Horizons #3 Des cendres nous renaîtrons
Horizons #3 Des cendres nous renaîtrons
Author: Lysiah MARO
Chapitre 32 + 33

lundi 19 au vendredi 23 décembre 2107

J’avale deux grandes gorgées d’eau pour étancher ma soif, puis lève les yeux vers la vitre crasseuse. Dehors l’obscurité est encore dense, pourtant c’est l’heure de se remettre en route. Je mâche rapidement un abricot sec et bois une dernière gorgée d’eau avant de ranger la gourde dans mon sac.

Ma main rencontre les morceaux de tissu noir que j’ai récupérés hier et j’en sors un pour le faire jouer entre mes doigts. Je me demande encore ce qui m’a pris de m’encombrer de ça. Délicatement, je plie le tissu qui va rejoindre les autres. Une fois assurée que tout est bien en place et ne risque pas de se faire la malle, je me relève et sors du magasin qui m’a servi d’abri pour la nuit.

De la buée sort de ma bouche lorsque j’expire, mais je n’ai pas froid. Pas encore. Il va falloir marcher d’un bon pas pour rester au chaud. Tout en me mettant en route, j’enfonce mon bonnet sur la tête, enfile mes mitaines et remonte mon foulard sur mon nez. Mon sac pèse lourd sur mes épaules, tout comme mon fusil d’assaut qui se balance le long de ma hanche. Je tapote le canon d’une main. Ce HK-720 m’aura quand même bien servi.

Quatre jours plus tôt, en quittant Vichy avec l’aide de Thomas, j’ai pris la direction du nord. La discussion que j’ai eue avec Xavier au sujet des intentions de papa m’a fait réfléchir.

Quand j’étais encore avec eux, nous n’avions jamais réellement abordé le sujet. Tout ce que je savais, c’était qu’il voulait nous mettre hors de danger. Pas seulement Sarah, Samuel, Xavier, maman et moi, mais aussi tous ceux qui nous accompagnaient et comptaient sur lui pour les guider en un lieu sûr. D’après les rumeurs qui courent sur l’Australie – rumeurs qui seraient proches de la vérité vue que les différentes sources se rejoignent sur ce point –, cette destination semblait toute désignée. A priori peu touchée par la Rupture et prête à accueillir ceux qui désirent fuir l’oppression des différentes organisations, je me suis dit que papa choisirait probablement cette option. Et lorsque j’ai appris qu’il comptait les guider jusqu’à Nantes, cette hypothèse semblait se confirmer. De là-bas, ils auraient sûrement pu embarquer à bord d’un cargo qui transite entre les deux pays. Ce voyage n’aurait pas été sans risque, mais il aurait offert une meilleure alternative à ce que nous vivions en France.

Seulement d’après Xavier, il aurait changé d’avis, préférant s’opposer à l’expansion du NGPP en France, plutôt que de fuir à l’autre bout du monde. Au final, ça ne m’étonne pas vraiment de lui. C’est un homme qui affronte toujours les difficultés de face. C’était, Xalyah... C’était.

Partagée entre la fierté d’être la fille d’un tel homme et la douleur de savoir que jamais plus je ne le reverrai, j’accélère la cadence sur la route cabossée. Dans la pénombre, je devine la végétation essayant de reprendre ses droits, distordant le bitume pour se frayer un chemin jusqu’à l’air libre.

Quatre jours plus tôt, j’ai donc choisi de repartir vers le nord. J’ai décidé que moi non plus je ne fuirai pas. Certes, partir en catimini de Belary peut sans doute donner l’impression du contraire, mais à vrai dire, je me fous de ce que les gens penseront de moi. Je sais que mes pas me portent dans la bonne direction. Celle où mon cœur trouvera de quoi apaiser la plaie béante qui le fait se vider de son sang. Celle où j’assouvirai ma soif de vengeance pour rendre justice aux miens.

Alors, à raison de dix heures de marche par jour en empruntant des départementales et en coupant à travers champs, je suis arrivée sur Bourges, hier. En chemin j’ai croisé plusieurs convois qui gagnaient vraisemblablement Vichy. À chaque fois, je me suis écartée de la route pour les regarder passer d’une position cachée. Il y avait des militaires, des civils et du matériel dans les camions. Les choses semblent s’organiser autour du général Kalan. Objectivement, il n’a pas l’air d’être un mauvais leader, mais ce qu’il m’a fait me reste encore en travers de la gorge. J’ai trop souffert pour que l’on joue ainsi avec ces souvenirs. Je n’ai aucune envie de voir mes démons ressurgir au grand jour. Je n’ai aucune envie de servir d’icône pour une cause qui me dépasse.

Sur la route, j’ai aussi croisé des marcheurs. Solitaires ou en groupe. Avec eux, j’ai pris le risque de me montrer pour connaître leurs intentions. Tous m’ont répondu vouloir gagner la base de Belary. Certains plus déterminés que d’autres, mais ça m’a fait bizarre de me rendre compte qu’ils convergeaient tous vers le même objectif, animés du même espoir d’y trouver une vie meilleure. Mal à l’aise de rester près de quelqu’un aussi armé que moi, pas un seul d’entre eux ne s’est attardé. Je ne m’en suis pas offusquée, ne cherchant la compagnie de personne. Seule, je suis mieux. Je n’ai pas besoin de faire bonne figure.

Mes pieds crissent dans les congères qui emprisonnent l’herbe folle et ma lampe torche balaye les environs pour accrocher le panneau indiquant la sortie de la ville d’Allogny. Merci pour cette nuit au chaud, petite ville. Fourbue par ces trois jours de marche intensive et cette terrible journée sur Bourges, je suis contente d’avoir pu dormir quelques heures en toute tranquillité.

En repensant à ce qui s’est passé hier, mon expression s’assombrit davantage. J’ai assuré, oui, mais surtout… putain rien que d’y repenser, mes tripes se tordent douloureusement. Je crois que j’ai surtout dérapé.

Tout le sud de la ville avait été détruit par les bombes lors de la Rupture. J’ai donc avancé avec précaution à travers les ruines, me frayant un chemin dans cet amas de débris, escaladant des toitures effondrées, rampant sous des tunnels de tôles froissées, gambadant à travers des immeubles éventrés. Le centre-ville était en meilleur état et habité. Là, j’ai esquivé les gros pick-up américains qui quadrillaient les rues, transportant les hommes de la milice à l’arrière de façon à ce que leurs armes soient bien visibles de tous. C’est en gagnant le nord de la ville pour en sortir que les choses se sont gâtées. Pas pour moi, mais pour eux.

J’avais presque atteint la sortie de la ville via la nouvelle ZAC qui n’avait pas eu le temps d’être achevée que j’ai surpris des mouvements de véhicules assez étranges. Dans ce quartier, je n’avais alors croisé personne et voilà que des voitures blindées – sorties de nulle part – rentraient discrètement dans l’un des magasins en construction. Toujours aussi curieuse, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller y jeter un œil.

