Mag-log inJe n’ai presque pas dormi cette nuit-là.
Je suis restée allongée dans mon lit, fixant le plafond, incapable de calmer le bruit dans ma tête. Jason. Natalie. Le document. Ayman. Tout se mélangeait dans un chaos que je n’arrivais pas à comprendre. À un moment, vers cinq heures du matin, j’ai fermé les yeux juste pour respirer. Juste pour essayer d’arrêter de trembler. Mais une question revenait encore et encore : Pourquoi tout le monde a su avant moi ? Je secouai la tête, les yeux brûlants. Pas le moment de pleurer. Pas encore. Je me levai, ma robe de nuit froissée, mes cheveux en désordre. Je me dirigeai vers la salle de bain. Je me regardai dans le miroir. J’avais l’air d’une femme fatiguée. Vidée. Blessée. Mais il y avait aussi autre chose. Une petite flamme. Une petite colère. Quelque chose qui commençait à naître. Je savais que cette journée allait être décisive. J’ai fait couler un peu d’eau froide sur mon visage. Le choc m’a réveillée d’un seul coup. Puis j’ai attaché mes cheveux. Et je me suis regardée encore. Encore fatiguée. Encore fragile. Mais… un peu plus debout. Je sortis de la salle de bain, et mon regard tomba aussitôt sur l’enveloppe posée sur la table basse. L’enveloppe que j’avais laissée là hier soir. L’enveloppe où mon monde s’était brisé. Je m’assis lentement. Mes mains tremblaient un peu. Mais je la repris. Je ne pouvais pas faire semblant que tout ça n’existait pas. Je l’ouvris. Un seul mot me frappait encore : Divorce. Et juste en-dessous, noir sur blanc : Jason N. Lewis — demandeur Claire D. Moreau — défenderesse Témoin principal : Natalie Turner Je restai figée. Je relus la dernière ligne encore une fois. Témoin principal: Natalie Turner. Ça voulait dire quoi ? Qu’elle avait participé ? Qu’elle avait signé ? Qu’elle avait validé ? Qu’elle était officiellement impliquée dans ma destruction ? Mon cœur se tordit. Littéralement. Je sentis une chaleur monter en moi. Une rage silencieuse. Un feu qui brûlait lentement… mais sûrement. Je posai les documents sur la table. Et pour la première fois depuis longtemps, je soufflai : — Ils ne vont pas m’achever. Pas cette fois. La visite que je n’attendais pas Vers neuf heures, je descendis pour prendre un verre d’eau. La maison était trop silencieuse. Trop vide. Trop lourde. J’étais en train de boire quand j’entendis quelque chose frapper la porte. Une fois. Puis deux. Puis trois. Je posai mon verre, agacée. — Qui ça peut encore être ? J’allai vers la porte. Je l’ouvris. Et mon cœur s’arrêta net. Natalie. Elle était là. Devant moi. Les cheveux brillants. Le sourire nerveux. L’air faussement innocent. Comme si rien ne s’était passé. Comme si elle n’avait pas détruit ma vie. — Claire… salut, dit-elle avec une petite voix douce. Je ne réponds pas. Je la regarde. Je l’étudie. Elle avale sa salive, un peu mal à l’aise. — Il faut qu’on parle… Je réponds très calmement : — Non. Je ne pense pas. Elle fait un pas vers moi. — Claire s’il te plaît… laisse-moi expliquer. Ce n’est pas ce que tu crois. Je souris. Un sourire froid. Le genre de sourire qui veut dire : Tu mens encore. — Ah oui ? Alors dis-moi ce que je crois. Je suis curieuse. Elle commence à paniquer. — C’est… c’est compliqué. Jason… il était perdu. Je voulais t’aider au début. Je te jure. Mais après… après les choses se sont mélangées. Je— — Stop. Je levai la main. Elle se figea. — Tu savais. Depuis longtemps. Tu savais pour la demande de divorce. Tu savais que j’étais humiliée. Tu savais que j’étais dans le noir. Tu savais que j’allais souffrir. Ses yeux se remplirent de larmes. — Claire… je suis désolée… Je secouai la tête. — Tu n’es pas désolée. Tu as juste peur que Jason te lâche. Tu n’es pas venue pour moi. Tu es venue pour sauver ta position. Elle recula comme si je l’avais giflée. Mais je ne m’arrêtai pas. — Et tu veux savoir ce qui me fait le plus mal ? Ce n’est pas que tu m’aies trahie. C’est que tu m’aies regardée dans les yeux hier, dans ma maison, en sachant que tu avais participé à ce que ce mariage ne soit q'un chaos et l'as aidé a préparé cette demande de divorce. Elle éclate en sanglots. — Claire… je ne voulais pas… Je… je t’aime comme une sœur… Je souris encore. Un sourire triste. — Une sœur ? Alors tu as un drôle de sens de la famille. Elle essuie rapidement ses larmes. — Claire… écoute ! Jason n’est pas heureux avec toi. Il aurait fini par— — Assez. Ma voix est tombée. Lente. Froide. Tranchante. Je fis un pas vers elle. — Si Jason n’était