés.Pas accouplés, non, rien de la sorte. Enlacés. Le cou de l'un posé sur l'épaule de l'autre, les yeux fermés tous les deux, les corps formant un cercle presque fermé, comme deux rivières qui se rejoignent, comme, je reconnais le geste, comme la position exacte dans laquelle nous dormons elle et moi en ce moment même. Elle l'a dessiné dans la nuit. À un moment de ma fièvre, ou de mon sommeil après la fièvre, elle a pris un bout de charbon du feu mourant et elle a dessiné sur la paroi de cette grotte ce que ni elle ni moi n'aurions jamais osé dire.Je la regarde dormir.Je regarde le dessin.Je regarde la lumière grise qui mon
AliceVers le milieu de la nuit, ou ce que je devine être le milieu de la nuit, car la grotte n'a pas de fenêtre et le temps n'a pas de visage ici, la fièvre monte encore d'un degré.Il tremble maintenant. Ses dents claquent alors que sa peau brûle. C'est mauvais signe. Je connais ce signe, je l'ai vu chez un berger de Vaubrume, un hiver, une plaie de hache mal nettoyée. Le berger était mort en trois jours.Il ne partira pas en trois jours.Je le refuse.Je refais les compresses. Je lui fais boire, gorgée par gorgée, en soulevant sa tête. Je parle, je parle sans arrêt, parce que j'ai remarqué que son pouls se calme quand ma voix est là et s'affole quand je me tais.Et puis, à un moment, il rouvre les yeux.Pas les yeux du délire. Ses yeux, orage et cendre, embués mais présents. Il me regarde. Il me reconnaît. Je ne sais pas combien de temps durera cette éclaircie, une minute, peut-être deux, alors je fais vite.— James.— Alice. Sa voix est un fil. Tu es encore là.— Je suis encore là
AliceLa fièvre le prend au milieu de la nuit.Je le sens avant de le voir, une chaleur qui monte de son corps comme d'un brasero, une chaleur anormale, malsaine, qui n'a rien à voir avec la chaleur d'un homme endormi. Je suis assise à côté de lui dans la grotte, le dos contre la paroi froide, et je pose ma main sur son front.Il brûle.— James.Il ne répond pas. Ses paupières tremblent. Ses lèvres remuent sans son. La plaie de l'épaule, je la défais à la lueur de la bougie, les doigts maladroits, la plaie a rougi, gonflé, et un liséré sombre court sous la peau. L'infection. La lance de Viktor était sale, ou le bandage l'était, ou le monde entier est sale et il n'y a rien à comprendre.J'ai de l'eau. J'ai des linges arrachés à ma propre chemise. J'ai les quelques herbes que Silas avait laissées dans une bourse avant de monter la garde, de la bourdaine, de la mousse séchée, quelque chose qui sent le poivre et la terre. C'est peu. C'est tout.Je lui verse de l'eau sur les lèvres. Il ava
Je ne te demande rien, Alice. Je ne te demande pas de venir. Je ne te demande pas d'écrire une lettre plus longue que d'habitude. Je te préviens simplement parce que Darius t'aimait — il me l'a dit une dernière fois, la veille de sa mort, sans savoir que c'était la veille. Il m'a dit : "Écris à Alice quand tu peux. Ne perds pas ce fil. C'est le seul fil que je te connaisse qui vaille encore la peine." Voilà ses mots. Je les respecte. Je t'écris.Cette lettre servira aussi de ma lettre de la lune de mars. Tu recevras la prochaine à la date habituelle en avril. Je continue le rythme.J'espère que Valombre te va bien. J'espère que Cadmon est un bon compagnon d'hiver. J'espère que tu vas remonter à ta bergerie ce printemps et qu'il en restera quelque chose à sauver.Fais bien attention à toi.James.Je repose la lettre.Je