En prenant garde à ne pas me faire repérer, je me suis approchée du bâtiment en passant par l’arrière. Aussi souplement que possible, j’ai alors grimpé à une échelle qui courait jusqu’au toit pour entrer et les observer d’en haut. La peinture des véhicules était neutre, tout comme les vêtements des hommes qui s’activaient. Mais aucun doute pour moi, j’avais affaire au NGPP. Ou plus précisément : au déploiement d’un avant-poste secret. Cela signifiait donc que Macrélois a bien pour projet d’étendre son influence plus au sud encore.

Un instant, j’ai songé à passer ma route. Un instant seulement. Car l’occasion était trop belle pour me défouler et commencer à prendre ma revanche. Mon esprit a bien tenté de me raisonner, mais rattrapée par ce désir viscéral de vengeance qui me ronge, j’ai cédé à mes pulsions les plus primaires. Si les soldats qui déchargeaient les véhicules n’y étaient sûrement pour rien dans la mort de mes proches, ils paieraient pour les autres. Tant pis pour eux. Aujourd’hui, je comptais bien officialiser ma croisade contre les raclures de cette organisation.

Pendant un long moment, j’ai observé ce qui se passait en contre-bas ; combien étaient-ils, leur routine, leurs équipements, les plus forts, les plus faibles, ceux qui décident, ceux qui suivent. Une fois le repérage terminé, j’ai retiré mon sac pour le laisser dans un coin et n’ai gardé que mon fusil d’assaut et mon Wallgon-X. Avec une extrême froideur, je me suis dit qu’il était temps de passer à l’action.

Discrètement, j’ai rejoint le rez-de-chaussée, toujours à l’abri des regards. Puis dès qu’une ouverture s’est présentée, je me suis approchée des caisses qu’ils avaient débarquées. Dans l’une d’elles, j’ai trouvé des pains de C4 avec leurs détonateurs. J’en ai pris quelques-uns. Dans une autre, j’ai mis la main sur des grenades. Et, dans une dernière, j’ai eu la chance de tomber sur des munitions de HK-720. De quoi refaire mon stock.

Une fois mes poches de manteau et de pantalon remplies de mon butin, je me suis repliée et j’ai commencé à faire le tour du magasin par l’extérieur. Je m’étais mise en tête de faire exploser une partie du bâtiment pour ensevelir ces connards en dessous. J’ai donc repéré la position de mes affaires que j’avais laissées sur le toit en décidant de m’attaquer à la partie opposée. La plupart des soldats étaient regroupés à cet endroit. Un signe du destin, assurément. Une aubaine pour ma croisade.

Tranquillement, j’ai placé tous les pains de C4 sur les piliers porteurs de la structure. Putain ce que j’ai savouré ce moment. Intérieurement, je jubilais. Une fois cette première tâche accomplie, je suis remontée sur le toit pour gagner l’intérieur des faux plafonds et trouver une position où je serais en sécurité tout en ayant un bon angle de tir. À plat ventre, j’ai armé mon fusil, puis avec un grand sourire carnassier qui me fait encore froid dans le dos, j’ai appuyé sur les détonateurs. Je n’avais aucun remords. J’étais plus déterminée que jamais.

La neige qui se met à tomber me ramène au moment présent et je fais glisser mon sac sur le devant pour en sortir la bâche en plastique que Lisa et Henri avaient glissée dans notre paquetage avec Khenzo. D’un geste sec, je la déplie pour me couvrir avec, avant de reprendre ma marche. Je conserve un pas vif malgré le malaise qui m’étreint en repensant à cette agréable sensation que j’ai éprouvée lorsque mon doigt a appuyé sur la gâchette avec une régularité et un sang-froid effrayant.

Bang.

Bang.

Bang.

Comme un métronome, mon HK-720 battait le tempo pour achever mes cibles. Ceux qui avaient survécu à l’explosion et à l’effondrement de la moitié du magasin couraient désormais dans tous les sens, affolés. Les premiers à tomber sous mes balles furent ceux qui auraient pu prendre les bonnes décisions, donner les bonnes indications pour survivre dans le chaos que j’étais en train d’abattre sur eux. Enfin, d’après ce que j’avais déduit de mon observation.

Il ne restait plus qu’une poignée de soldats encore en vie quand l’un d’eux me repéra et lança une grenade dans ma direction. Aussi rapidement que possible, j’ai battu en retraite dans les faux plafonds, mais l’exiguïté des lieux ne m’a pas aidée dans ma tâche. L’ossature métallique qui supportait les dalles se détacha suite à l’explosion et j’eus l’heureux réflexe de me rattraper à une barre.

Suspendue dans le vide, je n’ai pas donné cher de ma peau.

— T’as l’air fine, là maintenant, hein, ai-je même marmonné à ce moment-là.

Avant qu’ils n’aient ouvert le feu sur moi, j’ai fait balancier avec mon corps et lâché prise au dernier moment pour attraper l’échelle repliée qui descendait des plafonds jusqu’à la coursive du premier niveau. Sous mon poids, cette dernière s’est dépliée instantanément et quand j’ai atterri sur la coursive, la plateforme – déjà fragilisée par l’explosion – s’est détachée. J’ai mordu la poussière deux mètres plus bas, mais j’étais toujours en vie, avec seulement quelques égratignures.

Sans tarder, je me suis relevée pour m’abriter derrière un comptoir. Il me restait deux grenades qui m’ont permis d’avoir deux hommes. Les cinq derniers ont trouvé la mort sous les rafales de mon HK-720. Essoufflée, mais encore sous le coup de l’adrénaline, j’ai parcouru le magasin – ou du moins ce qu’il en restait – de long en large pour m’assurer qu’ils y étaient bien tous restés.

Je me suis alors autorisée une petite pause pour tomber à genoux et lâcher mes armes. J’ai regardé mes mains trembler quelques minutes, puis me rappelant les corps raidis par la mort et le froid, les visages bleuis et gonflés par l’étranglement, je me suis imposée de ne jamais avoir de regret pour ce que je venais de faire. Jamais. Je m’étais promis qu’ils auraient à leur tour du sang et des larmes. Voici déjà le sang, même si j’en garde un goût amer et qu’aujourd’hui je ne suis plus si sûre d’avoir eu raison de céder à ce sentiment primaire et viscéral qui m’a poussé à commettre ce carnage.

Après avoir récupéré mon sac, j’ai fouillé les véhicules et les caisses qui avaient été épargnés pendant la bataille. J’ai pris des grenades, d’autres munitions pour mon fusil d’assaut, de l’eau et de la nourriture. J’étais sur le point de déguerpir, histoire de ne pas m’attarder plus que nécessaire sur un lieu qui risquait rapidement d’attirer les curieux, lorsque j’ai déniché une caisse pleine de banderoles en tissu noir, ainsi que des bombes de peinture.

La proposition de Kalan de se servir de mon symbole pour unifier la Résistance m’est revenue en mémoire. Je ne sais toujours pas ce qui a réellement motivé mon geste, mais j’ai alors dessiné les quatre cercles imbriqués qui me sont si chers sur l’une des banderoles et je suis allée la fixer sur l’antenne d’un des véhicules du NGPP qui dépassait de l’amas de tôles, de bois, de plastique et d’acier afin qu’elle flotte au vent.

Ensuite, j’ai gardé une bombe de peinture et fourré les autres banderoles dans mon sac. Puis, cette fois, j’ai déguerpi pour de bon.

