LOGINCHAPITRE 2 : La conversation volée
Elara
L'inconnu s'arrête à quelques pas du comptoir.
Il est plus grand que je ne l'imaginais. Les ombres ne rendaient pas justice à sa carrure. Il doit dépasser d'une tête la plupart des hommes que j'ai croisés dans les galas, et il ne porte pas de costume sur mesure ni de montre hors de prix. Son jean est usé aux genoux, sa chemise noire ouverte au col, ses cheveux sombres tombent en mèches indisciplinées sur son front. Tout chez lui respire une virilité brute, sans artifice, sans masque.
Et ses yeux. Ses yeux sont d'un gris orageux, presque métallique, avec des éclats plus sombres qui accrochent la lumière. Ils me fixent avec une intensité qui me donne le vertige, comme s'il voyait bien au-delà de mon visage, bien au-delà de ma robe de soirée froissée et de mes doigts qui tremblent encore autour de mon verre vide.
— Ce n'est pas votre place, dit-il.
Sa voix est grave, rocailleuse, avec une pointe d'amusement qui me hérisse. Je sens mes joues s'empourprer malgré moi.
— Pardon ?
Il désigne le bar d'un mouvement de menton, puis ma robe, mes bijoux, mes escarpins de soie qui ont dû coûter un mois de salaire d'une employée normale.
— Ce n'est pas votre place, répète-t-il. Vous êtes trop bien habillée pour un endroit pareil. Ou trop mal accompagnée.
— Et vous, vous êtes trop familier pour un inconnu.
Il sourit. Un sourire lent, qui creuse une fossette sur sa joue gauche et n'atteint pas tout à fait ses yeux.
— Touché. Je m'appelle Soren. Maintenant, nous ne sommes plus des inconnus.
Il s'assoit sur le tabouret à côté du mien sans attendre mon invitation. Le cuir craque sous son poids. Il est trop proche. Son parfum, un mélange de cuir, de bois de santal et de quelque chose d'autre, d'indéfinissable, m'enveloppe. Je devrais me sentir menacée. Ce n'est pas de la menace que je ressens.
— Vous n'allez pas me dire votre nom ? demande-t-il.
— Peut-être que je préfère rester une inconnue.
— Ce serait dommage.
— Pour qui ?
Il ne répond pas tout de suite. Il fait signe au barman, commande deux verres sans me consulter. Son geste est assuré, presque arrogant. Il a l'habitude qu'on le suive, qu'on l'écoute. Un homme qui ne demande pas la permission.
— Pour vous, dit-il enfin. Parce que vous avez une histoire à raconter. Et les inconnues sans nom ne racontent jamais leur histoire.
— Qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai une histoire ?
Il tourne la tête vers moi. Nos regards se croisent, se heurtent, s'accrochent. L'air entre nous devient électrique, chargé d'une tension que je n'avais jamais connue, une tension qui n'a rien à voir avec la peur, tout à voir avec l'attirance brute, animale, immédiate.
— Une femme en robe de soirée qui débarque dans un bar clandestin à minuit, seule, les yeux rouges, et qui commande ce qu'il y a de plus fort sans même demander le prix, dit-il en égrenant chaque mot comme les pièces d'un puzzle. Soit elle vient de prendre une décision qui va changer sa vie, soit elle vient de découvrir quelque chose qui l'a déjà changée. Dans les deux cas, elle a une histoire.
Je reste silencieuse. Les verres arrivent. Il pousse le mien vers moi sans me quitter des yeux.
— Je ne me trompe pas, n'est-ce pas ?
Je pourrais me lever. Je pourrais partir. Je pourrais rentrer au manoir, enfouir cette nuit dans un coin de ma mémoire, faire comme si rien ne s'était passé, épouser Julian demain, jouer l'oie blanche jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Je ne me lève pas.
— Non, dis-je dans un souffle. Vous ne vous trompez pas.
