LOGINLysandraNous arrivons à la capitale au crépuscule, quand le soleil descend derrière les remparts comme une boule de feu qui se noie dans l'horizon, quand les ombres s'allongent sur les pavés comme des doigts de spectres, quand les lanternes s'allument une à une dans les rues comme des étoiles tombées du ciel.La ville est immense.Je n'ai jamais rien vu de tel. Des murs de pierre grise qui s'élèvent vers le ciel comme des falaises, des tours qui griffent les nuages comme des doigts osseux, des rues grouillantes de vie, de bruit, d'odeurs, des milliers de personnes qui vont et viennent, qui rient, qui crient, qui vivent, et je les regarde avec des yeux écarquillés, avec une curiosité que je voudrais cacher, avec une fascination que je ne peux pas nier.Hauterive était un village de trois cents âmes, un village de paysans et d'artisans, un village où tout le monde se connaissait, où tout le monde s'entraidait, où tout le monde vivait dans
Il insiste. Il murmure des mots que je n'écoute pas, des mots de paix, des mots de pitié, des mots qui me révoltent, et je crache dans l'outre, je crache ma haine, ma rage, ma soif de vengeance, je crache tout ce que j'ai dans le cœur et dans l'âme.Il lève la main pour me frapper. Je ne recule pas. Je ne ferme pas les yeux. Je le regarde, ce soldat, ce bourreau, cet homme qui va me frapper, et je souris, parce que je n'ai plus rien à perdre, parce que la douleur n'est qu'une vieille amie, parce que la mort serait une délivrance.— Non, dit la voix du roi, venue de nulle part, venue de partout, venue du ciel et de la terre et de mes cauchemars.Le soldat se fige. Se retourne. Valdren est là, à quelques pas, descendu de cheval sans que personne ne l'entende, sans que personne ne le voie, et il s'approche, prend l'outre des mains du soldat, et me la tend lui-même, ce roi, ce conquérant, cet homme qui a détruit ma vie, il me tend une outre d'eau comme si c'ét
Valdren ne bouge pas. Son visage reste impassible, un masque de marbre, un masque de roi, un masque qui ne laisse rien paraître de ce qu'il pense, de ce qu'il ressent, de ce qu'il désire, mais quelque chose change dans ses yeux, quelque chose s'allume dans ses prunelles d'acier, une lueur, une faim, une étincelle de quelque chose que je ne comprends pas encore mais que je comprendrai plus tard, beaucoup plus tard, quand il sera trop tard pour fuir, quand il sera trop tard pour se défendre, quand il sera trop tard pour tout.— Relevez-la, ordonne-t-il.Sa voix est calme, basse, contrôlée, la voix d'un homme qui n'a pas besoin de crier pour être obéi, la voix d'un homme qui sait que le monde entier se pliera à sa volonté, et cette voix roule dans ma poitrine comme un grondement de tonnerre lointain, comme une promesse de tempête, comme un avertissement que je refuse d'entendre.Des mains me tirent debout, des mains brutales qui ne connaissent pas la douceur, qui ne connaissent que la vi
Je ne vois pas son visage, la distance et les flammes me le cachent, mais je sens son regard, ce regard qui me transperce comme une lame, qui me fouille jusqu'à l'âme, qui me dépouille de tout ce que j'ai essayé de cacher, et je frissonne malgré moi, malgré la chaleur de l'incendie, malgré la rage qui me consume, parce que ce regard n'est pas un regard ordinaire, c'est le regard d'un homme qui a l'habitude de posséder, de conquérir, de prendre, et je sais, avec une certitude absolue, que cet homme ne me lâchera plus jamais.— Aldric, je murmure, les lèvres dans la boue, les lèvres dans le sang, les lèvres dans la mort.Mon frère. Où est mon frère ?Des mains brutales me saisissent par les cheveux, des mains qui tirent, qui arrachent, qui font crisser mon cuir chevelu, et je me sens soulevée du sol comme un pantin désarticulé, comme une poupée de chiffon qu'on jette dans un coin, et je hurle, non de douleur mais de rage, de cette rage qui ne me quittera jamais, qui est devenue mon souf
Le Sceau de la ConquêtePour briser l'orgueil des maisons rebelles, le roi Valdren arrache leurs filles à leurs terres et les jette en servitude à sa cour. Mais parmi elles, Lysandra de Hauterive, l'héritière la plus fière du royaume déchu, refuse de plier. Elle devient alors sa proie de prédilection , le symbole vivant de sa victoire, et le sujet de sa leçon la plus impitoyable : celle de l'obéissance absolue.LysandraLe fer chante contre le fer et je souris, parce que dans le vacarme de la nuit, dans le crépitement des flammes qui dévorent les toits de chaume de mon village, dans les cris de mes voisins qui s'égorgent les uns les autres dans la boue, il n'y a que ce son-là qui compte, ce chant métallique de l'acier qui mord l'acier, cette musique de mort que je connais depuis que je suis enfant et qui me fait me sentir vivante comme rien d'autre ne saurait le faire.La lame de mon sabre mord la gorge du premier soldat avant qu'il n'ait le temps de crier, et je sens sous mes doigts
LinaJe passe mon diplôme.La dernière épreuve. La soutenance. Devant le jury, debout au bas de l'amphithéâtre B, notre amphi, mon mémoire à la main, et je parle d'anatomie avec l'assurance de quelqu'un qui a eu le meilleur professeur du monde, de toutes les façons possibles. Les mots sortent facilement, clairement, précisément. Je connais mon sujet. Je le connais par cœur. Littéralement. Chaque muscle, chaque nerf, chaque os, chaque articulation, je les ai appris avec lui. Sur lui. En lui. Et aujourd'hui, je les présente au monde.Il est là, dans le jury. Monsieur Hartman. Assis derrière la grande table, entre le président du jury et une professeure de physiologie. Il ne me regarde pas comme il me regarde d'habitude. Pas de flamme dans ses yeux. Pas de faim. Juste un regard professionnel, neutre, attentif. Mais je le connais trop bien. Je vois la façon dont ses doigts se serrent sur son stylo. Je vois la façon dont sa mâchoire se contracte quand