Quatre heures plus tard, j’ai trouvé refuge dans une ancienne boutique de prêt-à-porter à Allogny pour y passer la nuit. Une nuit où j’ai rêvé simplement du passé, sans cauchemars, comme si mes tourments intérieurs avaient été apaisés par ce que j’ai fait.

Je secoue la tête. T’as déconné, Xalyah. Et ça ne te ressemble pas de jouir ainsi de la mort de dizaines de personnes. Même si ce sont mes pires ennemis ? Même si ce sont tes pires ennemis.

Les regrets, je ne peux me permettre d’en éprouver. C’est trop tard de toute façon. Mais je suis mal à l’aise avec ce sentiment de plénitude qui m’étreint quand je songe au fait que le NGPP compte une cinquantaine d’hommes en moins à l’heure actuelle. Cinquante, Xalyah. Putain, t’as buté cinquante types sans ciller une seule fois. À se demander qui est le véritable monstre dans l’histoire. Allez, raconte pas de connerie. C’est eux qui ont fait de toi ce que tu es devenue aujourd’hui. T’as déconné, oui, mais c’est un juste retour de bâton.

Tourmentée par ce débat intérieur, je regarde à peine autour de moi, jusqu’à ce que j’arrive à un croisement. Je sors mon Mémo et regarde la carte des environs. En continuant tout droit, je devrais tomber sur le centre de Neuvy-sur-Barangeons d’ici une heure. Je range mon Mémo et, avant de me remettre en route, tourne la tête sur la droite pour observer le lieu-dit de l’Épinette. Quelques fermes se dressent un peu plus loin, ainsi qu’une église, mais quelque chose cloche dans le paysage.

J’avance dans cette direction, puis peu à peu, réalise ce qui me dérange. Les lieux sont entretenus et il y a des traces de passages fréquents sur la route. J’observe aussi des effets personnels qui ont récemment été utilisés : vélos, brouettes. Une des granges est ouverte et du bois fraîchement coupé est entassé dans un coin. Pourtant, il n’y a pas un bruit. Même la nature reste silencieuse, hormis le vent qui chatouille les branches dénudées des arbres.

Prise d’un mauvais pressentiment, mes pas me guident jusqu’à l’église dont le clocher dépasse les autres bâtisses. Des traces boueuses de pneus sont encore visibles sur le sol et elles sont fraîches. Elles me mènent jusque sur le parvis de l’église de Guernica. « Construite en 2037 en hommage à la ville de Guernica, bombardée le 26 avril 1937 par les nazis et les fascistes en appui du coup d’État des nationalistes espagnols », m’informe l’écriteau.

Les portes sont closes et le silence de mort est encore plus pesant que près des fermes. Le cœur battant, je monte les marches et pousse les deux montants en bois du monument religieux qui s’ouvrent dans un grincement sinistre. Une odeur insupportable me prend les tripes et me soulève le cœur. Je relève mon foulard pour me boucher le nez et avance dans la pénombre. La semelle de mes bottes glisse et je regarde le sol souillé d’un liquide noir, poisseux, pas encore tout à fait séché.

Lorsque mes yeux s’habituent à la pénombre, je découvre un spectacle macabre d’une rare violence. Ne pouvant retenir le haut-le-cœur qui m’étreint, je sors en courant pour vider mon estomac le long du mur en pierres. Je m’essuie la bouche, la rince avec de l’eau et après avoir fermé les yeux et inspiré longuement, y retourne, prête à affronter la vision cauchemardesque qui s’est offerte à moi.

Plusieurs corps ont été cloués sur des croix improvisées avec des branches d’arbres. Un autre cadavre calciné trône au sommet d’un bûcher, encore prisonnier de ses menottes en métal qui ont fondu sur la chair. D’autres ont été égorgés et éventrés. Le pire, ce sont les enfants. Les yeux crevés, les mains et les pieds coupés, ils ont été empilés au milieu de l’allée principale. Je me retiens de vomir une seconde fois. Comment peut-on commettre pareil carnage ? Faut pas être humain pour faire ça à des gosses. Ils avaient quoi ? Deux ans pour les plus jeunes, dix pour les plus âgés. L’espace d’un instant, la rage prend le dessus sur les nausées et je me retiens de ne pas l’expulser bruyamment.

Tandis que j’inspire profondément pour reprendre le contrôle de mes émotions, un éclat brillant attire mon regard au pied du bûcher. Je me baisse et prends entre mes mains la douille usée qui a baigné dans le sang. La lampe torche que je sors d’une poche de mon sac vient l’éclairer pour que je puisse mieux l’observer. Sur le côté, la gravure de la marque est presque totalement effacée. Impossible de savoir d’où vient cette munition avec certitude, mais vu la facture, ça ne provient pas du fond d’un garage ou d’un sous-sol.

Je me relève et inspecte l’église à la lueur de ma torche pour chercher d’autres indices. Entre deux rangées de sièges, je trouve un bouton de manchette aux initiales du NGPP. Derrière une colonne, une paire de gants abandonnée avec les mêmes initiales gît au sol. Je serre les dents. Tout me fait penser que c’est bien cette organisation qui est à l’origine de cette boucherie. Et si on y réfléchit bien, les traces de pneus dans la boue pourraient très bien correspondre aux véhicules blindés et aux camions que j’ai mis hors-jeu à Bourges. Les calandres et les roues étaient couvertes de terre.

Ne pouvant plus supporter davantage cette puanteur de chair en putréfaction, je sors de l’église pour en faire le tour et remplir mes poumons d’air frais. Sur l’un des côtés du monument se trouve la parcelle réservée aux sépultures des religieux ayant travaillé ici. Les gens du coin avaient sûrement prévu de faire des travaux, car un trou a été creusé dans la terre et les outils laissés sur le bord. En plissant les yeux, je pourrai presque discerner leurs silhouettes s’affairer à leurs différentes activités. Mais ils sont tous morts. Comme les miens. Mes yeux se perdent dans le trou béant qui se trouve à mes pieds. Je ne sais pas si je dois prendre ce signe comme un juste châtiment pour ce que j’ai fait à Bourges ou comme une confirmation que ce carnage devait bien avoir lieu. Quoi qu’il en soit, là tout de suite, je sais ce qu’il me reste à faire.

L’appentis est fermé, mais d’un coup d’épaule la porte cède. Je pose mon sac dans un coin et retire mon manteau. Puis je retourne dehors pour aller attraper la pelle et agrandir le trou. Ce dernier doit contenir une trentaine de personnes. Actuellement, je n’en mettrais même pas la moitié.

Au bout d’une heure, je retire mon veston, mon bonnet, mes mitaines et relève les manches de mon t-shirt. Vers 13 heures, je fais une pause et mange un morceau dans l’appentis, histoire de prendre des forces, car je n’ai vraiment pas faim. J’essaye de ne pas penser à ce que j’ai vu dans l’église, mais c’est dur. D’autant plus qu’il va falloir y retourner, tôt ou tard. D’ici là, j’ai encore du boulot.

Je me relève et retourne dans le froid. Heureusement, il est sec et le ciel plutôt dégagé. Un temps idéal pour ce genre d’activité. Bordel, Xalyah, comment peux-tu penser un truc pareil ?! Je fais alors le vide dans ma tête et poursuis ma tâche inlassablement, jusqu’à la tombée de la nuit.

