INICIAR SESIÓNElle attendit la fin du dîner, parce que son père, à jeun, était un homme qu'on ne bousculait pas, et qu'il fallait au moins un gratin entre lui et une nouvelle pareille.
Le mercredi soir, donc. Le gratin fut mangé, les assiettes empilées, et sa mère, qui savait tout du programme, se
Éliane disparut dans la cuisine avec Marguerite — elle avait ce talent, depuis quarante ans, de sentir les moments qui n'avaient pas besoin d'elle et de s'effacer avec une grâce si naturelle qu'on ne réalisait qu'après qu'elle était partie.La porte se referma doucement.Adrien resta debout près de la fenêtre, les mains dans les poches, à regarder l'allée vide où la voiture d'Élise avait disparu. Hubert était dans son fauteuil. Le plaid. Les mains. La lumière de janvier sur le parquet.Personne ne parla pendant une minute entière.
L'invitation arriva par téléphone, un mercredi matin.Pas Adrien. Hubert lui-même.Sa voix — elle l'avait entendue trois fois en sept ans, au dîner du gigot, au conseil de famille, et une fois dans un couloir — était plus basse qu'avant, mais le ton était exactement le même. Celui d'un homme qui ne formulait pas des invitations mais des décisions auxquelles on donnait la forme d'une invitation par courtoisie.— Madame Valcourt. Samedi, déjeuner à la Maison. Treize heures.— Monsi
L'appel arriva un mardi à quatorze heures trente-deux.Gabriel était à son bureau — le petit bureau du quartier portuaire, celui qu'il avait depuis onze ans, avec la vue sur les grues et l'odeur du sel qui entrait par la fenêtre mal isolée. Il travaillait sur une commande de Castelmont, des chiffres sur un écran, rien de compliqué. Une journée ordinaire.Son téléphone vibra. Numéro inconnu, préfixe local.— Gabriel Moreau ?— Lui-même.
Gabriel n'avait pas prévu d'y aller ce jour-là.Il passait devant la route des hauteurs, c'était tout. Il revenait d'un rendez-vous client dans le quartier nord, il avait pris la corniche pour éviter les bouchons, et à la hauteur du croisement il avait tourné sans décider de tourner — comme si la voiture connaissait le chemin mieux que lui.Il sonna à la grille à seize heures.Marguerite ouvrit, eut l'air vaguement surprise — pas beaucoup, Gabriel venait depuis trop longtemps pour qu'on soit vraiment surpris de le voir — et lui dit que monsieur était dans le petit sa
Elle arriva un jeudi matin, dans le courrier de neuf heures.Une enveloppe à en-tête du groupe Chevalier-Dumas. Propre, officielle, son nom tapé correctement avec le titre et l'adresse de la Méridienne. Élise la prit sans y penser — elle recevait du courrier de partout, c'était son métier — et l'ouvrit avec le coupe-papier, debout derrière son bureau, son café dans l'autre main.Un feuillet. Confirmation d'un avenant notarial. Dates, références, rien d'inhabituel.Et derrière, glissée là, une photocopie.
Elle mit trois jours à comprendre ce qu'elle ressentait.Trois jours, parce qu'elle avait d'autres choses à faire — le dossier Vallonne, une réunion Mireille, les chaussures à lacets qui relevaient désormais de l'alpinisme — et parce qu'elle avait décidé, consciemment, de ne pas y penser.Ça n'avait pas marché.Ça commença le jeudi soir, aux Tilleuls. Son père lisait ses copies au salon. Sa mère préparait quelque chose qui sentait bon. Élise était assise à la table de la cuisine avec son dossier ouvert devant elle et ses yeu