J'attrape mon verre. Cette fois, je ne le bois pas d'une traite. Je le tiens entre mes doigts, je regarde le liquide tournoyer, je sens la chaleur de l'alcool traverser le cristal. À côté de moi, Soren ne bouge pas, ne parle pas, ne force rien. Il attend. Il attend que je décide de parler ou de me taire.
C'est cette patience qui fait céder mes dernières défenses.
— Je devais me marier demain.
Il ne réagit pas. Aucun haussement de sourcil, aucune exclamation de surprise. Juste son regard gris qui reste braqué sur moi, stable, inébranlable.
— Devais ?
— Devais. Passé. Révolu. Fini.
Les mots sortent comme du verre pilé. Chaque syllabe est une écharde dans ma gorge.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-il.
— J'ai entendu une conversation qui n'était pas destinée à mes oreilles.
— De la part du fiancé ?
Je hoche la tête. Un rire amer, un ricanement plutôt, m'échappe. Un son que je ne me connaissais pas.
— Il disait à sa maîtresse que j'étais une oie blanche. Une formalité imposée par sa mère. Que je pouvais bien dépérir d'ennui après le mariage, il n'en avait rien à faire. Il aurait ses distractions.
Les mots de Julian résonnent encore dans ma tête, aussi tranchants que la première fois. Je les entends en boucle, un disque rayé qui ne s'arrête jamais. Oie blanche. Formalité. Dépérir d'ennui. Distractions.
Soren ne dit rien pendant un long moment. Puis il pose son verre sur le comptoir avec un geste lent, mesuré, presque dangereux.
— Votre fiancé est un imbécile.
— Ça, je l'ai compris toute seule.
— Et un lâche.
— Aussi.
— Et vous avez raison de ne pas l'épouser.
Je tourne la tête vers lui. Son visage est plus proche que je ne le pensais. Je distingue maintenant les détails que la pénombre cachait : une petite cicatrice sur sa tempe droite, presque invisible, une ligne plus claire sur sa peau mate ; des cernes légers sous ses yeux, comme s'il ne dormait jamais assez ; une intensité dans le regard qui me donne l'impression d'être la seule personne au monde.
— Je ne vous ai même pas dit mon nom, murmuré-je.
— Ça viendra. Ou pas. Peu importe. Ce qui importe, c'est que vous êtes ici et pas là-bas.
— Et qu'est-ce que je fais ici ?
Il esquisse un sourire, différent du premier. Moins ironique. Plus vrai.
— Vous commencez à vivre.
Quelque chose se brise en moi. Ou peut-être se répare. Je ne sais pas encore. Je sais seulement que les larmes qui me montent aux yeux ne sont pas des larmes de tristesse. Elles sont brûlantes, salées, pleines d'une rage qui ne demande qu'à éclore.
Je bois mon verre.
— Parlez-moi de vous, dis-je pour changer de sujet, pour reprendre le contrôle de cette conversation qui m'échappe.
— Il n'y a pas grand-chose à dire.
— Un homme seul dans un bar à minuit, ce n'est pas anodin non plus.
— Touché. Il apprend vite, le petit oiseau.
— Je ne suis pas un petit oiseau.
— Non. Vous êtes quelque chose d'autre. Quelque chose qui n'a pas encore déployé ses ailes.
Il y a une telle certitude dans sa voix que j'en reste muette. Il ne me connaît pas. Il ne sait rien de moi, de mon passé, de mes peurs, de ma faiblesse. Et pourtant, il me regarde comme si j'étais capable de soulever des montagnes.
— Je possède un fonds d'investissement, dit-il après un silence. Rien de très romanesque. Des chiffres, des contrats, des nuits blanches dans des bureaux froids. J'étais censé rencontrer un client ce soir. Il m'a posé un lapin. Je suis resté.
— Pourquoi ?
— Parce que je n'avais nulle part où aller.
La confession est simple, brute, sans fioritures. Elle me touche plus que toutes les déclarations enflammées que Julian a pu me faire devant les caméras.