Cette fois, on y est. Je ne peux plus reculer l’échéance. Je vais chercher ma lampe torche et mon foulard, puis d’un pas lourd, je fais à nouveau le tour de l’église pour me donner du courage. Au pied des marches, j’ai envie de m’enfuir en courant, pourtant je résiste et franchis à nouveau les portes. L’odeur nauséabonde des corps en décomposition me prend à la gorge et je noue mon foulard autour de mon visage pour me couvrir le nez et essayer de l’atténuer.

Par qui commencer ? Le plus simple, c’est déjà de transporter ceux qui sont au sol. Des hommes, mais surtout des femmes. Certaines probablement violées avant qu’on leur tranche la gorge. Les corps pèsent lourd et le chuintement de leurs vêtements frottant le sol inondé de sang me révulse.

Ensuite, je m’attaque aux hommes cloués sur les croix. Je les fais basculer au sol et à l’aide de la pelle, je fais sortir les clous pour les arracher de ce qui fut leur calvaire durant quelques heures au moins, avant de mourir d’une balle entre les deux yeux. Là aussi je m’échine à traîner les cadavres sur les marches, dans la terre, à travers le cimetière, pour finir par les déposer au fond du trou avec leurs amis, leurs familles, peut-être ?

Le cadavre de la femme sur le bûcher est sûrement celui qui sent le plus mauvais, avec cette odeur de chair brûlée à vous retourner l’estomac dans tous les sens. Le mien fait d’ailleurs le yoyo de plus en plus violemment, mais pour l’instant j’arrive à contenir mes nausées.

Il ne reste plus que les enfants. Et leurs pieds et leurs mains qui ont été rassemblés en un autre tas. Je commence par ça, effectuant plusieurs allers et retours les yeux mi-clos pour ne pas regarder les membres découpés. Étaient-ils encore vivants quand ils leur ont fait ça ? Je n’ose même pas l’imaginer.

Enfin, je prends les enfants les uns après les autres dans mes bras et les dispose également au fond du trou, avec les adultes. Quand le dernier touche le sol, je bondis hors du trou et me précipite vers le mur de l’église pour vider une nouvelle fois mon estomac. J’en crache même de la bile et du sang.

Le souffle court, les yeux rougis, je m’adosse au mur et attends de longues minutes pour reprendre mes esprits. Du nerf, ma vieille, tu n’as pas encore terminé.

Les jambes tremblantes, je retourne près de la fosse commune que j’ai créée et contemple la trentaine de cadavres. Pour ne pas oublier. Non, surtout ne pas oublier ce qui s’est passé dans cette église de Guernica lorsque je croiserai à nouveau ces fumiers. En repensant à l’origine de la construction de cet édifice, je trouve que le NGPP a un drôle d’humour, quand même. Ces gens pensaient peut-être que la maison de Dieu les protégerait. Force est de constater que ce n’a pas été le cas. Dans ce bas monde, on ne peut plus compter que sur soi pour sa propre survie. Les Dieux, quels qu’ils soient, ne nous viendront pas en aide.

Je refoule mes larmes et empoigne la pelle avec une énergie nouvelle pour commencer à recouvrir les corps de terre. Il me faut encore quelques heures supplémentaires pour achever mon travail à la lueur d’un feu de bois que j’ai allumé près de la fosse. Ce n’est pas forcément prudent, mais tant pis. Exténuée, je pars en quête d’un morceau de pierre, sans succès. Je prends alors trois planches, une pour les hommes, une pour les femmes et une pour les enfants afin d’y graver leur nombre et les quatre cercles imbriqués avant de les planter dans le sol.

Je reste un instant à contempler les gravures à la lueur des flammes, puis je m’inspecte. Mes vêtements sont couverts de boue et de sang, tout comme mes avant-bras, mes mains et mon visage. Il faut que je me lave, que j’enlève cette odeur de mort qui me tord les tripes dans tous les sens.

Dans la pénombre, je me déshabille et prends de la neige qui a l’air propre pour me frictionner avec et enlever les taches rougeâtre et brune qui me recouvrent. Ensuite, je me dépêche d’enfiler des vêtements de rechange pour pouvoir laver ceux que j’ai portés aujourd’hui. Dans l’appentis je sors une chaise et la positionne à côté du feu pour faire sécher mes affaires. En espérant qu’il ne neige pas ou ne pleuve pas d’ici l’aube.

Enfin, je regagne l’appentis et m’enroule dans la petite couverture et mon manteau pour poser ma tête sur mon sac. J’aurais probablement plus chaud dans l’église, mais il est hors de question d’y remettre les pieds avec cette puanteur nauséabonde et ce sang qui recouvre le sol et les murs.

Je suis crevée, pourtant le sommeil tarde à venir. Les images d’aujourd’hui repassent en boucle sous mes paupières closes auxquelles se superposent celles qui m’ont profondément ébranlée à Orléans.

Si un jour on m’avait dit que je verrais tout ça… vivrais tout ça… j’en aurais ri. Sauf que là, ce ne sont pas des larmes de joie qui coulent sur mes joues. Non. À cet instant, j’aurais tellement voulu pouvoir poser ma tête sur l’épaule de Xavier ou Khenzo et sentir leurs bras autour de moi pour me rassurer. Mais j’ai fait un choix. Le choix de la solitude. J’enfouis un peu plus mon visage dans mon manteau, me recroquevillant sur moi-même, pour finalement me laisser happer par mes cauchemars.

Chapitre 33

samedi 24 au lundi 26 décembre 2107

L’aube se lève à peine lorsque je franchis les portes d’Orléans. La veille, j’ai dormi à l’extérieur de la ville, me réservant la journée pour revenir sur ces lieux où tout s’est arrêté pour mes parents, mon petit frère et ma petite sœur. Après deux jours de marche intense depuis le lieu-dit de l’Épinette, j’avoue que je n’avais pas le courage de m’engager dans Orléans hier soir. Alors me voilà, sous un épais brouillard, coupant à travers le Parc Floral de la Source. Ou plutôt ce qu’il en reste.

Je ne me presse pas, foulant les sentiers à moitié enfouis sous la végétation qui a poussé. Beaucoup de choses se sont passées depuis ce jour-là. Si je devais retenir la meilleure d’entre elles ? Sûrement d’avoir pu compter sur Khenzo durant tout ce temps. Malgré moi, je réalise que sa présence me manque plus que je ne l’aurais pensé. Et la plus difficile ? D’avoir retrouvé Xavier pour le quitter aussitôt. Mais je ne suis pas encore prête à affronter ses reproches, les miens étant déjà assez lourds à porter comme ça.

Mes pensées vagabondent au rythme de mes pas. L’endroit est calme, seulement troublé par quelques oiseaux bravant le froid et des lapins qui bondissent furtivement dans la neige. Du coup j’en profite pour faire un détour et passer devant la bâtisse principale qui tient encore debout malgré l’effondrement de la toiture. Sa silhouette imposante émerge de la brume qui se dissipe peu à peu à mesure que le jour se lève. Je reste un moment, debout dans les herbes folles pointant à travers la neige, à contempler les rayons de soleil caresser la pierre, se refléter dans les carreaux des grandes fenêtres et se perdre dans la végétation blanchie par la gelée matinale. La nature est belle, quoi que fasse l’Homme.

