LOGINChapitre 10 : L’Équilibre FragileLe silence qui a suivi les derniers mots de Félix était d'une lourdeur presque insupportable. L'ombre de cette obsession pure, mise à nu sous la pénombre du bureau, flottait encore entre les murs en acajou comme un parfum d'orage. Je restais figée sur le sofa, les mains serrées sur le velours doux, la poitrine oppressée par la prise de conscience de ce qui animait réellement l'homme que j'aimais.Le Dr Vance s'est redressé doucement sur sa chaise. Il a ajusté ses lunettes, observant son patient avec une attention clinique avant de poser une main calme sur le bras du géant.Le psy a désactivé son hypnose.D'une voix posée, claire et enveloppante, le thérapeute a prononcé les mots de réveil. Le corps de Félix a tressailli violemment, traversé par un sursaut reflexe. Ses yeux sombres se sont ouverts brusquement, balayant la pièce d'un regard d'abord hagard, troublé par la transition entre les tréfonds de son inconscient et la réalité du bureau. Quand son
Chapitre 9 : L’Emprise du DésirLa soirée est tombée sur le domaine comme un voile d'ombre particulièrement lourd et étouffant. Le ciel, débarrassé de ses derniers feux crépusculaires, s'était teinté d'un noir d'encre qui semblait peser de tout son poids sur les toits du château. Les fenêtres de l'aile ouest reflétaient une lumière blafarde, tandis que le silence, devenu presque douloureux, régnait dans les longs couloirs de marbre. Tout le monde retenait son souffle, conscient que cette nuit marquerait un tournant irréversible pour notre famille.Félix est revenu dans la soirée.Il n'y a eu aucun grand fracas, aucune annonce pompée par le protocole habituel. Le vrombissement étouffé d'un moteur lourd a brisé le calme de l'allée des cyprès, et la berline noire s'est immobilisée au pied du perron sans que les phares n'éclairent la façade. Quand la lourde porte en chêne de la demeure s'est ouverte, Félix est entré d'un pas lent, presque hésitant, bien loin de la posture souveraine et im
Chapitre 8 : Le Poids du PardonLes mots de la mère de Félix résonnaient encore dans l'air, suspendus comme une condamnation silencieuse au milieu du petit salon. Le rapport psychiatrique étalé sur la table basse restait là, témoin muet d'un passé monstrueux qui venait de refaire surface pour tout ravager.Elle a continué.Sa voix, habituellement si ferme et altière, n'était plus qu'un murmure brisé par la souffrance d'une mère qui voyait son fils sombrer dans les abysses de sa propre esprit.« Anna, si je te le dis, c'est parce que tu es mère comme moi. »Elle m'a fixée avec une intensité désespérée, ses yeux baignés de larmes accrochés aux miens, cherchant dans mon regard la moindre étincelle de cette compassion maternelle qu'elle savait être la seule force capable de faire des miracles.« Tu as Draken dans tes bras aujourd'hui », a-t-elle poursuivi, la poitrine soulevée par des sanglots étouffés. « Tu sais ce que l'on ressent quand notre enfant souffre, quand il est perdu dans les
Chapitre 7 : La fêlure sous l'armure Trois jours après les parents de Félix sont vite rentrés de voyage d'affaires pour comprendre ce qui se passait. La nouvelle de la rupture brutale, du départ précipité du maître des lieux et du climat de crise qui régnait sur le domaine s'était répandue comme une traînée de poudre jusqu'à l'autre bout du continent. Le père de Félix, le visage d'ordinaire si impassible, avait écourté ses négociations au sommet pour revenir en urgence, flanqué de la matriarche dont la fermeté n'avait d'égale que la prestance aristocratique. Dès leur arrivée, l'atmosphère du château s'est chargée d'une gravité lourde, solennelle. Je m'étais retirée dans le petit salon de l'aile est, bercant Draken qui jouait paisiblement avec un petit hochet en bois. Mes poignets portaient encore les marques rosées des chaînes, mais mon esprit, nourri par trois jours de calme et de soins prodigués par Victoria, avait retrouvé une certaine clarté. Je n'étais plus la victime terrif
Chapitre 6 : L'Épaule d'une SœurLe bruit du moteur de la voiture de Félix s'était éteint depuis longtemps, laissant derrière lui une demeure tragiquement silencieuse. Je restais assise sur le parquet froid de la chambre, le dos appuyé contre le cadre du lit, mon corps secoué par des sanglots ininterrompus. Draken, blotti contre ma poitrine, tapotait ma joue avec sa petite main tiède, poussant de doux gazouillements comme s'il essayait, du haut de ses douze mois, de panser la blessure invisible de sa mère.Des pas précipités ont soudainement retenti dans le couloir, brisant la lourdeur du silence.Victoria est arrivée peu après.Elle avait appris le départ précipité de son frère par Marcus à l'entrée du domaine. Alertée par l'atmosphère étrange qui régnait sur le château, elle avait gravi les marches quatre à quatre, le visage décomposé par l'inquiétude. En poussant la porte de la suite parentale, le spectacle qui s'est offert à ses yeux l'a pétrifiée sur le seuil : le plateau repas b
Chapitre 5 : L'Envol du RoiLa décision était prise, gravée au plus profond de mon être. Malgré les supplications de Félix, malgré ses sanglots d'homme brisé répandus sur le tapis de la nursery, le fil magique qui nous unissait venait de se rompre définitivement. La douleur de l'injustice subie pendant sept jours d'enfer pesait plus lourd que toutes ses promesses futures. Je ne pouvais plus respirer entre ces murs qui s'étaient transformés en prison.Dans un silence lourd et méthodique, j'ai commencé à ramasser les affaires de Draken et mes affaires pour partir.Je suis retournée dans notre suite, ignorant les bris de verre encore éparpillés sur le sol de ma cellule de la veille. J'ai tiré deux grandes valises du dressing. Mes mains, encore striées de marques pourpres et doucereuses laissées par le métal, bougeaient avec une efficacité mécanique. J'y ai entassé les vêtements légers de mon fils, ses doudous préférés, ses biberons, puis mes propres effets personnels. Pas de bijoux de va







