FAZER LOGINMais cette fois, je l'entends. Clairement. Distinctement. Définitivement.Et puis tout s'arrête.La vision se déchire. Je suis projetée en arrière, loin de la salle en feu, loin des corps et des cendres, loin du sourire et du nom murmuré. Je traverse un tunnel de lumière violette et noire, un vortex de douleur et de vide, et je retombe lourdement sur le lit de pierre.Mes yeux s'ouvrent. La chambre est toujours là. La lumière bleutée est toujours là. La pierre noire palpite toujours, indifférente à ce que je viens de vivre.Mais moi, je ne suis plus la même.Je m'assois dans le lit. Mon cœur bat si vite que je le sens dans mes tempes, dans mon cou, dans mes poignets. Ma respiration est sifflante, heurtée, comme si j'avais couru pendant des heures. Mes mains tremblent si fort que je ne peux pas les contrôler. Et sur mon av
DéesseCela fait trois jours que je n'ai pas quitté la chambre. Trois jours ou ce qui passe pour des jours sans ouvrir la porte, sans arpenter les couloirs, sans répondre aux appels de Kael ou aux sollicitations silencieuses de la cité. Trois jours assise sur ce lit de pierre, les genoux repliés contre la poitrine, à regarder la lumière bleutée danser sur les murs sans vraiment la voir.Mais aujourd'hui, c'est différent. Aujourd'hui, la marque sur mon avant-bras me fait mal. Pas une douleur sourde, pas la brûlure habituelle. Une douleur aiguë, insistante, qui pulse au rythme de la pierre noire, qui lance des décharges électriques dans tout mon bras, qui remonte jusqu'à mon épaule, jusqu'à mon cou, jusqu'à ma tempe.La marque veut quelque chose. Elle veut mon attention. Elle veut que je la touche.Je résiste aussi longtem
Je ne dis rien. Que pourrais-je dire ? Il n'y a pas de mots pour ce genre de confession. Il n'y a que le silence, lourd, épais, chargé de tout ce qu'on n'a jamais osé se dire.— Et maintenant, elle recommence à se souvenir, reprend Eryon. Les fragments. Les visions. Les cauchemars. Et bientôt, elle se souviendra de tout. Et quand elle se souviendra de tout…— Elle meurt, dis-je. Ou elle redevient ce qu'elle était.— Les deux. Probablement les deux. Dans cet ordre ou dans l'autre.Il se redresse, se retourne vers moi. Ses yeux aigus sont noyés de larmes qu'il refuse de verser.— Tu ne comprends pas la gravité de la situation, Kael. Tu n'as jamais compris. Tu vois le danger immédiat , les assassins, la Silencieuse, les ombres dans les couloirs. Mais le vrai danger, il est en elle. Il est dans cette marque qu'elle porte à l'avant-bras. Il
La mémoire brisée ne se répare pas. Elle se recolle, morceau par morceau, avec de la douleur pour ciment et du chagrin pour colle. Et ce qu'elle reconstitue n'est peut-être pas la vérité – juste une version de la vérité. Une version fragmentaire, subjective, impossible à vérifier.Mais c'est tout ce que j'ai. C'est tout ce que je suis. Des fragments. Des miettes. Des éclats.Et je dois apprendre à vivre avec. Ou à en mourir.KaelLa tour d'Eryon est silencieuse ce soir. Plus silencieuse que d'habitude, je veux dire. D'habitude, il y a toujours un bourdonnement, une vibration, le bruit de fond de ses expériences magiques qui tournent en boucle. Mais là, rien. Le silence est total, épais, presque menaçant. La pierre noire des murs ne palpite même plus. Comme si la tour elle-même retenait son souf
Je m'effondre contre le mur, les jambes coupées, le souffle rauque. Mon corps glisse jusqu'au sol. Je reste là, recroquevillée, les mains en sang, les joues mouillées de larmes.Je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus ce que je suis. Suis-je la victime ou le bourreau ? La déesse ou le démon ? La femme qu'on aime ou celle qu'on craint ?Peut-être les deux. Peut-être toutes. Peut-être aucune. Peut-être que la vérité est pire que mes pires cauchemars, pire que mes plus terribles visions.La porte s'ouvre. Je ne l'entends pas, mais je la sens. Un courant d'air. Un changement infime dans la pression de la pièce.— Déesse.La voix de Kael. Rauque, grave, chargée d'inquiétude. Il a dû entendre mes cris. Il a dû accourir. Toujours là. Toujours prêt à me sauver – ou à m'enfermer, se
DéesseJe ne dors plus. Ou peut-être que je dors tout le temps, mais sans m'en rendre compte. Les frontières entre la veille et le sommeil sont devenues si poreuses que je ne sais plus quand je rêve et quand je vis. La chambre de pierre noire n'est plus un refuge , c'est un théâtre où se jouent en boucle des scènes que je ne comprends pas, des fragments de mémoire qui ne m'appartiennent pas, des émotions qui me traversent comme des courants électriques.Aujourd'hui , si c'est aujourd'hui , je suis assise sur le lit, les genoux repliés contre la poitrine, les bras serrés autour des jambes. La position du fœtus. La position de celle qui essaie de se protéger du monde extérieur, mais qui ne peut rien contre le monde intérieur. La lumière bleutée danse sur les murs, indifférente à mon désarroi. La pierre noire r
Je ne réponds pas. Mon silence est un aveu, et il le sait.— Des cauchemars de feu, poursuit-il. De destruction. De cité en flammes. De Kael à genoux. De tours qui s'effondrent. De corps qui tombent.Mon sang se glace dans mes veines. Il sait
DéesseMais je sais une chose.Je ne peux plus faire confiance aveuglément.Ni à Kael, malgré ce que mon corps ressent pour lui.Ni à Eryon, malgré ses airs polis et ses explications rationnelles.Ni à la Silencieus
Je la regarde. Elle me regarde. Elle semble presque vivante, presque consciente, comme un œil tatoué sur ma peau qui observerait le monde avec moi. Ou qui me jugerait. Ou qui attendrait quelque chose de moi.Je ne sais pas ce qu'elle signifie.Je ne sais pas
Elle se lève. Le miroir liquide se dissout derrière elle en une pluie de gouttelettes qui retombent au ralenti, comme des larmes inversées, comme des perles de pluie qui remonteraient vers le ciel.— Dors, ma colombe. Dors et rêve. Rêve