— Nous faisons une belle paire d'âmes perdues, dis-je.
— Oui. Une belle paire.
Nos regards se soudent. Le bruit du bar, le piano mélancolique, les conversations étouffées des autres clients, tout s'éloigne. Il n'y a plus que lui et moi, face à face dans la pénombre rougeoyante, deux étrangers qui n'ont rien en commun sauf cette nuit, ce comptoir, ce vertige.
— Dansez avec moi, dit-il soudain.
— Quoi ?
— Dansez. Ici. Maintenant.
Il se lève et me tend la main. Une main large, aux doigts longs, aux jointures légèrement marquées. Une main qui a travaillé, qui a combattu, qui a tenu bon dans les tempêtes.
— Il n'y a même pas de piste de danse, dis-je stupidement.
— On s'en fiche.
Je regarde sa main. Je regarde son visage. Je pense à Julian. Je pense à Victoria. Je pense à cette vie qui m'attend dehors, avec ses mensonges et ses faux-semblants. Et puis je repousse tout. Je repousse le passé, l'avenir, les conséquences. Je ne veux plus penser. Je veux sentir.
Je pose ma main dans la sienne.
Ses doigts se referment sur les miens, chauds, solides, rassurants. Il m'attire contre lui. Je vacille légèrement sur mes talons. Sa main libre se pose au creux de mes reins, paume ouverte, ferme mais douce, comme s'il tenait un oiseau.
Nous dansons.
Il n'y a pas de musique, ou plutôt si, le piano qui continue sa mélopée triste, mais nous ne suivons pas le rythme. Nous inventons le nôtre, lent, ondulant, magnétique. Je sens la chaleur de son corps contre le mien, la dureté de son torse sous la chemise, le froissement du tissu à chaque mouvement. Ma tête arrive juste sous son menton. Son souffle caresse mes cheveux.
— Tu trembles, dit-il.
— Ce n'est pas de froid.
— Je sais.
Sa voix est un murmure rauque qui vibre contre ma tempe. Mes doigts se crispent sur son épaule. Il sent bon. Il sent l'orage et la nuit et quelque chose de sauvage qui me fait tourner la tête plus sûrement que l'alcool.
— Je ne fais jamais ça, dis-je.
— Quoi ? Danser avec un inconnu ?
— Parler à un inconnu. Boire. Danser. Ressentir.
— Ressentir quoi ?
Je lève la tête. Nos visages sont à quelques centimètres l'un de l'autre. Je pourrais compter ses cils. Je pourrais me noyer dans le gris de ses yeux.
— Tout, dis-je. Je ressens tout.
Il ne répond pas avec des mots. Il baisse lentement la tête, très lentement, comme s'il me laissait le temps de reculer, de fuir, de redevenir l'oie blanche que le monde attend que je sois.
Je ne recule pas.
Ses lèvres effleurent les miennes. C'est un frôlement à peine esquissé, une promesse plus qu'un baiser, une question posée dans le silence. Ma respiration se bloque. Mon cœur s'emballe. Mes doigts agrippent le tissu de sa chemise.
— Dis-moi ton nom, murmure-t-il contre mes lèvres.
— Elara.
— Elara.
Il prononce mon prénom comme une caresse, comme une prière, comme une évidence. Et puis il m'embrasse.
Ce n'est pas un baiser timide. Ce n'est pas un baiser poli ou convenu. C'est un baiser qui dévore, qui consume, qui fait exploser toutes les digues que j'avais érigées depuis des années. Ses lèvres sont brûlantes, exigeantes. Sa langue rencontre la mienne. Un gémissement m'échappe. Ses mains descendent sur mes hanches, me plaquent contre lui. Je sens son désir contre mon ventre, franc, animal, réciproque.
Le monde extérieur n'existe plus.
Je ne sais pas combien de temps dure ce baiser. Une éternité. Une seconde. Assez pour que tout change. Assez pour que je ne sois plus jamais la même.
