Alessandro—La lettre est arrivée ce matin, glissée sous la porte par le facteur. Une enveloppe jaune pâle, timbrée au Brésil, avec cette écriture nerveuse que je connais sans l'avoir jamais vue. L'écriture de Matteo.Je la tiens dans mes mains. Mes mains calleuses, pleines de cicatrices, de coupures, de cals. Je ne l'ouvre pas tout de suite. J'attends. Je la tourne, la retourne, la soupèse. Clara est dans la cuisine avec Enzo. J'entends leurs voix, leurs rires, le bruit des couverts.Matteo et moi, on ne s'écrit pas souvent. Une fois par an, peut-être. Des lettres courtes, prudentes, qui ne disent pas tout. Il me donne des nouvelles de Sofia. Il me dit qu'elle va bien, qu'elle est heureuse, que sa vie est calme. Il ne me dit jamais où ils sont exactement. Je ne lui demande pas.Ce courrier est plus épais que d'habitude. Il contient quelque chose.Je l'ouvre.Une photo tombe d'abord. Un petit rectangle glacé, en couleur. Un bébé. Une nouveau-née, les yeux fermés, le visage fripé, la
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