Finalement, je rebrousse chemin, puis me dirige vers le nord du parc. D’après la carte, je devrais tomber sur un axe principal qui me mènera au centre de la ville. Sauf que le parc est cerné d’un mur en pierre et il n’y a pas de portail de ce côté-là. Je longe la clôture jusqu’à trouver une brèche pour passer de l’autre côté.

À peine ai-je enjambé le mur effondré, que j’entends un bruit de moteur. Le vent vient d’en face, donc le véhicule arrive sûrement par la route que j’aimerais emprunter. Je m’accroupis derrière les fourrés pour rester cachée et attends patiemment de voir l’engin approcher.

Une jeep noire et verte – floquée des initiales du NGPP – avance à faible allure, avec à son bord trois hommes en costume militaire qui discutent vivement. Mon cœur s’emballe et une rage sourde s’empare de moi. Encore ces fumiers ! Ils sont partout. Je serre les dents, passant rapidement en revue toutes les options qui s’offrent à moi. Rester cachée ? Même pas en rêve. Sortir à découvert ? Faut pas déconner, quand même. Non, j’ai une bien meilleure idée pour ces trois-là.

Ma main glisse dans mon sac et en sort une des grenades que j’ai piquées à Bourges. J’évalue la vitesse de la jeep, puis dégoupille le projectile explosif pour le jeter sur la chaussée, une vingtaine de mètres plus loin. Si j’ai bien calculé…

La grenade explose au moment où le véhicule passe à sa hauteur, l’envoyant valser dans le bas-côté. Le moteur s’enflamme et j’entends des voix crier depuis l’habitacle. Je me relève et m’approche calmement, mon fusil d’assaut entre les mains. Le chauffeur est mort sur le coup et les deux autres tentent de s’extirper de la carcasse en feu. Je tire une rafale qui achève les survivants. Ils ne m’ont même pas vue arriver.

Les flammes diminuent rapidement et seule une fumée noire s’échappe vers le ciel. Je sors alors une banderole et dessine à la bombe les quatre cercles imbriqués. Cette dernière vient flotter au vent, comme à Bourges, accrochée sur l’antenne de la jeep encore fumante.

D’ordinaire, j’enterre les morts. Que ce soient mes victimes ou non. Là, j’ai décidé qu’il en serait autrement pour ces connards. Eux ont gagné le droit de pourrir à l’air libre. Que les rapaces puissent se repaître de leurs cadavres. C’est tout ce qu’ils méritent après ce qu’ils ont fait à ces pauvres gens dans l’église.

J’hésite un instant avant de poursuivre sur le bas-côté de la route. L’explosion va peut-être attirer du monde. L’axe étant bordé par des arbres et des buttes de terre, je décide de prendre le risque de suivre cette voie, restant néanmoins dans l’ombre des érables.

Une demi-heure plus tard, j’arrive à un grand carrefour où, si je veux continuer tout droit, il va falloir que j’emprunte le tunnel. Alors que je n’avais croisé personne jusqu’ici, j’entends le même bruit de moteur que tout à l’heure. Je regarde autour de moi. Aucune cachette à l’horizon, si ce n’est derrière le tronc d’un érable. Je hausse les épaules et passe en mode automatique, de nouveau animée par cette terrible rage que je n’arrive plus à contenir. Mes préoccupations s’évaporent, mes nœuds au cerveau disparaissent et plus qu’une seule chose compte : survivre. Avec une seconde idée, latente : en en butant le plus possible.

Ma main s’enfonce une deuxième fois sous le rabat de mon sac pour sortir une autre grenade. Voyons voir si j’ai autant de réussite que tout à l’heure. Si oui, tant mieux. Sinon, va falloir serrer les fesses.

Le véhicule sort enfin du tunnel, roulant à plus vive allure que la jeep de tout à l’heure. Si la couleur et le flocage sont identiques, le modèle, lui, diffère. Plus gros et plus puissant. J’analyse sa trajectoire et fais rouler la grenade sur la chaussée après l’avoir dégoupillée. Le chauffeur ne réalise pas tout de suite que l’objet roulant dans sa direction n’est pas un caillou et lorsqu’il m’aperçoit enfin sur le bas-côté, il donne un violent coup de volant. La jeep se renverse sur le côté conducteur, mais subit quand même une partie de l’explosion.

Tandis que la portière du passager s’ouvre, j’arme mon fusil et tire une rafale sur la silhouette qui tente de sortir. Elle chute au sol, inerte. À l’arrière, deux personnes s’échappent par le coffre et l’une d’elles me tire dessus avec un pistolet semi-automatique. Je réplique, ne leur laissant aucune chance.

Après avoir rejoint le véhicule, je pose mon sac au sol et me hisse par la portière ouverte. À l’intérieur, le chauffeur se vide de son sang, essayant de passer un message radio. J’attrape mon Wallgon-X et l’achève à son tour. Je ne sais pas ce qu’il a réussi à dire, alors il va falloir faire vite.

Le coup de feu résonne encore dans mes oreilles tandis que je sors une nouvelle banderole noire pour peindre les quatre cercles et l’accrocher sur la voiture. En apparence, mes gestes sont précis et calmes, mais au fond de moi, je suis terrorisée par ce que je viens de faire avec une telle froideur.

Lorsque j’ai fini, je me recule pour observer la scène. Ma mâchoire se crispe et mes mains se mettent à trembler le long de mes cuisses. Je ne peux pas croire que je me sois abaissée à leur niveau de cette manière. Cette fille, là, celle qui a buté une cinquantaine de types dans un magasin, puis dézingué deux véhicules et leurs occupants, ce n’est pas moi. Je n’ai pas envie que ce soit moi. Je ne veux pas continuer sur cette voie. Même si au fond, ils méritent probablement leur sort pour s’être engagés du mauvais côté, je n’ai pas envie de jouer ce rôle de faucheuse sans âme. Cela va à l’encontre de mes principes. Mon père ne serait pas fier de moi, ma mère aurait honte, j’en suis sûre. Et Sarah et Samuel... je crois bien qu’ils seraient terrorisés.

Tandis que je reste au milieu de la route, en proie à un terrible sentiment de culpabilité, j’entends des véhicules s’approcher au loin. Merde. La cavalerie n’aura pas traîné. Il faut que je me ressaisisse ! Je ne sais pas vraiment d’où ils arrivent, mais dans tous les cas je ne peux pas emprunter le tunnel. Ils m’y piégeraient sans problème. Je balance hâtivement mon sac sur mon épaule et dégage au pas de course en prenant sur la gauche. Si je veux pouvoir disparaître des radars, j’ai intérêt à gagner vite fait bien fait le lotissement que j’aperçois pour m’y cacher.

