àčàžàčàžČàžȘàžčàčàžŁàž°àžàžLe matin sâinstalla sans bruit dans la maison De Vauren.
Une lumiĂšre pĂąle filtrait Ă travers les grandes baies vitrĂ©es, dessinant des lignes nettes sur le sol immaculĂ©. Aya descendit les escaliers pieds nus, encore enveloppĂ©e par une fatigue douce. Elle portait un pantalon large et un chemisier clair, les cheveux attachĂ©s nĂ©gligemment. Une tenue simple, presque banale, comme pour se rappeler quâelle nâappartenait pas Ă ce monde-lĂ . La cuisine Ă©tait dĂ©jĂ occupĂ©e. â Bonjour, lança Lucien depuis le plan de travail, une tasse de cafĂ© Ă la main. â Tu dors ici maintenant â Techniquement, oui. Ămotionnellement, non. Elle sourit malgrĂ© elle. â Kylian est sorti tĂŽt, ajouta-t-il. RĂ©union avec notre pĂšre. Les gens importants aiment le matin. â Et toi â Je suis important Ă ma façon. Ălise entra Ă son tour, tailleur sombre, cheveux tirĂ©s en arriĂšre. â JâespĂšre que tu nâavais pas prĂ©vu de rester enfermĂ©e aujourdâhui, Aya. â Jamais. â Parfait. Je tâemmĂšne avec moi. Aya fronça les sourcils. â OĂč â Au cĆur du problĂšme. Une heure plus tard, elles traversaient Valenor en voiture. Les quartiers changeaient au fil des rues. Du verre et de lâacier, elles passĂšrent Ă des immeubles plus bas, des bureaux anciens, des rĂ©dactions discrĂštes. â Tu sais que Kylian dĂ©teste quand tu tâĂ©loignes trop, dit Ălise sans dĂ©tour. â Ce nâest pas mon problĂšme. â Je sais. Câest pour ça que je tâapprĂ©cie. Aya entra dans un bĂątiment modeste. Sa rĂ©daction. Elle salua quelques collĂšgues, sentit lâodeur familiĂšre du papier, du cafĂ© trop fort. Ici, elle Ă©tait Aya la journaliste. Pas une femme sous protection. Elle sâinstalla Ă son bureau, ouvrit son ordinateur. Les dossiers. Les notes de son pĂšre. Un nom revint. Encore. Elle nota. Croisa. VĂ©rifia. Pendant ce temps, dans une salle de rĂ©union feutrĂ©e, Kylian faisait face Ă Armand. â Elle fouille trop, dit son pĂšre. â Câest son mĂ©tier. â Et câest ce qui la met en danger. Kylian se redressa. â Tant quâelle cherchera la vĂ©ritĂ©, je serai lĂ . Armand le fixa longuement. â Tu tâimpliques plus que nĂ©cessaire. â Je fais ce qui est juste. â Le juste nâexiste pas dans notre monde. Un silence tendu suivit. En fin dâaprĂšs-midi, Aya quitta la rĂ©daction. La ville vibrait. Les terrasses se remplissaient. Les conversations montaient. Kylian lâattendait devant la voiture. â Tu as pris ton temps, dit-il. â Je ne tâai pas demandĂ© de mâattendre. â Je sais. Ils roulĂšrent sans parler quelques minutes. â Tu nâas pas Ă me surveiller constamment, dit-elle enfin. â Je ne surveille pas. â Tu contrĂŽles. Il inspira. â Jâessaie dâĂ©viter que tu te fasses tuer. â Et moi, jâessaie de ne pas disparaĂźtre. Le silence retomba, plus dense. ArrivĂ©s Ă la maison, ils sâarrĂȘtĂšrent dans le jardin. La nuit tombait lentement. â Tu ne me dois rien, Aya, dit-il. â Câest justement ça qui mâinquiĂšte. Elle le regarda, sĂ©rieuse. â Je trace mes propres lignes. Tu ne peux pas toutes les protĂ©ger. Il soutint son regard. â Alors promets-moi juste de ne pas les franchir seule. Elle hĂ©sita, puis hocha la tĂȘte. Dans lâobscuritĂ© naissante, une