Masuk(Point de vue d'Imelda)---Le temps n'avait plus la même texture.Imelda l'avait remarqué dès le troisième jour. Avant, les heures coulaient, légères, emportées par le travail, les dîners, les rires, les projets. Maintenant, elles s'étiraient, lourdes et visqueuses, comme du miel froid. Chaque minute était une épreuve. Chaque heure vide était un rappel qu'il n'était pas là.La chambre bleue était devenue sa prison. Elle y passait ses nuits, seule, à fixer le plafond. Elle y passait ses journées, assise sur le lit, attendant un bruit de pas dans le couloir, une porte qui s'ouvre, une voix qui appelle son nom.Rien ne venait.Elle avait essayé de l'appeler. La première fois, le téléphone avait sonné dans le vide avant de basculer sur la messagerie. La deuxième fois, elle était tombée directement sur un assistant – un homme à la voix polie et impersonnelle qui lui avait dit que « Monsieur Taylor était en réunion » et qu'il « ne pouvait pas être dérangé ».La troisième fois, elle avait r
(Point de vue d'Imelda)---La lumière du matin était cruelle.Elle perçait à travers les immenses baies vitrées, inondant la chambre d'une clarté blanche, presque clinique. Imelda ouvrit les yeux lentement, les paupières lourdes, collées par les larmes séchées. Chaque mouvement était une épreuve. Son corps entier lui faisait mal, comme si elle avait été broyée, désossée, puis recousue à la hâte pendant la nuit.Elle tourna la tête vers la place à côté d'elle.Vide.Les draps étaient froids, lisses, intacts. Aucune trace de lui. Aucun creux dans l'oreiller. Aucun vêtement sur la chaise. Rien. Il n'était pas revenu. Il n'avait pas dormi là du tout.Elle resta immobile, les yeux fixés sur ce vide. La veille au matin, elle s'était réveillée dans cette même chambre, seule aussi, mais le cœur léger, parce que c'était le jour de son mariage. Elle avait touché son bracelet en cuir, souri au plafond, et compté les heures qui la séparaient de la cérémonie.Vingt-quatre heures. Il avait suffi d
(Point de vue de Jordan)---La porte se referma derrière lui avec un déclic sec.Jordan resta immobile dans le couloir, la main encore posée sur la poignée. Le silence était total. L'appartement tout entier semblait retenir son souffle.Il ne se retourna pas. Il ne voulait pas voir cette porte close, ce lit défait, cette femme qu'il venait de laisser seule dans le noir. Il se dirigea vers la chambre d'amis à l'autre bout du couloir, celle qu'Imelda n'utilisait jamais, celle qui restait vide en permanence.La salle de bain attenante était froide, impersonnelle. Il ouvrit le robinet de la douche sans attendre que l'eau chauffe. Le jet glacé s'abattit sur ses épaules, sur son torse, sur ce corps qui venait de commettre l'irréparable.Il resta longtemps sous l'eau. Les mains appuyées contre le carrelage. La tête baissée. L'eau ruisselait dans son cou, sur son dos, entre ses omoplates. Elle emportait la sueur, l'odeur, les traces. Mais elle n'emportait pas le souvenir du cri étouffé qu'el
(Point de vue d'Imelda)---La porte de la chambre se referma derrière eux.Imelda était encore dans la robe de soie ivoire qu'il avait fait créer pour elle. Ses cheveux étaient détachés, ondulant sur ses épaules nues. Elle avait pleuré de joie pendant la cérémonie, ri pendant le déjeuner, dansé pieds nus sous les glycines. Elle était épuisée et heureuse, vibrante d'une attente douce.Elle se tourna vers lui, un sourire aux lèvres, prête à dire quelque chose de léger.Les mots moururent dans sa gorge.Jordan ne la regardait pas. Il traversa la chambre sans un mot, s'arrêta près de la petite table basse disposée près de la fenêtre. Une bouteille de whisky et deux verres y avaient été placés – probablement par le personnel, pour la nuit de noces. Il se servit un verre, le vida d'un trait.« Jordan ? »Il ne répondit pas. Il se resservit, but une gorgée, puis posa le verre. Ses mouvements étaient lents, presque mécaniques. Quand il se tourna enfin vers elle, elle ne reconnut pas son rega
(Point de vue d'Imelda)---Le jour se leva sur un ciel sans nuages.Imelda ouvrit les yeux dans sa chambre, seule. Jordan avait insisté pour passer la nuit précédant le mariage séparés – une tradition, avait-il dit, un sourire au coin des lèvres. Elle avait accepté en riant, même si le lit lui avait semblé vide sans lui.Elle resta allongée quelques minutes, le cœur léger, les yeux fixés sur le plafond familier. Aujourd'hui. C'était aujourd'hui. Dans quelques heures, elle serait sa femme.Sur la commode, son bracelet en cuir attendait. Elle le prit, le tourna entre ses doigts. La perle sombre luisait doucement. Elle pensa à son père, à ce jour d'été où il l'avait attaché à son poignet en disant comme ça, tu m'auras toujours avec toi. Il ne serait pas là aujourd'hui. Il n'était jamais là. Mais elle portait ce bracelet, et c'était comme s'il était un peu présent.Elle l'attacha à son poignet. Puis elle se leva.---La cérémonie avait lieu dans un jardin privé de Long Island. Jordan ava
(Point de vue d'Imelda)---Le vol retour fut silencieux, mais pas du silence lourd des adieux. C'était un silence habité, comme une mélodie qu'on n'a pas besoin de jouer pour l'entendre.Imelda regardait les nuages par le hublot, la joue contre l'épaule de Jordan. Il avait passé un bras autour d'elle. De temps en temps, il déposait un baiser sur ses cheveux, sans raison, sans besoin de parler. Elle sentait la bague à son doigt – ce poids nouveau, cette présence constante qui lui rappelait que tout était vrai.Elle était fiancée.À Jordan Taylor.Elle qui avait grandi avec la peur d'être abandonnée, elle qui portait au poignet le bracelet d'un père parti sans explication, elle allait se marier. Avec un homme qui l'avait choisie. Qui l'emmenait en Toscane sur un coup de tête. Qui mettait un genou à terre sous les oliviers.Elle tourna la tête vers lui. Il ne regardait pas le paysage. Il la regardait elle.« À quoi tu penses ? » murmura-t-elle.« À toi. »« C'est vague. »« À toi dans c







