Mag-log inNOAHJe ne dis rien.C’est ça, le plus violent. Je ne fais aucun commentaire sur ce que j’ai vu à midi. Je ne laisse rien transparaître. Je garde ce visage neutre, fermé, professionnel, celui que tout le monde connaît et respecte.Mais à l’intérieur, ça bout.L’image d’elle, assise en terrasse avec Dario, continue de me tourner dans la tête comme une boucle impossible à arrêter. Son sourire. Sa posture détendue. Cette facilité qu’elle a retrouvée trop vite à mon goût. Je sais que ce n’est pas rationnel. Je sais que je n’ai aucun droit. Et pourtant, la jalousie est là, compacte, silencieuse, prête à mordre.Alors je décide de lui faire payer.Pas ouvertement. Pas stupidement. Je suis trop intelligent pour ça. Et surtout, trop conscient de ce que je risque. Non. Je choisis une autre voie. La seule que je maîtrise parfaitement.Le travail.Je commence doucement. Une demande anodine, presque banale.— Tessa, j’aurais besoin que tu passes au service reprographie. Les dossiers de la réunion
NOAHJe ne devais pas être là.À la base, c’était juste un déjeuner de travail rapide, une habitude que j’ai prise pour éviter la cantine et les discussions inutiles. Je traverse la rue sans réfléchir, téléphone à la main, l’esprit encore encombré par des dossiers que je n’ai même pas vraiment lus ce matin.Et puis je les vois.Je ralentis sans m’en rendre compte.Ils sont attablés en terrasse, légèrement en retrait, dans ce petit restaurant discret que je connais bien. Dario est en face d’elle. Trop proche. Trop à l’aise. Il parle avec les mains, penché vers elle, comme quelqu’un qui a toute son attention.Tessa est tournée vers lui.Elle sourit.Pas ce sourire poli qu’elle m’a servi toute la matinée. Pas celui qu’on offre par réflexe. Un vrai sourire. Détendu. Presque léger. Le genre de sourire que je n’ai pas vu depuis longtemps, ou peut-être que je n’ai pas su voir quand il m’était encore destiné.Je m’arrête net.Ils ne me voient pas.Je suis suffisamment loin pour ne pas entrer
TESSALe soir même, je finis par répondre à Dario.Je laisse passer quelques minutes après notre appel, le temps de poser mon sac, d’enlever mes chaussures, de faire semblant que je suis capable de fonctionner normalement. L’appartement est silencieux. Trop silencieux. Je sais déjà qu’il ne rentrera pas ce soir, mais je fais comme si l’idée ne m’avait pas traversé l’esprit.Je m’assois sur le canapé, téléphone en main, et je relis son message. Il est simple, professionnel, précis. Dates possibles. Intention claire. Rien d’ambigu.Je tape ma réponse sans trop réfléchir, de peur de changer d’avis.Ça me va. Envoie-moi les détails et le contrat, je regarde ça ce soir.J’envoie.Aussitôt, une petite tension se relâche dans ma poitrine. Pas un soulagement total. Juste assez pour respirer un peu mieux. J’ai fait un pas. Vers le travail. Vers autre chose.Je me lève pour préparer quelque chose à manger. Pas grand-chose. Je n’ai pas faim. Je grignote plus que je ne dîne vraiment, debout dans
TESSAJe ne sais pas exactement pourquoi j’ai composé le numéro de Dario.Ce n’était pas un plan. Pas une stratégie. Juste un geste presque automatique, un réflexe né de ce silence trop lourd qui s’est installé en moi dès que la journée s’est terminée. Je rentrais chez moi, seule, encore une fois, et l’idée de passer la soirée à ruminer m’a soudain paru insupportable.Alors j’ai appelé.Il décroche rapidement, comme s’il avait attendu.— Tessa ?Sa voix est chaleureuse, légèrement surprise, mais pas méfiante. Je me rends compte trop tard que je n’ai rien préparé à dire.— Désolée, je… je te dérange peut-être.— Pas du tout. Qu’est-ce qu’il se passe ?Je m’arrête sur le trottoir, sac sur l’épaule, voitures qui passent autour de moi. Je pourrais raccrocher. Dire que je me suis trompée. Mais je n’en ai pas envie.— Je voulais savoir si tu avais encore des séances photo prévues prochainement. J’aurais besoin de… travailler.Je choisis ce mot volontairement. Travailler. Pas voir du monde.
NOAHJe la laisse jouer son rôle.C’est ce que je me répète depuis ce matin. Je la regarde évoluer dans les couloirs, droite, concentrée, impeccablement professionnelle, et je fais comme si ça ne me touchait pas. Comme si cette indifférence qu’elle affiche n’était qu’un masque temporaire. Un jeu. Une posture.Je sais faire, moi aussi.Quand je lui parle, c’est froid. Strictement professionnel. Pas une intonation de trop, pas un mot inutile. Je lui demande un point sur un dossier, elle me répond avec efficacité. Rien à redire. Trop propre. Trop lisse.Un mur.Je m’en félicite presque. C’est ce que je voulais, non ? Que chacun reste à sa place. Que le travail ne soit pas parasité par ce qu’on a partagé. Alors pourquoi cette sensation désagréable dans la poitrine, comme un tiraillement constant que je n’arrive pas à ignorer ?Je fais semblant de travailler, mais en réalité je l’observe. Discrètement. Pas comme un homme jaloux, surtout pas. Comme un responsable qui surveille son équipe. C
TESSAJe travaille comme si de rien n’était.De l’extérieur, tout est normal. Trop normal, même. J’arrive à l’heure, badge autour du cou, démarche assurée, sourire poli prêt à être dégainé au bon moment. Personne ne voit que je fonctionne en mode survie, que chaque geste est calculé pour ne pas laisser la place au moindre débordement.Ce matin, j’ai pris le temps de me préparer.Pas par coquetterie.Pas pour lui.Pour moi.Je me suis levée plus tôt que nécessaire. J’ai choisi mes vêtements avec attention, une tenue dans laquelle je me sens à la fois professionnelle et féminine. J’ai coiffé mes cheveux soigneusement, appliqué un maquillage léger mais précis. Pas pour attirer des regards. Juste pour me regarder dans le miroir et me reconnaître. Me rappeler que je suis encore là, entière, debout.J’avais besoin de me sentir bien dans mon corps pour ne pas m’effondrer à l’intérieur.Dans l’ascenseur, j’ai observé mon reflet dans la paroi métallique. J’ai vu les cernes que je n’ai pas réus