vĂ©ritĂ© sâimposa Ă tous les deux. Ils ne pouvaient plus avancer sĂ©parĂ©ment. Mais ils nâĂ©taient pas encore prĂȘts Ă marcher ensemble.Le lendemain matin, Valenor Ă©tait baignĂ©e dans un soleil timide. La pluie de la veille avait laissĂ© les rues brillantes, et le parfum dâherbe mouillĂ©e sâĂ©levait entre les bĂątiments. Aya et Kylian marchaient cĂŽte Ă cĂŽte, silencieux, tandis que Lucien et Ălise les suivaient Ă distance, prĂ©parant un cafĂ© Ă emporter.â Tu crois quâelle nous suit encore ? demanda Aya Ă voix basse, brisant le silence.â Certainement, rĂ©pondit Kylian, son regard balayait les toits et les fenĂȘtres. Pas de mouvement suspect, mais ce nâest jamais Ă©vident. Elle sait se cacher.Aya soupira.â Elle a un talent pour se faire oublier⊠presque Ă©nervant.â Oui, rĂ©pondit Kylian, ironique. Un peu comme toi, parfois.Elle lança un regard surpris mais amusĂ©.â Moi ? Ă©nervante ?â Disons⊠insaisissable.Aya sourit, mais lâhumour ne masquait pas la tension. Elle savait que la femme rĂŽdait toujours, prĂȘte Ă apparaĂźtre quand elles sây attendaient le moins.Ils arrivĂšrent dans un petit cafĂ© discret, loin des foules. Lucien se
Le lendemain, Valenor semblait Ă©trangement calme. Les pavĂ©s luisants par la pluie de la veille reflĂ©taient la lumiĂšre des lampadaires comme des Ă©clats de verre. Aya marchait Ă cĂŽtĂ© de Kylian, carnet Ă la main, tentant de transformer la peur de la veille en mĂ©thodique dĂ©termination.â Alors, lança Lucien en fronçant les sourcils, vous deux, vous allez continuer Ă jouer aux amoureux distraits ou on va enfin trouver qui a tirĂ© sur nous hier soir ?â On est sĂ©rieux, dit Ălise en ajustant ses lunettes. Et toi, arrĂȘte de faire des blagues, ton humour pourrait te tuer avant les snipers.Aya esquissa un sourire en coin.â Tu vois, Kylian, dit-elle doucement, mĂȘme Lucien commence Ă comprendre que tu me surprotĂšges trop.â Et toi, tu continues Ă te mettre en danger. SymĂ©trie parfaite, rĂ©pondit-il, un lĂ©ger sourire ironique sur les lĂšvres.Ils pĂ©nĂ©trĂšrent dans le quartier industriel, plus silencieux et plus dĂ©sert que la veille. Aya dĂ©taillait chaque façade, chaque entrĂ©e secondaire, chaque camĂ©
Valenor brillait cette nuit-lĂ comme une illusion dangereuse. Les nĂ©ons du quartier dâAurĂ©lia se reflĂ©taient sur les trottoirs humides, la musique sâĂ©chappait des bars bondĂ©s, et les rires fusaient dans lâair froid. Les lampadaires tremblaient lĂ©gĂšrement Ă cause du vent, et le parfum de la pluie rĂ©cente persistait, mĂ©lange de bĂ©ton et de terre mouillĂ©e. Pour la premiĂšre fois depuis longtemps, Aya avait acceptĂ© de sortir sans objectif prĂ©cis. Elle voulait sentir la ville, respirer sans chercher de rĂ©ponses, juste⊠exister.â Rappelle-moi pourquoi on est lĂ ? cria Lucien par-dessus la musique.â Pour faire croire quâon est normaux, rĂ©pondit Ălise en ajustant sa veste. Et accessoirement, pour respirer.Aya esquissa un sourire. Elle portait une robe noire simple, manteau long, cheveux lĂąchĂ©s, ondulĂ©s naturellement, presque libres. Kylian marchait Ă ses cĂŽtĂ©s, trop Ă©lĂ©gant pour un simple verre entre amis, trop attentif pour quelquâun qui se dĂ©tend vraiment. Son regard balayait la foule ave
