LOGINPoint de vue — Serena
La porte du bureau de Damon Black se referme derrière moi. Le bruit est feutré. Trop calme. Comme lui. Je fais quelques pas dans l’open space avant de m’autoriser à respirer vraiment. Mes épaules se détendent enfin, comme si je sortais d’une zone de pression invisible. Mon cœur bat plus vite que je ne voudrais l’admettre. Je suis contente. Vraiment. Le projet est accordé. Le test réel. La confiance — ou quelque chose qui s’en approche, venant de lui. Et pourtant… Il y a cette sensation étrange. Un déséquilibre. Pas de la peur. Pas exactement. Une faille. Damon Black dégage une autorité froide, écrasante, presque clinique. Rien de démonstratif. Rien d’agressif. Juste une présence qui impose. Qui oblige à être irréprochable. Travailler en étroite collaboration avec lui ne sera facile, il met une pression, Face à lui, je tiens. Mais ça me coûte. Je rejoins mon bureau et m’assois, les doigts encore légèrement crispés. Mon écran s’allume, mais mon esprit reste accroché à son regard. À sa voix. À cette façon qu’il a de voir trop clair, trop vite. — Serena. Je relève la tête. Léna est appuyée contre la cloison de mon poste, café à la main, sourcil levé. Ma meilleure amie. Celle qui lit sur mon visage avant même que je parle. — Tu reviens de chez le grand patron. Soit tu viens de gagner à la loterie, soit tu viens de survivre à un interrogatoire. Je souffle un rire discret. — Un peu des deux. Elle s’installe sans demander. — Alors ? — Il a validé le projet. Test réel. Budget. Supervision directe. Ses yeux s’agrandissent. — Sérieusement ? Serena, c’est énorme. — Je sais. — Mais…, ajoute-t-elle doucement. Je baisse la voix. — Il est déstabilisant. J’ai l’impression qu’il voit tout. Même ce que je fais semblant de me maîtriser. Léna me regarde un instant, puis sourit. — Et pourtant, tu es sortie de son bureau avec ce que tu voulais. Je hoche la tête. — Oui. Mais j’ai dû être solide sans relâche, nous allons travailler ensemble sur l’ouverture de la succursale. Je suis à la fois … effrayé et … — excité ? Elle rit - C’est pour ça qu’il t’a choisie. Je n’ai pas le temps de répondre. Mon téléphone vibre sur le bureau. Je le retourne. Marc. « Pause déjeuner ? J’aimerais bien t’inviter à manger aujourd’hui 🙂 » Je fixe l’écran quelques secondes. Marc, c’est la simplicité. La douceur. Une présence qui n’exige rien d’autre que d’être là. — Quelqu’un t’écrit, note Léna avec un sourire. — Marc. Il m’invite à déjeuner. — Dis oui. — Comme ça ? — Serena… tu viens de passer une heure sous la glace de Damon Black. Tu as besoin de chaleur humaine. Et de manger, et puis Marc n’ai pas désagréable à regarder, elle sourit, sourire remplie de malice. Je souris et rigole malgré moi. Elle a raison. Je réponds. Avec plaisir. À la pause. Je pose le téléphone face cachée sur le bureau. Un déjeuner normal. Une conversation simple. Un moment sans tension. Juste de quoi me rappeler que, malgré tout, je ne vis pas uniquement pour mon travail. Quelque minutes plus tard Marc apparaît à l’entrée de l’open space avec une aisance naturelle, comme s’il avait toujours eu sa place ici. Grand. Large d’épaules. Silhouette athlétique sans être ostentatoire. Ses cheveux châtain sont légèrement ébouriffés, comme s’il ne s’était pas donné la peine de les discipliner, et ses yeux verts accrochent immédiatement la lumière. Il sourit en me cherchant du regard. Quand il me voit, son sourire s’élargit. — Prête ? demande-t-il en s’approchant de mon bureau. Je me lève, attrape mon sac. — Oui, désolée, j’étais concentrée. — J’aime bien cette version-là de toi, répond-il calmement. Concentrée, mais toujours ailleurs. Je fronce légèrement les sourcils, sans vraiment relever. Marc parle souvent comme ça. À mi-chemin entre la remarque anodine et quelque chose de plus personnel. Léna, à côté, me lance un regard appuyé et un clins d’œil avant de murmurer : — Bon appétit. Je souris, un peu distraite, et suis Marc entre les rangées de bureaux.Le bâtiment de Black Corp est exactement comme dans mon souvenir.Froid. Imposant. Parfaitement lisse.Et pourtant, ce matin, il me paraît différent. Ou peut-être que c’est moi qui le suis.Je reste immobile quelques secondes devant l’entrée, les doigts serrés autour de la lanière de mon sac. Le verre reflète mon visage. Mes traits sont calmes, mais mes yeux trahissent tout le reste. La nuit dernière. Le penthouse. Simba. Le rire de Damon quand l’arbre à chat a failli lui tomber dessus. La façon dont il m’a regardée ensuite, comme si j’étais… chez moi.Et maintenant, je suis là.De retour dans le monde réel.— Allez, murmuré-je pour moi-même. C’est juste une journée de travail.Je pousse les portes.L’open space est déjà en pleine activité. Le bourdonnement familier des claviers, les conversations à voix basse, le bruit des imprimantes. Tout est exactement à sa place. Comme si rien n’avait changé.Sauf moi.Je traverse l’espace jusqu’à mon bureau, consciente de chaque pas. De chaque r
