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CHAPITRE 9 — LE PREMIER TEST PUBLIC

Author: Dledition
last update publish date: 2026-11-06 03:23:47

— Clara

La robe est trop serrée. Je le sens au niveau de la taille, une pression constante qui m'oblige à me tenir droite, à ne pas me laisser aller, cette bande de tissu qui me coupe en deux et qui me rappelle à chaque respiration que je ne suis pas là pour être à l'aise. C'est peut-être le but. Je souris. Je serre des mains. Je dis des choses légères, des phrases qui ne veulent rien dire mais qui font rire, et je sens tous ces regards sur moi, ces hommes qui me détaillent, ces femmes qui m'év
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    Sa voix est rauque de sommeil, épaisse, et elle me fait quelque chose au creux du ventre, cette voix-là, cette voix d'homme qui sort du noir, qui n'a pas encore ses mots, qui parle avec sa gorge.— Depuis un moment, je dis, et je ne me retourne pas.Je descends. Je fais le café. Je bois ma tasse debout contre le plan de travail, les mains autour de la chaleur, et je l'entends qui se lève là-haut, qui va dans la salle de bain, la douche qui coule, l'eau qui tape contre le carrelage, et je me force à penser à autre chose, aux courses, au pressing, au dossier de lundi, à n'importe quoi, et je n'y arrive pas. Il descend. Il est déjà habillé, chemise grise, cheveux peignés, et son regard me cherche, un instant, un seul, et il glisse sur moi comme l'eau sur un ciré. Pas un mot. Pas un geste. Il prend sa tasse dans le placard, la tasse blanche, celle qui va avec la mienne, il se sert, et on est là tous les deux dans la cuisine, à deux mètres l'un de l'autre, et le baiser est e

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    — Clara Je me plante devant le miroir de la salle de bain et je me le dis à moi-même, à voix haute, le robinet qui goutte derrière, une goutte toutes les cinq secondes, un compte à rebours, et ma voix qui résonne contre le carrelage, qui revient vers moi, qui me dit des choses que je ne veux pas entendre. Je ne vais plus me laisser atteindre. C'est décidé. Je le prononce comme on prête serment, la main sur le bord du lavabo, les doigts dans la céramique froide, et je me regarde dans les yeux pour être sûre que je me crois, et je ne me crois qu'à moitié, mais c'est déjà ça, c'est un début, c'est une promesse qu'on se fait et qu'on sait qu'on ne tiendra pas. Je descends l'escalier et il est là, en bas, son manteau sur le bras, sa mallette posée contre le mur, il attend je ne sais quoi, il regarde la porte, et je vois sa nuque, la petite ligne de peau claire entre ses cheveux et son col, et je m'arrête à la troisième marche, la main sur la rampe.

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    — ClaraLa lumière tombe d'un coup, le claquement sec du disjoncteur, et le salon bascule dans le noir, un noir si épais que je ne vois plus ma propre main, ma propre main à dix centimètres de mon visage, et je reste là, au milieu du salon, ma jambe encore en avant, en équilibre, mes doigts cherchant le dossier du canapé, le tissu rêche, la couture. La pluie bat les vitres, un rideau de gouttes, et la ville derrière la baie est un éclat de lampadaires brouillés, orange et flou, des taches de lumière qui tremblent dans l'eau.— Ethan ?— Là.Sa voix vient de la cuisine, et j'ose un pas, puis un autre, mes chaussons raclant le tapis, et je le trouve à tâtons dans le couloir, je le sens avant de le toucher, cette chaleur d'homme qui émane de lui, cette odeur de lessive et de peau, cette odeur de lui que je reconnaîtrais entre mille.— Disjoncteur ? je demande.— Sûrement.— Tu sais où il est ?— Cave.Il ne bouge pas. Il est tout près, juste devant, et sa respiration me parvient, lente,

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    — ClaraLe matin, je descends avec les paupières encore collées, je marche sur la pointe des pieds sans savoir pourquoi, le parquet craque sous mes pas malgré moi, et je le trouve à la cuisine, debout contre le plan de travail, les cheveux mouillés, une serviette passée sur les épaules, et la machine à café qui gargouille, son bruit de gorge, ce râle d'eau chaude qui monte, et la vapeur qui se tord et qui fait luire les carreaux de la crédence, les petits carreaux bleus, un par un. Il m'a entendue. Il ne se retourne pas tout de suite. Il sort une tasse du placard, une tasse blanche, il hésite, la main en l'air, il en sort une seconde, la même, celle qui va avec, et je le regarde faire comme on regarde quelqu'un piloter un avion, quelque chose de technique et d'incertain qui m'échappe, quelque chose de précis et de fragile. Le café coule dans les tasses, noir, et l'odeur m'arrive, mais ce n'est pas l'odeur qui me prend, c'est le geste, c'est la façon dont il tient la cafetière, à deux

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    La phrase tombe sur la moquette entre nous, fragile, et mes yeux piquent, et je serre les dents sur le bord de ma manche pour ne pas pleurer, ce qui est ridicule, ce qui me rend encore plus ridicule, le coton du pull entre mes dents, cette boule dans ma gorge qui ne veut pas descendre. Il glisse du canapé, il s'assoit à côté de moi, pas contre, à côté, à un coussin de distance, et je sens sa chaleur à travers la manche de mon pull, cette chaleur d'homme qui sort de la douche et qui n'a pas encore froid, cette chaleur de peau qui sent le savon et le sommeil.— Ce n'est pas juste, je souffle.— Quoi ?— Que tu aies le droit de me regarder comme ça.— Comme quoi ?— Comme si tu me trouvais encore quelque chose.Il ne répond pas tout de suite. Il regarde devant lui, les pieds de la table basse, la petite pile de livres que je n'ai pas lus, la télévision éteinte où nos silhouettes se reflètent, deux masses sombres côte à côte sur la moquette, deux corps qui ne se touchent pas, deux ombres

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