LOGINPoint de vue de Serena
Pendant un instant, j’ai cru que Bill se souciait vraiment de mon genou. Mais non, il est déjà redevenu le parfait connard qu’il est d’habitude.
— Je suis tombée dehors, devant l’hôtel, et...
— Tu sais quoi ? Peu importe. Va simplement présenter tes excuses à maman et à Doris, m’interrompt-il sans même me laisser finir.
Et voilà, il recommence. Il me coupe la parole comme si je n’étais qu’un bruit de fond. C’est complètement absurde ! Pourquoi est-ce que je continue à supporter qu’il me traite comme une moins que rien ?
Alors que je m’apprête à lui annoncer qu’il va être père, je me ravise. Je ne peux pas laisser notre enfant grandir en nous voyant nous disputer sans arrêt. Ce n’est pas ça, une relation saine. Pour être honnête, je commence à me dire qu’il vaudrait peut-être mieux que j’élève notre bébé toute seule.
Je baisse la tête et murmure :
— Je veux divorcer.
Voilà, c’est dit. Impossible de revenir en arrière. Pourtant, étrangement, je me sens plus légère, comme si j’avais retenu mon souffle pendant des années et que je pouvais enfin expirer.
Un silence de mort s’installe. Bill reste muet quelques instants, comme s’il essayait de comprendre ce que je viens de lui annoncer. Puis il finit par lâcher, d’un ton incrédule :
— Quoi ? Tu ne peux pas être sérieuse !
Je le regarde droit dans les yeux. Ses sourcils sont froncés, son visage crispé par la stupeur.
— Si, tu as bien entendu, dis-je en articulant soigneusement. Je veux divorcer.
J’appuie sur chaque mot pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté.
J’ai tout donné à cette relation. Bon sang, j’ai même ravalé ma fierté pour supporter la famille de Bill. Mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus rien à sauver. Et puis, Bill a déjà quelqu’un d’autre en tête. Il me l’a clairement fait comprendre pendant le dîner de ce soir.
Bill pousse un long soupir. On dirait qu’il est sur le point d’exploser, mais qu’il se retient.
— Arrête de raconter des conneries !
— Il n’y a rien à discuter, Bill. C’est terminé, réplique-je.
Nous nous affrontons du regard. Cette fois, je refuse de me laisser intimider.
— Tu te comportes comme une gamine, Serena, lâche Bill, à bout de patience.
Du Bill tout craché ! Dans chacune de nos disputes, il finit toujours par me faire passer pour l’immature de service. Il brandit constamment son statut de PDG comme si cela lui donnait systématiquement raison. Essayer de discuter avec lui, c’est comme parler à un mur. C’est exaspérant !
Mais cette fois, contrairement aux fois précédentes, je refuse de le laisser gagner.
— Je pense que trois ans, c’est largement suffisant, Bill...
Bon, ça suffit. Je vais enfin lui dire tout ce que j’ai sur le cœur après avoir supporté tant de choses de sa part et de celle de sa famille. Il est temps qu’il comprenne à quel point leurs remarques me rabaissent, comme si je n’étais que son assistante, une profiteuse qui en veut à son argent. Et lui, qui ne m’accorde jamais la moindre attention, va jusqu’à flirter avec Doris sous mes yeux...
Alors que je rassemble mentalement mes arguments, le téléphone de Bill se met à sonner.
Mon Dieu, qu’est-ce qu’il y a encore ?
Bill décroche sans cesser de me regarder.
— Maman ?
Évidemment, il fait encore passer quelqu’un d’autre avant moi. Pendant qu’il est au téléphone, j’en oublie presque ce que je m’apprêtais à lui reprocher quelques instants plus tôt.
— D’accord, maman. Au revoir, dit-il avant de raccrocher.
Je le fusille du regard, bouillonnante de rage. Je connais trop bien sa tactique. Il ne va pas me laisser terminer ce que j’étais en train de dire.
— Je dois m’occuper de la proposition pour Johnson and Haines Inc. demain, m’explique Bill. Maman l’a examinée et trouve qu’elle n’est pas assez bonne.
J’ai beau brûler d’envie de lui dire ses quatre vérités, j’ai entendu pendant le dîner que ce contrat avec Johnson and Haines Inc. se chiffrait en millions. Je ne peux pas me permettre de le déconcentrer maintenant.
Je suis toujours furieuse contre lui, mais je ne veux pas non plus qu’il se ridiculise devant ses investisseurs.
— Alors, corrige cette fichue proposition, dis-je. Je t’attendrai ici.
