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CHAPITRE 5 — Le vide dans la mémoire 2

ผู้เขียน: Les plumes de Jenn ink
last update วันที่เผยแพร่: 2026-05-13 00:00:30

Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais qui ne part jamais.

Colère.

Une colère froide. Patient. Méthodique. Une colère qui n'explose pas mais qui creuse. Qui creuse et creuse et creuse, inlassablement, jusqu'à atteindre le cœur du monde, jusqu'à ce que plus rien ne tienne debout, jusqu'à ce que tout s'effondre, et qu'alors seulement elle s'arrête , pour recommencer ailleurs.

Désir.

Un désir chaud, confus, presque honteux. Un désir qui cherche un visage sans le trouver, qui cherche un corps sans le toucher, qui cherche une bouche pour s'y perdre. Un désir qui souffre de cette absence, qui enrage de ce vide, qui hurlerait s'il avait une voix.

Un désir qui ressemble à Kael.

Ou à Eryon.

Ou aux deux.

Ou à aucun.

Je ne sais pas. Je ne peux pas savoir.

J'ouvre les yeux.

La chambre est toujours là. La pierre noire. La lumière bleutée. Le plateau avec le pain dur et la coupe froide. Rien n'a changé. Rien ne changera jamais.

Sauf moi.

Mes mains tremblent. Mes jambes tremblent. Mes lèvres tremblent. Je tremble de partout, secouée par une tempête intérieure que rien ne peut calmer.

— Qu'est-ce que tu m'as fait ?

Je murmure à la pièce vide. À la pierre noire. À la lumière bleutée. À la femme masquée, si elle écoute, et je sais qu'elle écoute.

— Qu'est-ce que vous m'avez tous fait ?

Personne ne répond.

La lumière bleutée palpite doucement, indifférente à ma détresse, à ma rage, à mon désir. Elle palpite et respire et vit , comme si elle se moquait de moi.

Je me lève.

Mes jambes menacent de me trahir. Je m'appuie au mur, sens la fraîcheur de la pierre sous mes paumes moites. Je fais trois pas. Cinq. Dix. Je traverse la pièce, lentement, péniblement, comme une vieille femme.

Je m'arrête devant le mur opposé. Celui sans porte. Celui qui donne sur l'extérieur, sur l'ailleurs, sur le monde que je ne connais pas.

J'appuie mon front contre sa surface fraîche.

La pierre ne me repousse pas.

Elle ne m'accueille pas non plus.

Elle est juste là. Froide. Dure. Silencieuse.

Comme tout, dans ce monde.

Juste là.

— Kael.

Je prononce le nom tout bas, pour voir. Pour sentir. Pour comprendre.

Mon cœur accélère. Mes tempes se serrent. Ma poitrine se gonfle d'un air que je n'ai pas besoin de respirer. La douleur ancienne se réveille — non, elle n'a jamais dormi. Elle était là, tapie, patiente, et mon appel la fait surgir comme un chien fidèle.

— Eryon.

Je prononce l'autre nom. Celui qui gratte ailleurs.

La même chose. Mais différente.

Kael fait battre mon cœur plus vite. Kael fait chauffer mon ventre. Kael fait trembler mes mains d'autre chose que de peur.

Eryon fait autre chose.

Une chaleur. Mais une chaleur étrange, malsaine, presque fiévreuse.

Une méfiance. Une méfiance viscérale, animale, qui me hérisse les poils.

Une familiarité douloureuse. Comme un souvenir d'avoir été trompée sans avoir jamais su par qui. Comme la sensation d'avoir pardonné quelque chose d'impardonnable, et de ne pas savoir si c'est par faiblesse ou par amour.

Je recule du mur.

Mes jambes me portent, difficilement, jusqu'au lit. Je m'effondre dessus plus que je ne m'assois.

Je ne sais pas qui je suis.

Je ne sais pas pourquoi je suis là.

Je ne sais pas ce qu'on attend de moi.

Mais mon corps, lui, sait.

Mon corps connaît Kael. Mon corps connaît Eryon. Mon corps connaît cette chambre, cette lumière, cette douleur qui respire dans ma poitrine.

Mon ventre se noue quand je pense à l'un.

Mes doigts se crispent quand je pense à l'autre.

Mes yeux se ferment quand je pense aux deux en même temps , parce que les voir ensemble, même en imagination, même en mémoire brisée, c'est trop. C'est trop de tout. Trop de peur. Trop de désir. Trop de colère. Trop de ce truc qui n'a pas de nom, qui n'en aura jamais, et qui me dévore de l'intérieur.

Et c'est peut-être ça, le pire.

Savoir que mon esprit est vide , désert, stérile, inutile , mais que ma chair, elle, est pleine.

Pleine de fantômes.

Pleine de cicatrices.

Pleine de souvenirs qui ne sont pas des souvenirs mais qui pèsent aussi lourd.

Je retourne m'asseoir correctement sur le lit. Cette fois, je prends le fruit violet. Je le tourne entre mes doigts. Sa peau est lisse, presque glissante, comme recouverte d'une fine couche de cire.

Je mords dedans.

Le jus explose dans ma bouche. Sucré. Amer. Acidulé. Chaud et froid en même temps.

Comme tout, ici.

Comme Kael.

Comme Eryon.

Comme moi.

Comme tout.

Je mâche lentement, savourant chaque bouchée, chaque goutte, chaque seconde. Je ne sais pas quand je pourrai manger à nouveau. Je ne sais pas si je pourrai.

Je mâche et je pleure , sans larmes, sans sanglots, sans rien. Juste les yeux ouverts et la mâchoire qui travaille, et la douleur dans ma poitrine qui danse, qui danse, qui danse.

Comme si elle attendait le prochain acte.

Comme si elle savait que le pire n'est pas encore arrivé.

Comme si elle avait hâte.

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