Plus facile à dire qu’à faire. Le poids de mon sac ralentit considérablement mon sprint et avant que j’atteigne la première maison, je sais qu’ils m’ont repérée. En face, deux véhicules approchent à grande vitesse. Dans mon dos ils sont trois. Merde. Je m’engouffre dans la rue et entre dans la première maison en défonçant la porte d’entrée à coup d’épaule. Les véhicules s’arrêtent devant le lotissement et les portières claquent sèchement à mesure que les hommes en descendent. Je me pince l’arête du nez. Putain, Xalyah, pourquoi tu ne réfléchis pas avant d’agir ? T’as voulu assouvir ta soif de vengeance et voilà le résultat. Les retrouvailles avec mon paternel ne seront pas tristes, au moins, pensé-je avec cynisme.

Je traverse la maison silencieusement et sors par une fenêtre. Dans le jardin, les herbes sont hautes et je progresse sans être vue pour rejoindre l’habitation voisine. La porte à l’arrière est ouverte et l’intérieur a été entièrement pillé et saccagé. Je continue ainsi pendant un bon quart d’heure, avançant de maison en maison en évitant furtivement les patrouilles qui se sont déployées dans le quartier. En dehors d’eux et moi, c’est désert. Les habitants ont quitté les lieux depuis longtemps.

Alors que j’ouvre une énième fenêtre pour l’enjamber, des mains m’attrapent violemment pour me faire chuter au sol.

— Je la tiens ! s’écrie le soldat qui essaye de me faire une clé de bras.

Merde, je ne l’ai pas vu venir, celui-là ! Ce fumier m’attendait sagement sans bouger. Je me débats et lui assène un violent coup de coude au niveau de la tempe qui l’assomme à moitié. Aussitôt, je me relève pour rejoindre en courant l’autre côté de la rue. Je saute par-dessus la palissade, dérape sur les dalles du sol verglacées et traverse le jardin aussi vite que possible.

Derrière moi, j’entends les renforts qui s’organisent et me retrouve bientôt cernée au milieu d’une allée menant à un garage. Une dizaine de gaillards, l’air passablement énervé, s’avancent vers moi. L’un d’eux braque son pistolet dans ma direction.

— Bouge pas, sinon je te bute !

Je lève les mains, attendant qu’il s’approche encore un peu plus. Lorsqu’il est à portée, j’attrape son poignet et le désarme pour pointer son flingue sur lui. Aussitôt ses camarades me mettent en joue.

— Qu’est-ce que tu crois faire comme ça ? me demande ma cible. Si tu me tues, tu mourras également dans la seconde qui suit.

Il a raison. Mais je ne pouvais pas me rendre aussi facilement. Je remets le cran de sûreté de son arme et retire le chargeur pour le faire tomber au sol avant de lever une nouvelle fois les mains. Les soldats se jettent sur moi pour me mettre à terre. Ils me fouillent sans ménagement et récupèrent toutes mes armes avant de me menotter. Puis ils me remettent sur pieds et m’escortent jusqu’à l’un des véhicules.

Avant de me faire monter à l’arrière d’une des jeeps, celui que j’ai désarmé s’arrête à mon niveau pour me toiser de haut.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

Je soutiens son regard, sans répondre. Son bras se lève et je me prends un revers de main qui me fait perdre l’équilibre. Les deux soldats qui m’entourent me retiennent.

— D’où tu viens ? insiste-t-il.

Même silence de ma part. Je me prends une deuxième gifle et cette fois les hommes me laissent heurter la portière de la voiture.

— T’inquiète pas, on te fera parler, conclut celui qui doit être le chef de cette unité. Allez les gars, on remballe et on l’emmène au PCA.

Assise sur la banquette arrière et entourée des deux gorilles, je baisse la tête. T’es dans une putain de merde, ma vieille. Une merde que j’ai sans doute bien méritée après ce que j’ai fait. La gorge nouée, je peine à déglutir. Le convoi de jeeps se met en branle et se dirige vers le centre d’Orléans à vive allure.

Nous traversons la Loire et passons devant la Grand-Place. Les monticules de terre se dessinent encore sous la fine couche de neige. Mon cœur se serre et je me concentre sur ma respiration pour contenir les larmes qui se forment au bord de mes yeux. Vous me manquez tellement. Le convoi continue et s’engage dans les rues pour s’éloigner des abords du fleuve. Rapidement nous arrivons près de la cathédrale et les véhicules s’arrêtent.

Est-ce qu’ils ont établi leur poste de commandement avancé ici ? Si c’est le cas, ces enflures n’ont vraiment aucun respect. Que l’on croie ou non en Dieu, laissons au moins les actes de guerre en dehors des lieux de culte.

Les hommes me font descendre de la voiture en m’empoignant violemment. L’un d’eux me balaye volontairement les jambes pour que je m’étale au sol.

— Lève-toi, salope ! s’écrie-t-il alors en m’envoyant son pied dans les côtes.

Son comparse me relève et je crache à la figure de celui qui m’a fait tomber. Il arme alors le poing pour me menacer.

— Recommence encore une fois et je te…

— Arrête Francis, tu sais qu’ils n’aiment pas qu’on amoche les prisonniers avant de les interroger dans les règles.

L’homme hausse les épaules et suit ses coéquipiers. Je pensais que nous allions nous diriger vers la cathédrale, aussi suis-je surprise de constater que nous prenons la direction opposée. Nous passons un haut portail noir pour entrer dans une cour pavée. Un long bâtiment en pierre en forme de U se dresse devant nous sur plusieurs étages. En arrivant sur le perron, je distingue une plaque indiquant que nous sommes à l’Académie d’Orléans-Tours.

— Allez, avance, s’impatiente Francis. T’es pas là pour faire du tourisme.

— Ah bon ? Je croyais, pourtant, ironisé-je.

Le soldat mal luné lève une nouvelle fois le bras, mais son acolyte intervient avant qu’il m’en mette une pour de bon :

— Laisse-la parler. Va retrouver les autres pour le débriefing, je vous rejoins une fois que je l’ai amenée en salle d’interrogatoire.

Francis franchit la porte en premier, nous laissant seuls sur le perron. Je pourrais tenter quelque chose, mais je ne parierais pas sur mes chances de réussite. L’homme me pousse dans le dos et nous entrons à notre tour dans le bâtiment. Le hall est immense et contrairement à la façade extérieure qui a gardé son cachet d’antan, tout a été rénové de façon moderne. Le plastique a remplacé le bois, les dalles en PVC le parquet et l’aluminium les rambardes en fer forgé.

De part et d’autre du hall, des escaliers mènent à des coursives qui s’étendent sur plusieurs niveaux et desservent de nombreuses portes. Mon garde du corps attitré me guide vers la droite et nous empruntons un escalier en colimaçon pour descendre vers les sous-sols. L’humidité me fait déraper sur les marches en pierre et l’homme me rattrape par mon manteau pour m’éviter de plonger la tête la première.

— Heureusement que ce n’est pas Francis qui m’accompagne, dis-je cyniquement.

— Je crois que tu ne réalises pas dans quelle merde tu es, rétorque simplement l’homme qui garde une main sur mon épaule.

— Malheureusement si, marmonné-je.

En bas nous traversons plusieurs caves qui se succèdent et qui sont restées dans leur état d’origine. Celles-ci sont vides, jusqu’à ce que nous arrivions devant un comptoir en teck. Derrière, deux hommes en blouse blanche pianotent sur des écrans tactiles et surveillent des moniteurs. J’ai comme un mauvais pressentiment sur ce qui m’attend.