La nuit Ă©tait tombĂ©e depuis longtemps sur Valenor, mais Aya nâarrivait toujours pas Ă dormir. Elle Ă©tait assise sur le lit, son tĂ©lĂ©phone posĂ© Ă cĂŽtĂ© dâelle, Ă©teint, comme sâil pouvait mordre Ă tout moment.Kylian se tenait prĂšs de la fenĂȘtre, observant la rue en contrebas. Depuis lâincident de la bibliothĂšque, il avait changĂ©. Plus silencieux. Plus attentif. Comme si chaque dĂ©tail pouvait devenir une menace.â Tu penses encore Ă elle, dit-il sans se retourner.Ce nâĂ©tait pas une question.Aya acquiesça.â Elle savait trop de choses. Et surtout⊠elle savait quand parler.Kylian fronça lĂ©gĂšrement les sourcils.â Explique.Aya inspira lentement.â Elle ne mâa rien rĂ©vĂ©lĂ© de concret. Aucun nom. Aucun lieu prĂ©cis. Juste assez pour me dĂ©stabiliser. Comme si son but nâĂ©tait pas de mâaider⊠mais de me prĂ©parer.Kylian se tourna vers elle.â Ă quoi ?Aya haussa les Ă©paules, mal Ă lâaise.â Je ne sais pas encore. Mais jâai la sensation Ă©trange que ce que nous vivons maintenant nâest quâun prĂ©l
Le trajet de retour fut brutalement silencieux.Pas le silence calme de ceux qui se comprennent, mais celui, lourd et coupant, de ceux qui retiennent trop de choses Ă la fois. Aya gardait les bras croisĂ©s, le regard fixĂ© sur la vitre. Kylian conduisait trop vite, la mĂąchoire serrĂ©e, les Ă©paules rigides.DĂšs quâils franchirent la porte de lâappartement, il referma derriĂšre eux dâun geste sec.â Ă quoi tu pensais ? lança-t-il enfin.Aya sursauta Ă peine.â Je pensais que câĂ©tait une piste.â Non. Tu pensais que tu pouvais gĂ©rer ça seule.â Parce que je le peux.Kylian se tourna vers elle, les yeux sombres.â Tu as failli mourir.â Je suis encore debout.â Ce nâest pas un argument, Aya.Elle se redressa, piquĂ©e au vif.â Tu crois que jâai choisi cette vie ? Tu crois que je peux rester assise Ă attendre pendant quâon me cache des choses au nom de ma sĂ©curitĂ© ?â Oui, rĂ©pondit-il sĂšchement. Parce que cette fois, ce nâest pas quâune enquĂȘte. Câest une chasse.Aya sentit sa gorge se nouer.â
Aya nâaurait pas dĂ» rĂ©pondre.Elle le savait. DĂšs lâinstant oĂč son tĂ©lĂ©phone vibra de nouveau, dĂšs lâinstant oĂč elle lut le message une seconde fois. Tu poses les bonnes questions, mais pas au bon endroit. Ce genre de phrase nâĂ©tait jamais une invitation innocente. CâĂ©tait un appĂąt.Et pourtant, elle rĂ©pondit.Un seul mot.« OĂč ? »Kylian Ă©tait dans la piĂšce voisine, en pleine discussion avec Lucien. Aya se persuada que ce nâĂ©tait pas une trahison, juste une initiative. Une dĂ©cision professionnelle. AprĂšs tout, elle Ă©tait journaliste. Suivre une piste, mĂȘme risquĂ©e, faisait partie du mĂ©tier.Le message arriva presque immĂ©diatement.« Seule. Dans une heure. Quartier Est. Ancienne bibliothĂšque. »Son cĆur sâemballa. Le Quartier Est Ă©tait partiellement abandonnĂ©, mal surveillĂ©, un terrain idĂ©al pour une embuscade. Aya verrouilla son tĂ©lĂ©phone, inspira profondĂ©ment et se leva.Elle enfila un manteau sombre, glissa son carnet dans son sac. Elle jeta un coup dâĆil Ă la porte derriĂšre laquel