pas heureux, il pouvait partir comme un adulte. Pas ramper derrière mon dos. Pas coucher avec toi. Pas signer un divorce en cachette. Pas me briser en silence. Elle baisse la tête. — Je ne l’ai jamais voulu… murmura-t-elle. — Alors pourquoi tu l’as fait ? demandai-je calmement. Elle se mord la lèvre. Ses doigts tremblent. Et là, elle lâche la phrase qui change tout. Une phrase qui me coupe la respiration. — Parce que je l’aime. Je me fige. Mes yeux s’écarquillent. Et elle répète. — Je l’aime, Claire. Depuis longtemps. Avant même votre mariage. Et j’ai… j’ai toujours su qu’un jour, il réaliserait qu’il n’avait jamais cessé de m’aimer aussi. Je reste immobile. Silencieuse. Je crois que mon cœur… a cessé de battre pendant deux secondes. Elle continue, comme si elle vomissait enfin sa vérité : — Et oui… j’ai signé. Oui j’ai validé. Oui j’ai voulu qu’il te quitte. Parce que j’en avais marre d’être l’ombre. J’en avais marre de t’entendre me parler de lui tous les jours alors que… moi, je rêvais de lui chaque nuit. Je serre la poignée de la porte jusqu’à en avoir mal. Natalie s’approche… les mains tremblantes. — Claire… j’étais jalouse. J’étais fatiguée de t’entendre me raconter votre vie. J’étais fatiguée d’être celle qui soutient, pendant que toi… toi, tu avais tout. Je m’étouffe presque. Moi? J’avais tout ? Je ris doucement. Un rire désespéré. — Si seulement tu savais ce que c’est que “tout”… Un mari qui t’ignore. Une vie qui te traverse. Un amour qui t’étouffe. Et toi qui me regardais souffrir en silence… en espérant quoi ? Qu’il te choisisse ? Elle baisse les yeux, coupable. Et je finis : — Eh bien tu sais quoi ? Prends-le. Prends ce qui reste de lui. Prends sa lâcheté. Prends sa trahison. Prends sa vie vide. Mais une chose est sûre, Natalie… Je la regarde droit dans les yeux. — Tu ne me reprendras plus jamais, moi. Et je referme la porte. Lentement. Très lentement. Sur son visage décomposé. Sur sa bouche tremblante. Sur ses yeux en larme. Et quand la porte claque… je tombe à genoux. Pas de douleur. Pas de tristesse. Non. Une libération violente. Brutale. Presque sauvage. Je respire fort. Très fort. Enfin. Des minutes plus tard, au moment où je me relève… Un bruit. Derrière moi. Je sursaute. Je me retourne lentement. Et je le vois. Jason. Debout dans l’entrée. Je ne l’avais même pas entendu entrer. Son regard est sombre. Dur. Froid. Et dans sa main… une copie du même document. Il me regarde longuement. Puis il dit la phrase que je n’aurais jamais imaginé entendre de sa bouche : — Claire… pourquoi tu t’obstines ? On va signer ce divorce. Que tu sois prête… ou non. Je reste figée. La gorge sèche. Le cœur glacé. Et il ajoute, sa voix tranchante comme une lame : — J’en ai fini avec toi. Et juste à côté de lui, lui tenant la main, Natalie. Ses larmes avaient disparues laissant à un regard confiant... presque victorieux. Était-ce cela la définition du sens de l'amitié pour elle? Et c’est là… Que tout s’arrête... Ce Mariage vide de sens...prenait fin.L’amour triomphait.Le vrai, celui qui ne blesse pas, celui qui pardonne, celui qui restaure et celui qui fait évoluer.Ayman et moi pouvions enfin vivre notre amour.Et chaque balade, chaque message et chaque rencontre prenaient tout leur sens.Je ne refoulais plus rien, je le vivais et chaque instant à ses côtés faisait ressortir la magnifique Claire que j’étais et qu’il amplifiait.— Je t’aime, déclarai-je.— Et moi encore plus, répondit-il.On profitait de la sérénité du parc, de la chaleur humaine qui s’y dégageait et de tout l’amour que la vie avait à nous offrir.— Nous sommes bien là, tous les deux blottis l’un contre l’autre, et je pense que je pourrais rester ainsi toute une vie entière. À ce moment précis, il ne manque plus qu’une seule chose pour que tout soit parfait, dit-il en me regardant intensément.— Quoi donc, Ayman ?— Il est temps que nos deux familles se connaissent. Il est temps que l’on aille voir maman.— Je suis très heureuse et je sais qu’au fond, elle n’att
