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CHAPITRE 4 — Le vide dans la mémoire

ผู้เขียน: Les plumes de Jenn ink
last update วันที่เผยแพร่: 2026-05-12 23:59:07

Déesse

Après le départ de la Silencieuse, je reste assise sur le lit sans bouger.

Longtemps.

Très longtemps.

Le temps passe — je ne sais pas combien. Les heures n'ont pas de sens, ici. La lumière bleutée ne change pas d'intensité. La pierre noire ne se réchauffe ni ne refroidit. Le monde, dehors, pourrait s'être effondré que je ne le saurais pas.

Le fruit violet repose intact à côté de moi. La coupe de métal noir a cessé de fumer. Le pain est devenu dur.

Je n'ai pas faim.

J'ai autre chose.

Une urgence. Une brûlure. Un besoin viscéral, primal, incontrôlable — comme l'envie d'arracher sa propre peau pour voir ce qu'il y a en dessous.

Je ferme les yeux.

Le noir, d'abord. Un noir total, absolu, sans lumière bleutée, sans reflets, sans rien. Puis, peu à peu, l'espace intérieur se dessine — un grand théâtre vide. Les fauteuils sont là, alignés en rangs serrés, attendant des spectateurs qui ne viendront jamais. La scène est nue. Les projecteurs sont éteints. Les rideaux sont tombés, ou plutôt ils n'ont jamais été levés.

Quelqu'un a emporté les décors. Quelqu'un a effacé les répliques. Quelqu'un a vidé les costumes. Quelqu'un a fait le ménage dans ma tête avec une brutalité méthodique, comme on brûle une forêt pour qu'elle repousse différente.

Pour la première fois depuis mon réveil, je ne cherche pas à éviter le vide.

Je plonge dedans.

Je descends les escaliers invisibles. Je traverse les couloirs qui n'existent pas. Je m'enfonce dans l'espace où ma mémoire devrait se trouver — ce grand théâtre vide où quelqu'un a éteint toutes les lumières et emporté les décors.

Rien.

Mais pas un rien tranquille. Pas un rien paisible, comme une page blanche pleine de promesses.

Un rien actif. Un rien agité. Un rien qui grince et qui bouge sous mes doigts, comme un plancher pourri sous les pas d'un visiteur imprudent. Un rien qui respire, qui palpite, qui me regarde avec des yeux que je ne vois pas mais que je sens.

Comme si ce qui avait été effacé n'était pas vraiment parti.

Juste retourné.

Renversé.

Caché sous un tapis trop lourd pour que je le soulève seule. Enterré sous des tonnes de silence et d'oubli volontaire. Mais pas parti. Pas vraiment.

Non. Pas vraiment.

— Montre-toi.

Ma voix intérieure est plus forte que je ne l'imaginais. Elle ne supplie pas. Elle ordonne.

Rien.

Le vide me regarde. Attends. Sourit, peut-être. Je ne sais pas. Je ne peux pas savoir. Le vide n'a pas de bouche pour sourire, mais je sens son amusement. Sa patience. Sa certitude que je vais échouer.

— Montre-toi, bordel.

Rien.

Je serre les poings dans ma tête. Je creuse les ongles dans les fauteuils vides. Je frappe du pied sur les planches pourries de ce théâtre abandonné.

Rien.

Alors je change de tactique.

Je ne cherche plus avec des mots. Les mots sont trop lents, trop lourds, trop humains. Je cherche avec cette chose qui habite ma poitrine — cette douleur qui n'est pas une douleur, cette présence qui n'est pas une présence, cette mémoire qui n'est pas une mémoire.

Je la prends à pleines mains mentales.

Et je l'enfonce dans le vide.

L'impact est brutal.

Une image. Brève. Cinglante. Comme un coup de fouet sur la peau nue.

Une main.

La mienne, je crois. Les doigts sont longs, fins, couverts de bagues que je ne reconnais pas. Mais c'est ma main. Je le sais. Je le sens. L'os, la chair, la courbe des phalanges — tout cela m'appartient.

Cette main est couverte de sang.

Du sang qui n'est pas le mien.

Il coule entre mes doigts en rigoles épaisses, chaudes, presque vivantes. Il goutte sur un sol que je ne vois pas. Il fait des bruits de pluie sur des dalles que j'imagine noires.

L'image se déchire.

Je reste pantelante, le souffle coupé, le cœur cognant contre mes côtes comme un prisonnier contre les barreaux de sa cellule.

— Encore.

Le mot sort de ma bouche , ma vraie bouche, pas ma bouche intérieure. Il résonne dans la chambre de pierre, et la lumière bleutée vacille.

Je replonge.

Une autre image.

Un rire.

Un rire chaud, presque enfantin, comme une clochette qu'on agiterait dans un couloir vide. Un rire que je reconnais sans savoir à qui il appartient. Un rire qui me fait sourire et pleurer en même temps , si c'est possible, et ici, dans ce théâtre vide, tout est possible.

L'image s'étire. Le rire continue. Et derrière lui, en contrepoint, quelque chose de terrible. Une ombre. Une menace. Un visage que mon esprit refuse de montrer, mais que ma chair, elle, connaît.

Un visage que j'ai aimé.

Un visage que j'ai trahi.

Un visage que j'ai tué.

L'image se tord.

Une douleur fulgurante traverse ma tempe. Je serre les dents. Je ne cède pas. Je ne remonte pas. Je reste dans l'enfoncement, dans le noir, dans le vide qui n'en est pas un.

Une autre image.

Une chute.

Pas moi qui tombe. Non. Je suis debout. Je regarde.

Le monde qui tombe.

Le ciel qui se déchire en deux comme une étoffe trop usée, trop fragile, trop vieille pour contenir ce qu'elle était censée contenir. Derrière la déchirure, il n'y a pas d'étoiles. Pas de vide. Pas de néant.

Il y a quelque chose.

Quelqu'un.

Un visage.

Je ne vois pas ses traits. Ils sont flous, brouillés, comme regardés à travers une vitre embuée. Mais je le sens. Je le sais. Je le connais.

Ce visage, je le hais.

Ce visage, je l'aime.

Ce visage, je l'ai cherché toute ma vie sans savoir que je le cherchais.

— Arrête.

Ma voix est brisée. À l'intérieur comme à l'extérieur.

— Arrête, je t'en supplie.

Les images cessent.

Mais les émotions, elles, restent.

Elles collent à mes paumes, à ma gorge, à l'intérieur de mes paupières. Elles sont partout. Elles sont moi, maintenant. Elles ont toujours été moi, même quand je ne m'en souvenais pas.

Tristesse.

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