ÉloïseLa répétition est un brouillard. Mes doigts parcourent les cordes du violon, mécaniques, obéissants. La musique sort, techniquement correcte, mais elle est vide. Elle n’a pas d’âme. Elle ne vole pas. Elle reste sagement au sol, là où tout est prévisible, tracé.Mon esprit, lui, est ailleurs. Il est dans un café, enveloppé de l’odeur de la pluie et du lilas mouillé. Il est sous cette averse, tournant, tournant, jusqu’à perdre l’équilibre du monde. Il est sur la peau de mes genoux, là où le tissu de son pantalon a frôlé le mien, laissant une marque de feu plus réelle que n’importe quelle note sur une partition.La carte dans la poche de mon jean me brûle. Léo Moreau. Architecte. Et au dos, griffonnée, cette adresse secrète. Une invitation à sauter. Une porte entrouverte sur son vide à lui.Je me retrouve chez moi, dans mon studio tapissé de partitions et d’affiches de concerts. Le silence est lourd, différent de celui du café. Il est vide, lui. Il n’est pas chargé de sa présence.
Last Updated : 2025-12-30 Read more