Quand nous nous séparons, haletants, il pose son front contre le mien. Ses yeux gris sont devenus presque noirs.
— Viens avec moi, dit-il.
C'est une phrase simple. Trois mots. Mais dans sa bouche, dans ce bar, dans cette nuit qui n'appartient qu'à nous, ces trois mots sont une porte ouverte sur un précipice.
Je sais ce qu'il propose. Je sais ce que cela signifie. Je sais que si je le suis, je ne pourrai plus revenir en arrière. Je serai celle qui a fui. Celle qui a trahi les attentes. Celle qui a osé.
Je pense à Julian. Je pense à sa maîtresse. Je pense à ses mots tranchants comme des lames.
Je pense à cette vie que je n'ai jamais choisie.
Et je prends la main de Soren.
— Allons-y.
Nous sortons du bar dans la nuit fraîche. La ville est toujours aussi indifférente, mais je ne la vois plus. Je ne vois que lui. Sa silhouette, sa démarche, sa main qui ne lâche pas la mienne.
Je ne me retourne pas.
Demain, le jour se lèvera sur un monde différent. Demain, Elara Ashford sera morte. Demain, une autre femme naîtra de ses cendres.
Mais ça, c'est demain.
Ce soir, c'est ce soir. Et ce soir, je choisis de vivre.
CHAPITRE 60 : LA FUSILLADEElaraLes portes s'ouvrent sur une scène que je n'oublierai jamais. La salle de bal du Ritz est éblouissante de lumières et de richesses. Des lustres de cristal projettent des éclats d'or sur les murs tendus de soie, les tables croulent sous les verres de champagne et les petits fours, et une trentaine d'actionnaires en tenue de soirée sont assis en arc de cercle autour d'une estrade. Sur cette estrade, Victoria Ashford se tient debout, superbe et glaciale, un micro à la main. Elle porte une robe de velours pourpre, la couleur du pouvoir, et ses cheveux relevés en un chignon strict lui donnent l'allure d'une impératrice. Elle est en train de parler, de cette voix mielleuse qui a bercé mon enfance et fait trembler mes nuits. « ...et c'est pourquoi, mes chers amis, je vous propose de reconduire mon mandat à la tête du Domaine de Clairvaux pour une durée de cinq années supplémentaires. Ensemble, nous avons surmonté les crises, les scandales, les attaques. Ensem
CHAPITRE 59 : L'ARRIVÉE DES ANGES GARDIENSElaraLe silence de la cellule est brisé par un bruit sourd, lointain d'abord, puis de plus en plus proche. Une explosion. Le sol tremble sous mes pieds, les murs vibrent, la poussière tombe du plafond en fines volutes grises. Je me redresse sur ma couchette, le cœur battant à tout rompre. Quelque chose est en train de se passer. Quelque chose de grave. Des cris retentissent dans le couloir, des ordres hurlés, des bruits de course précipitée. Puis des coups de feu. Plusieurs détonations qui claquent dans l'air confiné du commissariat, suivies de hurlements de douleur. Je me plaque contre le mur, les mains sur les oreilles, essayant de comprendre ce qui se passe. Victoria aurait-elle décidé de m'éliminer malgré notre accord ? A-t-elle envoyé ses hommes pour me faire taire définitivement ? Ou est-ce autre chose ? Quelque chose que je n'ose pas espérer ?Les coups de feu se rapprochent. La porte de ma cellule vibre sous un impact violent, puis u
CHAPITRE 58 : LE MARCHÉ DU DIABLEElaraLe chaos règne dans l'entrepôt. Les policiers se déploient, les armes braquées, les voix qui hurlent des ordres contradictoires. Viktor Kessler gît sur le sol, une mare de sang s'élargissant sous son corps inerte. Soren a jeté son arme et s'est agenouillé, les mains en l'air, pour ne pas être pris pour cible. Julian est toujours recroquevillé contre moi, tremblant de tous ses membres, le visage ravagé par les larmes. Et Victoria, au centre de ce chaos, sourit. Elle sourit, et ce sourire me glace plus que toutes les menaces qu'elle a proférées jusqu'à présent. Quelque chose ne va pas. Quelque chose que je ne comprends pas encore, mais que je sens confusément, comme un animal sent approcher l'orage.Le commandant des forces de l'ordre, un homme massif au visage buriné, s'approche de Victoria et lui retire ses menottes. Mes yeux s'écarquillent d'incompréhension. « Mais que faites-vous ? C'est elle, la criminelle ! Elle a avoué avoir tué mon père !