Bill croise les bras, l’air de réfléchir à ce que je pourrais faire ensuite. Avec lui, chaque conversation ressemble à une partie d’échecs dont il doit absolument sortir vainqueur.
— Je ne pense pas que nous ayons besoin de revenir là-dessus, déclare-t-il en me fixant d’un regard sévère. Écoute, présente simplement tes excuses et tout le monde pourra passer à autre chose. Et oublions cette histoire de... divorce.
À sa façon de prononcer le mot « divorce », on dirait qu’il se moque de cette idée. Il ne me prend absolument pas au sérieux.
— Tu es vraiment un salaud, tu le sais, ça ? marmonne-je, la voix tremblante de colère.
Les larmes me montent aux yeux.
— Oui, on me l’a déjà dit, répond Bill d’un ton désinvolte. Allez, arrêtons-nous là pour ce soir. Nous sommes tous les deux fatigués.
Bill scrute mon visage tandis que je garde le silence. Je m’efforce de retenir mes larmes. Hors de question de lui laisser le plaisir de me voir pleurer : ça ne ferait que flatter son ego.
Finalement, il s’en va et rejoint notre chambre.
Je demande à Anne la clé de l’une de nos chambres d’amis. Pas question de partager le même lit que lui ce soir. Le sexe ne suffira pas à sauver notre mariage.
Allongée sur l’oreiller, je repense à tout ce que j’ai sacrifié pour que notre couple fonctionne. Je mentirais si je prétendais ne plus l’aimer. Mais il y a des limites à ce que je peux supporter.
À l’époque, nous nous encouragions mutuellement à donner le meilleur de nous-mêmes. J’aimais sa passion pour son travail, et il soutenait tout autant mes ambitions professionnelles. Mais tout a changé après notre mariage. Je l’ai laissé prendre les commandes de ma vie. Peut-être qu’une partie du problème vient aussi de moi.
Il me disait :
— Tu n’as plus besoin de travailler. Je prendrai soin de toi.
Et il a tenu parole. Il s’est assuré que je ne manque de rien et m’a offert tout ce que son argent pouvait acheter. Mais quand il s’agissait de me témoigner de l’amour ou de m’accorder de l’attention, il se montrait particulièrement avare.
Bill a raison... Je suis fatiguée. Je ne peux plus continuer à lui trouver des excuses alors qu’il se contente du strict minimum.
En réalité, cela fait déjà un moment que je pense au divorce. Mais pour lui, on dirait que ce n’est qu’une vaste plaisanterie.
Point de vue de BillSerena déchire en morceaux le chèque de dix millions de dollars que je lui ai tendu, puis m’en jette les lambeaux au visage, comme s’il ne valait pas plus que de vulgaires bouts de papier. Quel culot !Avant même que je puisse répliquer, elle fait volte-face, se précipite dans son appartement et claque la porte derrière elle.Bon sang ! Elle sait vraiment comment me faire sortir de mes gonds. Si elle était chez moi, j’aurais déjà défoncé la porte pour entrer.J’essaie de contenir ma colère, mais je finis par frapper furieusement contre sa porte.« Tu es impossible, Serena ! » crie-je. « Ouvre cette porte, ou je te jure que je vais la défoncer ! Ne me cherche pas ! »« Va au diable, Bill ! » me lance Serena, folle de rage. « Dégage tout de suite, sinon j’appelle la police et je hurle à l’aide ! »Est-ce que je suis allé trop loin ? Elle a vraiment l’air d’avoir peur de moi. Je prends une profonde inspiration et décide de partir. Je lui reparlerai plus tard, quand j
Point de vue de Serena« Le bébé ? Quel bébé ? » Calvin écarquille les yeux, abasourdi. « Serena, tu es enceinte ? »« Oh, merde... » souffle Stevie, regrettant aussitôt sa gaffe.Je suis incapable de prononcer le moindre mot. Je me contente de hocher la tête pour confirmer les soupçons de Calvin.Calvin pousse un soupir.« C’est l’enfant de Bill ? » demande-t-il d’une voix douce.Le cœur lourd, j’acquiesce une nouvelle fois.Calvin se masse les tempes, le visage fermé. Impossible de savoir s’il est en colère, déçu ou un peu des deux.« Bill est au courant ? » finit-il par demander.« Non, il ne sait rien », murmure-je en baissant les yeux. Je n’arrive pas à soutenir son regard.J’ai peur qu’en lui cachant un secret aussi important, je vienne de compromettre notre amitié.Après un long silence, Calvin reprend enfin la parole.« Tu dois avoir tes raisons de ne pas le lui avoir dit. Je ne révélerai rien à personne. Ce n’est pas à moi de m’en mêler. »« Vraiment ? » demande-je, surprise.
