Harpagon, le héros éponyme de 'L'Avare', incarne une figure si profondément habitée par l’avarice qu'elle en devient à la fois grotesque et terrifiante. Sa cupidité n'est pas un simple trait de caractère, c'est le moteur absolu de son existence, dévorant tous les autres sentiments. Il préférerait voir son monde s'écrouler plutôt que de lâcher un sou. Ce qui est fascinant, c'est la manière dont Molière montre les conséquences concrètes de cette obsession : elle pourrit ses relations avec ses enfants, Élise et Cléante, qu'il envisage de marier non par amour paternel, mais pour des arrangements financiers. La fameuse tirade « Sans dot ! » en est l'emblème parfait, réduisant l'union des cœurs à une simple transaction. Sa méfiance maladive le conduit à cacher sa cassette dans son jardin, un secret qu'il garde avec une angoisse palpable, pour finalement accuser tout son entourage lorsqu'elle disparaît. Ce personnage n'est pas seulement un avare, c'est un homme rendu misérable et ridicule par sa propre passion, un monstre créé par l'or, dont les cris de « Au voleur ! » résonnent comme la plainte ultime d'une âme qui a tout sacrifié à son idole.
Ce qui rend sa représentation si puissante, au-delà de la farce, c'est la façon dont son avarice se manifeste par une froideur calculatrice en affaires et une sordidesse domestique. Il rogne sur tout, de la nourriture des domestiques aux bougies, créant un climat de peur et de privation dans sa propre maison. Pourtant, Molière évite d'en faire un pur pantin. Dans ses moments de panique, comme la découverte du vol, on perçoit une véritable souffrance, presque pathétique. Cela complexifie le rire : on se moque de son excès, mais on frissonne aussi devant la destruction humaine qu'il cause. Harpagon reste, in fine, un avertissement en forme de comédie sur le pouvoir corrupteur de l'argent lorsqu'il devient une fin en soi, au mépris de toute affection et de toute raison.
2026-08-05 22:34:15
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