ログインDéesse
Lyra est dans mes bras, complète, vivante, chaude contre ma poitrine. Ses sanglots se sont apaisés, remplacés par une respiration régulière, presque paisible. Ses doigts minuscules sont agrippés à ma robe comme ils l'étaient dans la caverne, mais cette fois, ils sont solides. Réels. Humains. Je sens son cœur battre contre le mien, et ce battement est la plus belle musique que j'aie jamais e
EryonJe passe la journée à préparer la salle.Dès l’aube, les mages secondaires évacuent tout ce qui ne servira pas. Nous laissons le cristal au centre du dallage runique. Nous laissons le socle du bâton, un peu à l’écart. Nous laissons quelques colonnes basses où poser des lampes rituelles. Nous laissons les cercles gravés dans le sol par les architectes anciens, ceux qui datent d’avant la chute et qui étaient prévus pour contenir des flux immenses.Puis j’écris.Je passe des heures accroupi sur les dalles, à tracer à la craie noire, autour du cristal, les syllabes du vrai nom de Maëva. Chaque signe doit être posé exactement. Chaque angle doit être précis. Chaque courbure doit chanter avec sa voisine. Une erreur suffirait à retourner le rituel contre nous.Mes genou
Je ne réponds pas.Il continue, sans hausser le ton.— Elyndor ne survivra pas à des années de plus de cette dérive. Le peuple sent qu’il se passe quelque chose. Il n’y a pas de repos possible tant qu’elle est là. Nous avons trois choix. La détruire, et perdre la cité. La garder telle quelle, et perdre les âmes. Ou la guérir, et perdre une part de la reine.Ma voix descend.— Je ne peux pas perdre encore une part d’elleIl ne répond pas tout de suite.Puis :— Tu ne la perdras pas.Je le regarde.Il ajoute, très doucement :— C’est une part de sa magie. Pas d’elle. Elle sera plus douce, plus intime, moins terrifiante. Mais elle restera elle. Elle sera même, si tu veux mon avis, plus elle-même qu’elle ne l’a jamais été.Je
Il sourit à peine. Un sourire sombre.— Toute ma vie, on m’a dit que je ne serais jamais assez pour toi. Trop humain. Trop mortel. Trop simple. À côté de la Déesse.Il tourne légèrement la tête vers moi.— Demain, ce ne sera plus vraiJe le regarde longuement.Il y a de la douleur dans ses yeux. Il y a aussi, à côté, quelque chose que je ne saurais nommer autrement que par de la reconnaissance.Il continue.— Je ne t’ai pas aimée parce que tu étais la Déesse. Je t’ai aimée parce que tu étais toi. Peut-être même malgré la Déesse.Il baisse un instant les yeux.— Que tu perdes cela ne me prive de rien. Ça me rapproche.Je ferme les yeux.Ces mots-là, je les attendais sans le savoir.Je murmure :— Je ne voulais pas que ce soit toi qui m’en libèresIl incline la tête.— Ce n’est pas moi qui te libèreIl pose sa main sur la mienne.— Tu te libères toi-même. Je regarde. Je reste.Le silence dure longtemps.Puis je me redresse, doucement. Je pose un baiser sur sa tempe.— Reste ainsi jusqu’
DéesseJe ne dors pas.Je reste assise contre le pilier, dos à la pierre, face au cristal et au bâton, pendant la plus grande partie de la nuit. La salle du conseil intérieur est silencieuse. Les scellés bourdonnent à peine autour du cristal, comme un essaim endormi. La lumière violette pulse doucement, presque à mon rythme. Le bâton, sur son socle, semble respirer avec moi.Je choisis de méditer.Ce n’est pas la méditation apaisée des maîtres de l’Ordre du Nord. Ce n’est pas non plus la transe brûlante des Élus. C’est quelque chose de plus modeste. Je m’assieds droite. Je ferme les yeux. Je respire lentement. Et je me laisse descendre.Je descends dans ma propre magie comme on descend dans un puits que l’on connaît trop bien.Sous ma peau, la première couche : ma volonté quotidienne. Celle qui me fait tenir debout, parler, décider. Rien d’extraordinaire. Une braise ordinaire.En dessous, une seconde couche : ma tendresse. Ce qui, en moi, veut protéger Kael, Eryon malgré tout, la vill
DéesseLa cité entière retient son souffle.Elle ne sait pas exactement ce qui se prépare. Elle sait seulement que quelque chose de grave se rapproche. Les gardes ont resserré leurs patrouilles autour du palais. Les mages traversent les couloirs à toute heure, chargés de rouleaux, de fioles, d’objets rituels. Les servantes murmurent. Les enfants ne rêvent plus autant de la dame qui pleure : je l’ai fait couvrir chaque foyer d’un scellé personnel d’Eryon dès qu’un signalement m’est parvenu.Le silence de Maëva, dans le cristal, s’est fait plus lourd depuis deux jours.Elle sent.Je m’attendais à ce qu’elle sente.Le rituel ne peut plus attendre longtemps.À la fin de la deuxième journée, je réunis les principaux acteurs dans la salle du conseil intérieur, autour
Je sors sans répondre.Dans le couloir, la lumière bleutée pulse doucement. Elle est un peu plus vive qu’elle ne l’était il y a une semaine. Les mages ont commencé à réactiver certaines veines minérales que l’on croyait mortes. Le peuple, à sa manière, commence à croire à quelque chose d’autre que sa propre peur.Je porte tout cela.Dans trois jours, je dois entrer dans une salle circulaire et tenir un bâton noir dans une main, pendant que je consumerai une partie de moi-même pour tenter de guérir la femme qui a détruit ma cité.Et il faudra que, cette fois, il n’y ait pas d’effacement.Aucun refuge.Aucune amnésie de secours.Rien que la vérité en face.Je hoche la tête, seule dans le couloir, avec une gravité que personne ne voi
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais
DéesseAprès le départ de la Silencieuse, je reste assise sur le lit sans bouger.Longtemps.Très longtemps.Le temps passe — je ne sais pas combien. Les heures n'ont pas de sens, ici. La lumière bleutée ne change pas d'intensité. La pierre noire ne se réchauffe ni ne refroidit. Le monde, dehors, p