Point de vue de Serena« Allez, tais-toi ! » lance-je à Stevie, qui n’arrête pas de me taquiner. « Calvin et moi ne sommes que des amis. »Rien que d’imaginer qu’il puisse y avoir quelque chose de plus entre Calvin et moi me donne des papillons dans le ventre. Pourtant, il m’a déjà fait comprendre qu’il tenait à moi presque comme un oncle. Je ferais mieux de chasser ces pensées avant de m’attacher à lui plus que de raison.« Allez, tu l’aimes bien, ça se voit ! » insiste Stevie. « Pourquoi ne pas le lui montrer ? À moins que ce soit parce qu’il fait partie de la famille de Bill ? »« En réalité, la famille de Bill me déteste. Ils sont persuadés que je l’ai épousé uniquement pour son argent », avoué-je. Rien que d’y repenser me laisse un goût amer.« Quelle bande de connards ! » marmonne Stevie, son sourire s’effaçant aussitôt. « Bill et toi êtes restés ensemble pendant trois ans, non ? Comment as-tu pu supporter leur attitude aussi longtemps ? Et pourquoi continues-tu à garder de bonn
Point de vue de SerenaStevie est enfin libre aujourd’hui. Je lui propose donc de m’accompagner au marché aux puces pour acheter des fournitures pour ma future boutique de bijoux.Nous prenons la route en direction du Rose Bowl Flea Market, et je sens déjà mon enthousiasme monter. Une fois sur place, Stevie gare la voiture et nous descendons, accueillies par l’effervescence du marché.« Waouh, c’est immense ! » m’exclame-je en découvrant les lieux.« Oui, c’est gigantesque ! » confirme Stevie. « Alors, prête à explorer ? »« Absolument ! » réponds-je avec un grand sourire.Nous déambulons entre les rangées d’étals, où chaque stand regorge de trouvailles différentes. C’est comme une chasse au trésor, et j’ai hâte de découvrir ce que nous allons dénicher.Nous parcourons la section consacrée à la mode, entourées de portants de vêtements vintage et de tables couvertes d’accessoires scintillants. Stevie attrape une robe bohème fluide et la tient devant elle pour admirer ses broderies déli
Point de vue de BillMa mère m’a invité à dîner dans l’un des hôtels de notre famille. J’ai accepté, me disant que cela faisait longtemps que nous n’avions pas passé une soirée ensemble, rien que tous les deux.En arrivant, j’ai eu la surprise de découvrir Doris en pleine conversation avec ma mère. Je ne savais pas qu’elle serait là. Son air affable m’agace, surtout quand je repense à la façon dont elle a traité l’un de nos agents d’entretien.Je m’arrête net, regrettant aussitôt d’être venu.Doris me remarque avant même que j’aie le temps de faire demi-tour. Elle m’adresse un grand sourire.« Bill ! Je suis ravie que tu sois venu. »Ma mère se tourne vers moi et m’invite à les rejoindre.« Viens t’asseoir. Nous étions justement en train de parler de toi. »À contrecœur, je me dirige vers leur table, traînant les pieds comme si je pouvais ainsi retarder le moment de les rejoindre.« Je croyais que nous devions dîner tous les deux, maman », dis-je sans chercher à dissimuler mon méconte
Point de vue de SerenaÇa y est ! Le grand jour est enfin arrivé. C’est celui que j’attends avec impatience depuis si longtemps.J’appelle Calvin pour lui demander s’il peut m’accompagner sur Melrose Avenue afin de trouver l’emplacement idéal pour ouvrir ma première boutique. À ma grande surprise, il accepte malgré son emploi du temps chargé. Je contacte également Stevie, en espérant qu’elle pourra se joindre à nous et immortaliser cette journée avec son appareil photo, mais elle a déjà plusieurs séances photo prévues.En passant devant les boutiques de luxe, je commence à douter de mon projet. Derrière les vitrines, les bijoux rivalisent de beauté et scintillent sous les lumières. Des colliers délicats semblent faits d’or liquide, des bagues serties de diamants si purs qu’ils évoquent des galaxies entières, et des bracelets ornés de pierres précieuses qui reflètent toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.Je m’arrête pour les admirer. La finesse des motifs et leur éclat me fascinent. To







