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Chapitre 6 : La robe 2

ผู้เขียน: L'invincible
last update วันที่เผยแพร่: 2026-04-20 23:21:42

Personne ne l'entend. Il n'y a personne pour l'entendre.

Le salon est vide. Les grandes baies vitrées laissent entrer le soleil. La lumière danse sur les meubles. Sur les tableaux accrochés aux murs. Sur les vases en cristal posés sur les consoles. Sur le piano à queue que personne ne joue. Tout est beau. Tout est cher. Tout est mort.

Je traverse le salon. Je ne m'arrête pas. Il n'y a rien pour moi ici. Il n'y a jamais rien pour moi ici. Je suis une invitée dans ma propre maison. Une étrangère dans ma propre vie.

Je sors dans le jardin.

L'air est frais. Le soleil est doux. Les roses sont en fleurs. Des roses rouges, des roses blanches, des roses pâles. Des centaines de roses. Des milliers de roses. Leonardo les a fait planter pour Olivia. Il ne me l'a pas dit, mais je sais. Je sais tout. Je sais qu'il vient ici avec elle, quand je ne suis pas là. Je sais qu'ils se promènent dans les allées, qu'ils s'assoient sur le banc, qu'ils respirent le parfum des fleurs qu'il a fait planter pour elle. Je sais qu'il lui offre des roses. Des roses rouges. Des roses qu'il ne m'offre jamais.

Je ferme les yeux. Je respire. Pour la première fois de la journée, je respire. L'air est pur. Le parfum des roses est doux. Le soleil sur mon visage est chaud. Je suis vivante. Je suis encore vivante.

Le jardin sent la terre, les fleurs, l'été. Il sent la vie. Une vie qui n'est pas la mienne. Une vie qui se passe sans moi.

Je me souviens du jardin de mon enfance. Un petit jardin, derrière l'appartement de ma mère. Un carré d'herbe jaunie, quelques fleurs qui poussaient mal, un arbre tordu. Je passais des après-midi entières à lire sous cet arbre. Des livres de sciences. Des revues. Des équations. Des découvertes. Je lisais, je lisais, je lisais. J'apprenais, j'apprenais, j'apprenais. Je devenais quelqu'un.

J'étais seule, mais je n'étais pas vide. J'avais des rêves. J'avais un avenir. J'avais Elena. J'avais la certitude que ma vie servirait à quelque chose. Que je servirais à quelque chose. Que je ne serais pas une de ces femmes qui disparaissent dans le mariage, dans la domesticité, dans le silence.

Regarde-moi maintenant. Je suis une de ces femmes. J'ai disparu. Je me suis effacée. J'ai choisi de n'être rien.

— Où es-tu, Elena ? murmuré-je.

Le vent souffle. Les roses bougent. Leurs pétales frémissent, comme si elles répondaient. Mais personne ne répond. Il n'y a personne. Il n'y a jamais personne.

Je reste longtemps dans le jardin. Les yeux fermés. Le soleil sur mon visage. Les bras le long du corps. Les doigts qui touchent presque les roses. Je suis là. Je suis là, mais je ne suis pas là. Je suis une statue. Un fantôme. Une morte qui respire encore.

Je voudrais disparaître. Je voudrais me fondre dans la lumière. Je voudrais être ailleurs. Être quelqu'un d'autre. Être celle que j'aurais dû être. Celle qui n'a pas choisi de se taire. Celle qui n'a pas choisi de s'effacer. Celle qui n'a pas choisi de mourir pour un homme qui ne la voyait pas.

Mais je suis ici. Dans cette villa. Dans cette vie. Dans ce vide. Dans ce silence. Dans cette attente sans fin.

J'ouvre les yeux. Le soleil est plus haut. La journée a avancé. La journée a avancé sans moi. Comme toutes les journées. Comme tous les jours depuis cinq ans.

Je rentre. La villa est toujours vide. Elle est toujours vide. Elle sera toujours vide.

Alessia

La porte de la cuisine est ouverte. Je les entends avant de les voir. Les voix. Les chuchotements. Ces chuchotements que je connais par cœur. Ces chuchotements qui me suivent partout. Ces chuchotements qui sont ma seule musique.

— Elle ne sort jamais.

— Elle ne fait rien de ses journées.

— Elle reste dans sa chambre. Elle regarde le vide.

— C'est bizarre, non ? Une femme si jeune, si belle, qui ne fait rien.

— Paraît que Monsieur a une autre femme. Une femme bien. Une femme qui travaille. Qui est cultivée.

— Paraît qu'elle s'appelle Olivia. Qu'elle est brillante. Qu'elle a fait de grandes études.

— Elle est son égale, paraît.

— Pauvre Madame Conti. Elle ne sait rien. Elle attend. Elle attend toujours.

Je m'arrête. Mes pieds sont cloués au sol. Mon cœur bat. Il bat fort, il bat vite, il bat douleur. Je devrais faire du bruit. Je devrais entrer. Je devrais leur montrer que je les entends. Je devrais leur dire que je sais. Que je sais pour Olivia. Que je sais qu'elle est brillante, qu'elle est cultivée, qu'elle est son égale. Que je sais qu'il l'aime. Que je sais qu'il ne m'a jamais aimée.

Mais je ne bouge pas.

Parce qu'elles ont raison.

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