LOGINNoahElle a levé une main tremblante après cela, caressant doucement ma joue. Ses yeux brillaient dans le noir, humides d’une émotion que je ne voulais pas nommer. Un sourire timide a effleuré ses lèvres – un sourire qui disait victoire, réconciliation, paix retrouvée. Elle croyait que c’était fini. Que nos corps avaient tout réparé, comme tant de fois auparavant.J’ai pris sa main dans la mienne, embrassant lentement sa paume pour adoucir ce qui allait suivre.— Ce n’est pas une réconciliation, Tessa.Sa caresse s’est figée. Son sourire s’est effacé.— Quoi ?Je me suis redressé sur un coude, reprenant mon souffle, laissant la froideur lucide – celle de l’homme d’affaires impitoyable que j’étais au quotidien – reprendre le dessus. La nuit était mon tribunal, et elle allait entendre le verdict.— C’était… incroyable. Comme toujours. Et c’est exactement le problème. Tu crois que ça suffit. Qu’une étreinte, aussi intense soit-elle, peut effacer tout le reste : le doute que tu as planté
TESSAJe ne sais pas combien de temps je suis resté là, les yeux grands ouverts dans l’obscurité, fixant le plafond comme s’il pouvait m’offrir des réponses. La chambre, habituellement mon sanctuaire de silence et de contrôle, était devenue une arène de guerre intérieure. Chaque inspiration de Tessa, chaque petit mouvement sous les draps, résonnait comme un reproche muet. Je l’avais entendue pleurer plus tôt, avant qu’elle ne sombre enfin. Des sanglots retenus, presque inaudibles, comme si même dans sa vulnérabilité elle refusait de me donner la satisfaction de l’entendre craquer complètement.Je savais qu’elle était épuisée. La douleur de sa cheville n’était rien comparée à l’humiliation que je lui avais infligée. L’avoir portée jusqu’ici, l’avoir forcée à rester, puis à dormir dans mon lit après cet ultimatum glacial… c’était une cruauté méthodique. Je l’avais fait exprès. Pour la mettre dos au mur. Pour qu’elle comprenne enfin que ses doutes paranoïaques, ses accusations écrites n
TESSALa porte de la chambre s'est refermée derrière lui, me laissant seule dans l'immense lit. Son lit. Le silence était différent ici, plus enveloppant, amorti par les lourds rideaux.L'odeur de la pièce m'a immédiatement submergée. Ce n'était pas l'odeur générique de l'hôtel, mais celle, plus intime, du Noah qu'il était quand il laissait tomber son armure. Une fragrance masculine, légèrement poivrée, mélangée à celle du coton frais de l'édredon. J'étais prisonnière de son odeur, dans le sanctuaire qu'il avait créé après notre séparation.Les larmes ont recommencé à couler, mais elles étaient différentes maintenant. Moins de colère, plus de désespoir. J'avais perdu. J'avais touché le fond, m'étalant sur le marbre comme une naufragée, et il m'avait offert la misère d'une chance, emballée dans un ultimatum froid. New York. Sa confiance. La survie.Je me suis recroquevillée sous l'édredon, serrant l'oreiller qui portait l'empreinte de sa tête. Je pleurais l'humiliation, l'échec de ma f
TESSALe dernier mot, le rappel de ma dépendance, a claqué juste après la bombe.— À New York ? Ma voix est sortie en un chuchotement incrédule.— Oui. La mission de clôture du Westgate. Du 25 au 30. C'est non négociable, a-t-il affirmé.— Non, ça va aller... J'ai répondu machinalement.— Mais... la fin du mois, c'est bientôt. Et moi ?— Et toi, tu vas me montrer par des actes que tu mérites qu'on investisse dans cette relation, non ? C'est ce que j'attends de toi. Mais la décision ne m'appartient pas. Elle t'appartient, à toi.Il s'est approché du canapé, m'a tendu la main avec le sac de mes affaires.— Je suis monté te chercher ça. Tu restes ici ce soir. Lave-toi le visage. J'ai un deuxième tour de visio, je monte dans deux heures vérifier que tu n'as pas mis le feu à la cuisine.Il a déposé le sac et s'est détourné, s'éloignant vers l'ascenseur.— Noah ! ai-je crié, la panique me saisissant à la gorge.— Qu'est-ce que je fais à la fin du mois ? Tu vas me laisser seule ?Il a appuyé
TessaJ’ai pris une grande inspiration, puis une autre. L’odeur de la nourriture qu’il préparait – quelque chose d’épicé, d’agressif, qui contrastait avec le parfum vanillé que je laissais dans l’appartement – m’a rappelé qu’il était là, vivant, en colère. Et qu’il me laissait mijoter dans ma propre culpabilité.Je ne pouvais pas le laisser faire. L’ultimatum résonnait trop fort : si tu ne me donnes pas ta confiance totale, j’en ai fini. Définitivement.Je devais parler, même si ma voix était faible. Je devais affronter le silence qu’il avait dressé entre nous.— Noah, j’ai dit, ma voix tremblante, à peine audible au-dessus du bruit de sa fourchette heurtant l’assiette.Il n’a pas bougé. Il n’a pas tourné la tête. Il a continué à manger, le dos toujours tourné. Il m’effaçait.J’ai serré les dents et j’ai parlé plus fort, m’accrochant au fragment de papier comme à ma dernière bouée.— Je... Je sais que tu n’as pas fouillé. J’ai bien vu le stylo. C’est ma faute, j’ai laissé le cahier ou
TessaLe silence est revenu, mais il était chargé d’électricité, mille fois plus lourd que le vacarme du bureau en bas. Noah était dans la cuisine américaine, à peine visible derrière l’îlot, mais sa présence remplissait la pièce, intense et menaçante. Il faisait claquer des ustensiles, des gestes brusques, laissant s’échapper sa fureur par ces bruits secs.J’ai senti mes larmes se tarir, remplacées par une froide terreur. Ce n’était plus le Noah vexé, ni l’amant exigeant. C’était le Noah définitif. Celui qui avait dit : — J’en ai fini. Définitivement.Mon corps s’est mis à trembler, pas seulement de douleur, mais de peur. La peur de le perdre, cette fois pour de bon, à cause de ma propre stupidité et de mon orgueil. J’ai ramassé le fragment de journal froissé qu’il avait jeté. L’encre noire sur la feuille déchirée criait ma folie. Il avait raison. Il avait complètement raison.Je n’avais pas “juste” soupçonné. J’avais écrit mes peurs comme une accusation, sans lui laisser la chance d