Pov Serena La voiture glisse dans la circulation de fin d’après-midi, et je regarde les sacs entassés à mes pieds comme si j’avais peur qu’ils disparaissent par magie.Damon conduit, concentré, une main sur le volant, l’autre posée nonchalamment sur l’accoudoir. La lumière de la ville se reflète sur le pare-brise, et pendant quelques secondes, je me contente d’observer son profil.— Tu regrettes ? demandé-je soudain.Il tourne légèrement la tête vers moi.— Regretter quoi ?— D’avoir transformé ton penthouse en royaume félin.Un coin de sa bouche se relève.— Il est encore temps de faire demi-tour et d’abandonner tout ça à un refuge.— Tu n’oserais pas.— Ne me provoque pas, bébé.Le surnom me fait sourire malgré moi. Je hausse les épaules en désignant les sacs.— Simba a besoin de s’installer. Et puis… tu l’as vu, il est très persuasif.— Il est surtout très envahissant.— Tu dramatises.— Attends qu’il prenne officiellement possession de mon canapé.Je ris doucement et reporte mon
Pov Serena — Habille-toi, bébé. On va sortir. Je relève la tête vers lui, encore assise sur le canapé, enveloppée dans un de ses plaids beaucoup trop grands pour moi. — Sortir ? Je penche légèrement la tête. Où ça ? Un coin de sa bouche se soulève. Ce sourire-là. Celui qui annonce toujours une idée… discutable. — Chercher ce qu’il faut pour Simba avant qu’il transforme mon appartement en champ de bataille félin. Je cligne des yeux. Puis je regarde autour de moi : le coussin déjà éventré, le plaid plein de poils, le jouet abandonné au milieu du salon. Je ne peux pas m’en empêcher. J’éclate de rire. — Tu exagères. — Pas du tout. Il croise les bras. — Ton chat a clairement déclaré la guerre à mon mobilier. — C’est parce qu’il sent que tu es un enva
Pov Damon Le soleil inonde encore le salon quand Silas repose sa tasse de café sur la table basse. Autour d’eux, le penthouse commence déjà à ressembler à autre chose qu’un appartement d’homme seul : un sac de vêtements posé près du canapé, un coussin de chat abandonné au milieu du salon, et Serena qui range tranquillement quelques assiettes dans la cuisine.Damon la regarde faire sans s’en rendre compte.Silas le remarque.Il ne dit rien tout de suite. Il se lève, se sert un autre café, prend le temps de souffler un peu, puis revient s’appuyer contre le plan de travail.— Tu as réfléchi à ce que ça implique, finalement ?Damon relève les yeux.— À quoi ?Silas esquisse un sourire bref.— Ne fais pas semblant.Il jette un regard vers Serena, qui est de l’autre côté de la pièce, occupée.— À elle. Ici. Avec toi.Damon se crispe à peine. Juste assez pour que Silas le voie.
Je pousse la porte de la salle de bain et je le vois déjà sous la douche. La vapeur emplit la pièce, et l’eau ruisselle sur ses épaules larges, faisant briller sa peau sous la lumière. Il ne me remarque pas tout de suite.Je tremble légèrement, pas à cause de l’eau chaude, mais de l’intensité de ce que je ressens en le voyant ainsi. Chaque muscle de son corps semble parfait, sculpté, et pourtant… il est là, vulnérable dans sa routine matinale, sans la carapace glaciale du bureau.— Damon… murmurais-je, presque inaudible.Il relève les yeux et un léger sourire se dessine sur ses lèvres lorsqu’il me voit. Il ne dit rien, mais j’interprète ce silence comme une invitation. Le bruit de l’eau couvre presque nos voix, et je m’avance doucement.Il s’écarte légèrement pour me laisser passer, et je me glisse sous la douche à ses côtés. La chaleur de l’eau me réconforte, mais la proximité de son corps me fait frissonner. Je sens ses yeux sur moi, intenses mais doux.— Tu n’avais pas besoin de me
Je reste là, silencieuse, fascinée malgré moi. Mon souffle se coupe. Il relève la tête et nos regards se croisent. Ses yeux bleus s’adoucissent légèrement. — Tu es réveillée, dit-il simplement. — Oui… je… je croyais que tu étais parti, murmurai-je, la voix faible. Il s’approche, sa présence imposante me réchauffe. Son corps encore chaud diffuse une énergie presque électrique. — Je ne pars pas comme ça, bébé, me dit-il, un petit sourire qui fait battre mon cœur un peu plus vite. Le surnom m’électrise et me fait rougir. Je sens mes joues brûler, et pourtant, une chaleur rassurante m’envahit. — Tu as bien dormi ? demande -t-il, sa voix basse et posée. — Oui… très bien, souffle-je, incapable de décrocher mes yeux des siens. Il pose une main douce sur ma joue, un geste tendre et protecteur. Je me surprends à fermer les yeux et à apprécier le contact, comme si tout ce qui avait eu lieu hier soir me rattrapait maintenant, avec la sécurité de sa présence. Mon esprit bouillonn







