Se connecterROMYLe silence de l’immense hall d’entrée contraste violemment avec le tumulte de mes pensées. À peine ai-je franchi le seuil de l’hôtel particulier que l’atmosphère glaciale des lieux m’enveloppe comme un linceul. Mon cœur bat la chamade contre mes côtes, mais je force mes traits à rester lisses, neutres, presque apathiques. J'espère que personne ne s'est rendu compte de mon absence, mais comme je suis tout le temps, ou presque, confinée dans cette chambre, je pense que non.Je gravis les marches jusqu’au premier étage sur la pointe des pieds, sans faire le moindre bruit, essayant de paraître la petite chose brisée qu’ils croient avoir façonnée. Mais, arrivée au niveau de ma porte, je m’arrête net.Elle est grande ouverte.Elena est là. Elle est adossée au chambranle, une silhouette sombre dans la pénombre de la pièce, un sourire mauvais étirant ses lèvres rouges. Ses yeux, d’une dureté insoutenable, se fixent sur moi dès que je tourne l’angle du couloir.Je n’ai pas le temps de réa
ROMYLe bruit de la brasserie s’éteint autour de moi, remplacé par un sifflement aigu dans mes oreilles. Les révélations d’Emelyne tournent en boucle dans mon esprit. Elle tient sa vie entre ses mains. Caleb Wright, l’homme invincible, le titan de la haute joaillerie devant qui tout le monde tremble, est en fait un homme traqué. Un homme qui s’est laissé passer la laisse au cou par le fantôme de son passé.— Romy ? Ça va ? Tu es encore plus blanche qu’avant, s’inquiète Emelyne en passant une main devant mes yeux. Tu ne touches pas à ton jus de fruits. Tu es sûre que ton petit ami s’occupe bien de toi ?— Oui... oui, pardon, balbutie-je en me forçant à boire une gorgée pour lui donner le change. C’est juste... la fatigue du premier trimestre. Et puis, cette histoire est dingue. C’est fou de se dire qu’un homme comme lui cache ce genre de secret.— Ne m’en parle pas. S’il y a le moindre scandale, si la réputation de la maison Wright est entachée, les contrats de distribution et les four
ROMYNon. Je ne vais pas retourner sagement dans mon trou. Il faut absolument que je voie Caleb, que je lui dise ma façon de penser. Je ne suis pas une domestique et, quand bien même je le serais, j'estime avoir droit au respect. Cette pétasse n'a pas à me traiter de la sorte.Je tourne le dos à Elena alors qu’elle hurle encore ses menaces sur mes horaires de sortie. Ses cris glissent sur moi. Je marche d’un pas rapide, presque automatique, vers la maison. Je descends dans ma chambre, me change pour une tenue plus confortable, attrape une paire de baskets, un sweat à capuche et je me tire d'ici.Je prends mon sac et je sors en veillant à ce que personne ne me voie. Je me glisse par la cuisine, puis vers la grille du fond du parc, celle que les employés utilisent. Personne ne m’arrête. Personne ne fait attention à la silhouette effacée qui s’esquive dehors, un vieux manteau jeté sur les épaules pour cacher mon ventre qui commence subtilement à s’arrondir.Je ne réfléchis pas. Je prends
ROMYDeux semaines.Quatorze jours à compter les rainures du plafond, à écouter le silence de mort de cette aile Est qui est devenue mon tombeau. Quatorze jours que je n'ai pas revu Caleb. Pas une fois. Il ne descend jamais ici, respectant sa propre sentence : elle n’existe pas. Parfois, tard la nuit, j'entends le vrombissement de sa voiture dans la cour, ou le bruit sourd de ses pas à l'étage supérieur, et mon cœur, ce traître, se serre encore. Mais la haine a lentement remplacé la douleur.Au début, j'ai forcé chaque bouchée. Je me battais pour les nutriments, pour que ce petit être en moi ait toutes ses chances. Mais la cellule a fini par user ma résistance. L'isolement est un poison lent qui ronge l'appétit et détruit le moral.Aujourd'hui, devant la énième box rigide et insipide déposée par Mme Dumont, la nausée est plus forte que ma volonté. L'odeur même du plastique me soulève le cœur. D'un geste mécanique, presque hypnotique, je me lève, j'emporte la barquette dans la salle de
ROMYJe suis assise sur le bord du lit, les yeux fixés sur les murs gris de ma nouvelle chambre, lorsque la porte s’ouvre avec une violence qui me rappelle les pires heures de mon passé. Je m’attends à voir Caleb. Je m’attends à une explication, un éclair d’humanité.C’est Elena qui entre.Elle n’attend pas d’être invitée. Elle referme la porte d’un coup de talon et s’avance vers moi, ses yeux émeraude brillant d’une fureur contenue. Le luxe de ses bijoux et la perfection de son maquillage contrastent cruellement avec la pauvreté de ma détresse.— Alors comme ça, on refuse de se nourrir ? lance-t-elle, sa voix cinglante comme un coup de fouet dans le silence de la pièce.Je me lève lentement, tentant de rassembler le peu de dignité qu’il me reste, une main instinctivement posée sur mon ventre pour faire rempart.— Qui vous permet d’entrer ici ? C’est ma chambre.— Ici, tout appartient à Caleb, et ce qui appartient à Caleb m’appartient, réplique-t-elle avec un cynisme écœurant. Alors é
CALEBJe reste figé un long moment au milieu de la pièce, les poings si serrés que mes ongles entrent douloureusement dans ma chair. Si j’y vais, si je m’interpose physiquement maintenant, Elena comprendra instantanément l'emprise absolue que Romy a sur mon cœur, et elle s'en servira comme d'un levier destructeur pour briser le contrat et détruire sa vie. Je dois la laisser gérer. Je dois rester ici, dans le noir de mon impuissance, et faire confiance à la fierté farouche de Romy pour lui tenir tête. Que Dieu me pardonne.Je m’effondre sur mon fauteuil en cuir, le regard désespérément rivé sur le bois sombre de la porte. Les minutes s'écoulent comme des heures, lourdes, suffocantes. Au bout du couloir, Elena est en train de la détruire, d'utiliser mes propres mensonges de midi pour achever de la briser. Et moi, le grand Caleb Wright, l'homme devant qui les plus grands fonds d'investissement de la capitale tremblent, je suis réduit à l'impuissance la plus totale, prisonnier de ma propr