— Salut Max, salut Djibril.

— Salut Ahmed, répond l’un d’eux, un grand brun aux yeux enfoncés sous d’épais sourcils. Qu’est-ce que tu nous amènes ?

— On l’a chopée au sud d’Orléans. C’est elle qui a buté l’équipe Charlie tout à l’heure. Et c’est probablement elle qui a éliminé Tango également.

— Elle ?

— Ouais, Max. Elle ne paye pas de mine comme ça, mais elle nous a donné du fil à retordre pour l’attraper.

— Vous avez réussi à lui soutirer des informations ?

— Non.

— Elle sera plus coopérative avec nous, assure Max en adressant un clin d’œil à son collègue.

— Sans aucun doute, affirme Ahmed à son tour.

— C’est ce qu’on verra, murmuré-je d’une voix sourde.

Le soldat qui me tient le bras me foudroie du regard.

— Corentin va vous descendre ses affaires tout à l’heure. Vous y trouverez des drapeaux noirs. Elle a tagué des cercles blancs imbriqués les uns dans les autres. Ce serait bien de savoir pourquoi et d’où lui vient ce symbole. Avec toutes ces rumeurs qui courent en ce moment, en haut ils ont envie d’y voir plus clair dans tout ce foutoir.

— On va essayer. Est-ce que tu peux accompagner Djibril pour la mettre en cellule ? J’ai un peu de paperasse à terminer.

Ahmed hoche la tête et suit l’homme à la peau noire qui vient de faire le tour du comptoir. Il me pousse à nouveau dans le dos, néanmoins cette fois je ne suis pas décidée à le suivre sagement. J’essaye d’échapper à sa poigne, mais le soldat est plus vif qu’il n’en a l’air et me colle contre le mur du couloir.

— Tu vas nous suivre sans faire d’histoire, sinon…

— Sinon quoi ? Je sais très bien que vous n’allez pas « juste » m’interroger.

Ahmed soupire et avec Djibril, ils me prennent chacun un bras pour me forcer à avancer. Je suis tentée de leur donner du fil à retordre, comme l’a si bien dit Ahmed, mais objectivement, il vaut mieux que je garde mon énergie pour ce qui va suivre.

Le couloir n’est pas très large et des portes en métal sont alignées à intervalles réguliers. Une forte odeur d’urine, de sueur et de fer me prend à la gorge. Les hublots sont trop hauts pour que je puisse voir ce qui se passe de l’autre côté, mais je suppose que je n’y trouverai pas le paradis. Non, vraiment, je n’aime pas l’ambiance qui se dégage de ses lieux.

Nous passons ainsi devant une vingtaine de portes en pataugeant dans des flaques d’eau croupie avant de nous arrêter devant l’une d’elles. Djibril pousse la poignée dans un grincement sinistre. Il appuie sur un interrupteur et l’ampoule à nue qui sort du plafond grésille bruyamment avant de s’allumer pour de bon, éclairant faiblement une grande pièce. Le sol en terre battue est spongieux et les murs en parpaing suintent d’humidité. Au centre, est disposée une chaise au-dessus de laquelle se trouvent des menottes. Ces dernières pendouillent au bout d’une chaîne reliée à un crochet fixé au plafond, puis à un second sur le mur afin d’en régler la hauteur. À droite, une baignoire vide côtoie une table en métal. Un tuyau d’arrosage branché à un robinet serpente entre les deux. À gauche, un chariot en aluminium est jonché d’objets tranchants, contondants et pointus.

— Charmant comme endroit, commenté-je à voix haute.

— Tu la tiens bien ? demande Djibril en s’adressant à Ahmed.

— Oui, tu peux y aller.

En s’y mettant à deux et à l’aide de quelques coups bien distribués, ils finissent par me déshabiller, me laissant en culotte et en débardeur. Étourdie par un violent coup donné à la tête, je n’ai plus la force de lutter lorsqu’ils m’emmènent jusqu’à la chaise pour m’y asseoir. Djibril ramène mes bras dans le dos et me menotte, puis tend la chaîne de façon à ce que mes poignets soient légèrement relevés dans une position inconfortable.

Ahmed rassemble mes affaires sur la table en métal avant de revenir vers moi. Je lève le menton en signe de défi.

— Qu’est-ce que vous allez faire ?

— Moi ? Rien du tout. Enfin…

Il me décoche un formidable coup de poing qui me fait perdre l’équilibre, me tordant encore plus les bras. Un liquide chaud coule le long de ma tempe pour glisser le long de mon cou et descendre jusqu’au creux de ma clavicule.

— Francis ne serait pas content de savoir que tu peux me cogner avant qu’on m’interroge, mais pas lui, dis-je d’une voix pâteuse.

— Francis n’est qu’un petit con. Ici, je fais ce que je veux.

Derrière lui, je vois Djibril se parer d’un grand sourire narquois. Je pense que je vais passer un mauvais moment entre ces quatre murs…

— Je resterais bien plus longtemps, mais le débriefing va commencer.

— Je ne te retiens pas, vas-y, rétorqué-je.

Ahmed me frappe une seconde fois – avec encore plus de force – et je laisse échapper un grognement.

— Tu ne feras pas la maligne longtemps. Djibril va bien s’occuper de toi.

— C’est ce qu’on verra, répété-je une seconde fois dans un murmure pour me donner du courage.

Le soldat fait un signe de tête à la blouse blanche, avant de sortir de la pièce, sans un regard derrière lui.

Djibril ouvre un tiroir de la table en métal et sort une seringue ainsi que des tubes en plastique. Il s’approche de moi, me tord le bras pour voir le creux du coude et me tapote la veine avant de m’enfoncer l’aiguille dedans. Il remplit trois tubes avant de retirer l’aiguille, ne se pressant pas pour venir panser la piqûre.

— Qu’est-ce que vous allez faire avec ça ? demandé-je.

L’homme m’ignore, rassemble le matériel usagé et les tubes avant de sortir à son tour. Puis il ferme la porte à clé, me laissant seule.

Je baisse la tête et lâche un soupir.

— Super plan, Xalyah… vraiment…

Pendant un long moment, je me tortille sur la chaise pour essayer de me libérer des chaînes, en vain. Tout ce que je réussis à faire, c’est me tordre un peu plus les bras. L’acier des menottes commence également à me cisailler les poignets à force de tirer dans tous les sens, pourtant je ne m’avoue pas vaincue.

Je continue à m’échiner de la sorte jusqu’à ce que la porte s’ouvre à nouveau. Le grincement des gonds me donne la chair de poule et un courant d’air froid s’engouffre derrière les deux hommes qui viennent d’entrer. Max – accompagné d’un acolyte en blouse blanche dont je n’ai pas encore eu le plaisir de faire la connaissance – s’avance vers moi. Le premier tient une tablette dans une main, le second porte un sac de congélation qui semble peser lourd.

— Messieurs, que me vaut cette visite ? entamé-je sur un ton faussement enjoué.

— Qu’est-ce que tu viens faire dans le coin ? m’interroge Max ignorant ma question.

— Une promenade de santé. La région est plutôt charmante en cette saison.