— Pourquoi est-ce que tu dis ça ? T’en as pas marre de jouer avec les sentiments des autres ? Ayman est amoureux de quelqu’un, c’est vrai, et les yeux savent de qui il s’agit. Si ton objectif est de me faire plus de mal que tu ne l’as déjà fait, sache que je suis allée de l’avant. Maintenant, va-t’en d’ici et laisse-moi tranquille une bonne fois pour toutes.— Claire, écoute-moi une bonne fois pour toutes. Je ne me répéterai pas ! s’exclama-t-elle avant d’enchaîner directement.— Ayman t’aime de tout son cœur. Même si ça me fait chier parce que je l’aime et que je me suis rendue compte bien trop tard que je n’ai jamais été à la hauteur de son amour. C’est le seul homme qui m’ait vraiment aimée comme je le méritais. Il est raide dingue de toi et, à un moment, notre baiser n’était pas voulu par lui. Je l’ai pris au dépourvu.Je me pris une claque énorme en plein visage.Je restai là, figée droit devant elle. Je n’arrivais pas à croire mes oreilles.Cette image me revenait en pleine face
Je ne voulais plus de ça. Je ne voulais plus subir. Être celle qui souffre. Celle qui pardonne l’impardonnable. Celle qui ferme les yeux face aux injustices des autres. Je voulais me reconnecter à moi, oublier toutes ces histoires, oublier ces derniers mots, oublier cette fausse amitié, oublier cet amour naissant et réapprendre à m’aider moi. À m’aimer, pas à travers le regard amoureux de quelqu’un d’autre, mais m’aimer moi, pour ce que je suis. Il n’était plus question de m’ouvrir, il était désormais question de me restaurer. Alors je pris la décision de tout recommencer. Recommencer à apprendre à m’aimer. Recommencer à apprendre à me reposer. Recommencer à apprendre à apprécier tout de moi. Recommencer à travailler sur ces chaînes qui me rendaient dépendante du regard et de l’amour des autres. C’est ce que j’aurais dû faire il y a bien longtemps. Plus de larmes inutiles. Des heures plus tard, très tard dans la nuit, Lili vint de nouveau frapper à ma porte. Je lui
— Jason?! Ici?!! m'exclamai-je.Je n'attendis pas une minute de plus et je me rendis jusqu'au bien décidée à lui faire comprendre qu'il n'était pas le bienvenu.— Qu'est-ce que tu fais ici? T'as pas à être ici! Tu veux te rassurer que je suis toujours abattue après ce que vous avez fait, ton amante et toi?Il restait là, face à moi, sans dire un mot...Et dans son regard, cette froideur et cette distance qu'il avait toujours eues face à moi avaient disparu...J'avais en face de moi un Jason désarmé.— Claire, s'il te plaît, écoute-moi.— Pourquoi est-ce qu'elle devrait t'écouter? T'en as pas fini de lui faire du mal. Et d'ailleurs, qu'est-ce qui t'emmène ici? Tu n'as pas à être là, va-t'en d'ici, s'interposa Lili, très remontée.— Qu'est-ce qui se passe ici?! La voix rauque de papa qui venait d'arriver saisit toute la pièce.— Jason?! Qu'est-ce que tu fais ici?!— Papa, je... je suis...— Papa, demande-lui de s'en aller, lançai-je, complètement troublée.Papa s'avança jusqu'à moi.— C
J’essuyai mon visage.Dans mon regard, c’était le vide…Une illusion qui n’était qu’une fin, en fin de compte.Mes yeux s’en rendaient compte à présent.Je soupirai profondément et je m’avançai jusqu’à la porte, puis je l’ouvris.Face à moi, le regard inquiet de papa et les yeux presque embués de ma petite Lili.Comment allais-je pouvoir tout leur dire ?Et là, face à ça, des larmes me remontèrent à la surface.— Claire… murmura-t-elle.— Claire… qu’est-ce qu’il y a ? me demanda papa.— Papa, répondis-je tristement en me jetant dans ses bras.Je leur ai tout raconté, et la déception les envahit tout autant que moi.Papa était en colère, très en colère, et ma petite Lili tellement déçue.Elle me regardait avec ses grands yeux humides, mais que pouvais-je lui dire d’autre ?Moi-même, j’étais déçue, mais je n’allais pas me laisser abattre.Alors j’ai continué ma vie.Son numéro aux oubliettes, et lui avec.Je repris les cours normalement. Je voulais aller de l’avant.Aucune explication n
— Non, Claire ! me suis-je répétée.— Comment est-ce qu’il le verrait ? C’est vrai qu’en ce moment, il a un peu de temps libre, mais ça ne veut pas dire qu’il puisse l’être pour moi…— Ou peut-être que quelques minutes suffiraient à savoir réellement ? Que faire ? Comment est-ce que je suis censée être certaine de mes sentiments pour lui ?Je devais le faire…Je devais avoir une discussion avec lui et lui ouvrir mon cœur afin de dire tout ce que je ressentais et que je me forçais à enfouir tout au fond.Mes doutes, mes craintes, mes peurs, mes appréhensions… je pensais que je devrais tout lui dire et mettre enfin des mots sur tous ces signes qui n’étaient pas si invisibles.— Je vais y aller. Je vais prendre ce risque. Quitte à tout arrêter et être réellement de vrais amis, sans plus, je vais aller jusqu’au bout.— Je vais y aller, on va certainement passer une bonne soirée. Au moins, on sera fixés et ça nous fera beaucoup de bien.Des heures plus tard, après les cours, je fis un tour