CHAPITRE 57 : LE JEU DE LA VÉRITÉVictoriaJe les regarde tous, ces visages qui m'entourent dans cet entrepôt crasseux. Elara, cette petite idiote qui se prend pour une héroïne, debout à quelques mètres de moi, les poings serrés, le regard brûlant de haine. Soren Blackwood, le fils de cet escroc que j'ai poussé au suicide il y a dix ans, son arme encore fumante à la main. Et Julian, mon propre fils, ce traître, ce lâche, recroquevillé dans les bras de sa cousine comme un enfant peureux. Tous croient avoir gagné. Tous pensent que je suis finie, que mon empire s'effondre, que la vérité a triomphé. Comme ils sont naïfs. Comme ils me connaissent mal. Même maintenant, même avec ces menottes qui me scient les poignets, même avec Kessler qui gît dans une mare de sang à mes pieds, je n'ai pas perdu. Je ne perds jamais. J'ai passé ma vie à me battre, à survivre, à écraser tous ceux qui se dressaient sur mon chemin. Ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer.Je relève la tête et je plante mo
CHAPITRE 56 : L'ENTREPÔT DE LA MORTElaraLa voiture file à travers les rues de Paris, silencieuse, déterminée. Soren conduit, les mains crispées sur le volant, le regard fixé sur la route. Marcus est assis à l'arrière, le bras en écharpe, le visage encore tuméfié mais les yeux brillants d'une énergie nouvelle. La visite du médecin l'a rassuré : Victoria a bluffé. Il n'a pas été empoisonné, il n'a pas été piégé. Il est libre, vivant, et prêt à en découdre. Je devrais être soulagée. Je le suis, en partie. Mais une angoisse sourde continue de me ronger. Victoria ne bluffe jamais sans avoir une solution de rechange. Si ce n'est pas Marcus, alors quoi ? Quelle est sa véritable arme ? Mon téléphone vibre, interrompant le fil de mes pensées. Un message. Quelques mots qui me glacent le sang : « Vous voulez sauver votre ami ? Venez seule à l'entrepôt 47, zone industrielle de Saint-Denis. Si vous prévenez la police, il mourra. Si vous n'êtes pas là dans trente minutes, il mourra. »— Qu'est-ce
CHAPITRE 55 : LE CHOIX DÉCHIRANTElaraL'aube se lève à peine sur le manoir Blackwood. Une lumière grise et froide filtre à travers les rideaux de velours, annonçant une journée maussade. Je n'ai pas dormi. Pas une seconde. J'ai passé la nuit assise dans le fauteuil de la bibliothèque, à fixer les flammes dansantes de la cheminée, à repasser dans ma tête chaque détail du plan que nous avons élaboré. L'assemblée générale commence dans quatre heures. Dans quatre heures, je serai face à Victoria, dans les salons du Ritz, devant tous les actionnaires de Clairvaux. Dans quatre heures, la vérité éclatera au grand jour, ou bien tout sera perdu. Marcus dort dans la chambre d'amis, épuisé par son calvaire de la veille. Soren s'est assoupi sur le canapé du salon, un pistolet posé sur la table basse à portée de main. Il ne veut prendre aucun risque, pas après ce qui est arrivé à Marcus. Kessler est toujours en fuite, et Victoria est capable de tout. Mais pour l'instant, la maison est calme, enve