Son comparse se détourne pour aller verser le contenu de son sac dans la baignoire. Il s’agit de plusieurs centaines de glaçons. Max interrompt son interrogatoire pour prendre des notes, me laissant mariner tandis que l’autre ouvre le robinet pour se servir du tuyau d’arrosage. Le bruit de l’eau qui coule me donne à nouveau la chair de poule. Je ne vais pas aimer la suite. Pas du tout.

— Quelles que soient vos questions, je ne vous dirai rien. Vous perdez votre temps, les informé-je.

— D’où viens-tu ? reprend Max.

— Je viens de te le dire, tu perds ton temps avec moi.

— C’est toi qui le dis, rétorque mon interlocuteur en allant poser son dossier sur la table en métal. Nous, on n’est pas pressés, alors que toi, tu le seras peut-être un peu plus dans pas longtemps.

Il se tourne à nouveau vers moi et relève les manches de sa blouse.

— Jim, tu me donnes un coup de main ? On va lui rafraîchir les idées.

Le deuxième homme acquiesce et coupe l’eau du robinet avant de rejoindre Max qui est en train de détacher les menottes des chaînes. Je lâche un soupir de soulagement lorsque la pression sur mes bras disparaît. Aussitôt, je bondis en avant et donne un grand coup de tête dans le nez de Jim. Ce dernier pousse un cri de douleur, mais ne se laisse pas démonter. Il m’empoigne et avec Max, ils me soulèvent du sol pour m’amener jusqu’à la baignoire.

Je me débats, mais ils n’ont aucun mal à me plonger la tête la première dans l’eau glacée. N’ayant pas eu le temps de prendre une grande inspiration, je m’étrangle et avale de l’eau. Les deux hommes me relèvent alors par les épaules et je crache le liquide glacial par la bouche et le nez.

— Je répète ma première question : qu’est-ce que tu viens faire ici ?

— Je vais tous vous buter, réponds-je le souffle saccadé.

— Mauvaise réponse.

Jim me soulève et pose une main sur ma tête pour la plonger à nouveau dans la baignoire. Cette fois, je prends une grande inspiration, puis je fais le vide dans ma tête. Dans ces cas-là, surtout ne pas paniquer et ne pas gaspiller d’énergie inutilement. Juste se concentrer sur l’essentiel : la respiration.

Voyant que je ne bouge pas, ils me sortent à nouveau de l’eau.

— D’où viens-tu ? répète Max.

— De ton cul.

Ce n’est pas très élégant, mais c’est la première réponse qui m’est venue à l’esprit. L’homme lève les yeux au ciel et fait signe à Jim de me replonger la tête dans l’eau. Leur petit manège dure encore une dizaine de minutes, sans obtenir la moindre réponse de ma part. Excédés, Max et Jim me rassoient sur la chaise et restent un moment à me regarder.

— Ça y est ? les nargué-je en toussant. Vous n’avez plus de questions ?

Le poing de Jim s’écrase contre ma lèvre qui éclate. Aussitôt un goût de fer se répand dans ma bouche.

— Je dois reconnaître que tu as une bonne droite, continué-je, la mâchoire endolorie. T’étais boxeur dans une vie antérieure ?

Les deux hommes se détournent et rassemblent leurs affaires avant de se diriger vers la sortie.

— Quoi ? Déjà ? Juste au moment où ça devenait intéressant…

Max s’arrête pour me regarder par-dessus son épaule.

— Nous avons tout notre temps pour te faire parler. Ça viendra tôt ou tard.

Ils sortent enfin de la pièce en me jetant un dernier regard par le hublot. Je ferme les yeux. Putain ce que c’est dur de donner le change. S’ils avaient continué plus longtemps, j’aurais probablement parlé. Peut-être pas pour dire ce qu’ils voulaient entendre, mais j’aurais parlé.

Mon corps se met à trembler sous le contrecoup de ce que je viens de subir et l’eau glaciale qui dégouline le long de mes cheveux et de mon visage me fait claquer des dents. Sous mes paupières closes, les larmes se pressent et je dois me mordre la langue pour me retenir. Allez, tu vaux mieux que ça. Peut-être, mais ce n’est pas pour autant que c’est une partie de plaisir.

Max et Jim reviennent me voir à plusieurs reprises, sans plus de succès. J’ai eu le temps de me blinder un peu plus avant leur retour.

— Pourquoi tu les as tués ? s’énerve Jim en m’envoyant pour la dixième fois son poing dans l’abdomen.

— Va te faire… foutre, suffoqué-je.

S’il continue, ce con va vraiment finir par me péter une côte. Voyant que je le défie toujours du regard malgré la douleur, l’homme ouvre une trousse en cuir souple pour la déplier sur la table en métal. Je ne vois pas ce qu’elle contient, mais je doute que ça me plaise. Il revient vers moi avec des aiguilles qu’il fait jouer entre ses doigts. Je confirme : ça ne me plaît pas.

— Tu sais à quoi ça sert ? me demande-t-il, un sourire froid affiché sur les lèvres.

— Oui.

— Ah, fait-il l’air un peu déçu.

Jim s’approche de moi et prend une de mes mains entre les siennes. Mon rythme cardiaque s’accélère alors qu’il pose une des aiguilles en métal sur le bout de mon index. Je sais ce qui m’attend et ça fait un putain de mal de chien, cette merde.

Alors que l’homme appuie de plus en plus fort et qu’il s’apprête à m’enfoncer l’aiguille sous l’ongle, la porte s’ouvre en grand, laissant la place à Djibril.

— Tiens, mon super pote Djibril ! m’exclamé-je malgré les sueurs froides qui s’emparent de moi.

— Les gars, stoppez tout, déclare-t-il. On a reçu les analyses et elle est déjà dans nos fichiers.

— Et alors ? grogne Max.

— Et alors, elle fait partie du programme Rémanence.

— Et alors ? répète Jim.

— Vous êtes lourds, s’impatiente Djibril. On ne doit pas l’abîmer avant la venue de Stephen Kraeffer.

À l’énonciation de ce nom, mon sang se fige dans mes veines. Putain de merde... Pas ça... Des étoiles dansent autour de mon champ de vision et j’entends à peine la question suivante. Je suis dans une putain de merde noire.

— Stephen Kraeffer ?

— Oui, Max. Tu m’as bien entendu. Stephen Kraeffer. Donc remballez vos affaires, c’est fini pour aujourd’hui.

Djibril sort aussitôt, laissant ses deux collègues perplexes.

— Pourquoi se déplacerait-il jusqu’ici ? demande Max à Jim.

— Qu’est-ce que j’en sais ? Et c’est quoi cette histoire de programme Rémanence ? Tu en as entendu parler, toi ?

— Non, c’est la première fois. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il vaut mieux éviter de contrarier Kraeffer.

— Il ne ferait qu’une bouchée de vous, approuvé-je dans un murmure.

— Toi, ferme-la ! s’écrie Jim en me décochant un revers de main bien senti. Djibril ne veut pas qu’on t’abîme, pas de soucis. On ne t’abîmera pas. Enfin, pas beaucoup…

Max laisse échapper un rire qui ne me rassure pas vraiment.

Malgré tout, les deux hommes rangent leur matériel et sortent de la pièce, me laissant enchaînée à ma chaise à la seule lueur de la lumière qui émane du hublot de la porte.

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