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CHAPITRE 125 – L’aube grise

Author: L'encre
last update publish date: 2026-07-19 01:17:33

Ils restèrent longtemps sans parler, assis côte à côte sur le tronc d’arbre couché, à regarder le jour se lever sur la clairière. La brume qui s’accrochait aux branches basses se dissipait lentement, déchirée par les premiers rayons d’un soleil pâle et frileux. Les oiseaux avaient repris leurs chants, indifférents aux drames des hommes, et un écureuil traversa la clairière en trois bonds nerveux, une noisette coincée entre les dents.

Le monde continuait. C’était cela le plus étrange. Après une
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  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 328 – La peur d’Élise

    — Moi non plus. Mais pour aujourd’hui, c’est nécessaire. Juste pour aujourd’hui. Ensuite, on portera plainte, on retrouvera qui a envoyé cette lettre, et on le fera arrêter. Comme on a fait pour Vincent.— Et si on ne le retrouve jamais ?— On le retrouvera. Rebecca est déjà sur le coup. Elle va prendre la lettre, elle va la faire analyser. Et puis, on a survécu à Vincent Delorme. On peut bien survivre à un morceau de papier.Élise baissa les yeux, respira profondément. Les mains de Gabriel étaient chaudes sur ses joues, solides, rassurantes.— Je suis fatiguée, murmura-t-elle. Fatiguée d’avoir peur. Fatiguée de me battre.— Je sais. Moi aussi. Mais aujourd’hui, c’est le dernier combat. Le dernier obstacle. Après, c’est fini. On sera mariés. On vivra notre vie. Sans peur, sans menaces.— Tu y crois ?— Oui. J’y crois. Parce qu’on l’a mérité. Parce qu’on s’est battus. Parce que l’amour, le vrai, il est plus fort que la haine. On l’a prouvé. On le prouvera encore.Élise le regarda, et d

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 327 – La peur d’Élise

    Élise hocha la tête, lentement. Elle regarda la lettre, ce rectangle de papier blanc posé sur la commode, et elle sentit la peur refluer, remplacée par autre chose. De la colère. De la détermination. La même détermination qui l’avait portée pendant toutes ces semaines de prison dorée, toutes ces nuits de doute et d’espoir.— Tu as raison, dit-elle. Il ne mérite pas qu’on pense à lui. Pas aujourd’hui.— Alors on oublie cette lettre, dit Catherine. Et on se prépare.— On se prépare, répéta Hélène.— Et on va faire de ce jour le plus beau jour de votre vie, conclut Rebecca.Élise sourit, et ce sourire, peu à peu, effaça l’ombre qui avait obscurci ses traits. La lettre resta sur la commode, comme un insecte mort qu’on oublie d’écraser. Mais dans l’esprit de Rebecca, une petite alarme continuait de sonner. Elle irait voir Armand tout à l’heure. Elle lui montrerait la lettre. Elle s’assurerait que la sécurité était en place. Parce que si Vincent Delorme avait encore un complice en liberté,

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 326 – L’ombre au matin du mariage

    Le jour s’était levé dans un ciel de soie. Un de ces ciels de septembre qui semblent avoir été lavés par la nuit, d’un bleu pur et profond, sans un nuage. Les tilleuls centenaires du parc bruissaient doucement dans la brise matinale, et les premières lumières du soleil faisaient scintiller la rosée sur les pelouses. Tout était calme, paisible, parfait. Un jour de mariage comme on n’ose pas en rêver.Élise s’était réveillée tôt, le cœur battant d’une excitation joyeuse. Elle avait ouvert les volets de sa chambre, dans la tour ouest, et elle était restée un moment à la fenêtre, à regarder le parc s’éveiller. Aujourd’hui, elle allait épouser Gabriel. Aujourd’hui, tout ce pour quoi ils s’étaient battus, tout ce qu’ils avaient espéré, pleuré, attendu, allait devenir réalité.Catherine était venue la rejoindre, un plateau de petit-déjeuner à la main. Puis Hélène était arrivée, les bras chargés de fleurs. Puis Rebecca, qui avait dormi au manoir pour être là dès l’aube, en tant que demoiselle

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 325 – Le costume de Gabriel

    Il passa dans la cabine, aidé par le tailleur. Armand et Étienne s’assirent côte à côte sur le canapé de cuir, dans un silence un peu guindé.— Tu te souviens de mon costume de mariage ? demanda soudain Étienne.— Oui, répondit Armand. Un costume bleu marine. Trop grand pour toi. Tu l’avais emprunté à ton oncle.— Il était affreux. Hélène m’a dit, des années plus tard, qu’elle avait failli éclater de rire en me voyant arriver à l’église.— Moi, Catherine m’avait obligé à porter un nœud papillon. Je déteste les nœuds papillons.— On était jeunes. On ne savait pas s’habiller.— On ne savait rien, en fait. S’habiller, parler, aimer. On apprenait tout sur le tas.— Et nos enfants, ils apprennent plus vite que nous.— Oui. Beaucoup plus vite.La cabine s’ouvrit, et Gabriel apparut, vêtu du costume de velours bleu nuit. Il se regarda dans le miroir, tourna sur lui-même, l’air incertain.— Alors ? demanda-t-il.Armand se leva, s’approcha, ajusta le col de la veste.— C’est parfait, dit-il. V

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 324 – Le costume de Gabriel

    Gabriel détestait les costumes. Il l’avait toujours dit, et il le répétait à qui voulait l’entendre. Pour lui, un costume, c’était une camisole, un déguisement, une façon de se donner l’air important alors qu’on ne l’était pas. Les seuls vêtements qu’il supportait, c’étaient ses jeans tachés de graisse, ses vieilles vestes de travail, ses blousons de cuir élimés aux coudes. Des vêtements qui avaient vécu, qui avaient travaillé, qui ne mentaient pas.Mais aujourd’hui, il allait se marier. Et pour se marier, il fallait un costume. Pas n’importe lequel. Un vrai costume, qui irait avec la robe d’Élise, avec la cérémonie, avec l’importance du moment. Il l’avait promis à sa mère, il l’avait promis à Élise, et il l’avait surtout promis à lui-même : il serait à la hauteur.Ce qui ne l’empêchait pas de traîner les pieds.La boutique du tailleur était située dans la rue commerçante du centre-ville, entre un cordonnier et une librairie ancienne. Un établissement sérieux, aux boiseries sombres et

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 323 – La robe de mariée

    La robe était sublime. Le crêpe de laine épousait sa silhouette avec une simplicité parfaite, sans l’alourdir, sans la déguiser. Le corsage était légèrement décolleté, les manches trois-quarts, et une fine broderie de fils d’argent courait le long des poignets et de l’ourlet, comme une pluie d’étoiles discrète. Pas de traîne, pas de voile imposant. Juste une robe. Une robe qui faisait d’Élise une mariée, sans l’écraser, sans la transformer en quelqu’un d’autre.Catherine porta une main à sa bouche. Hélène joignit les siennes sur sa poitrine. Aucune des deux ne parla pendant un long moment. Puis Catherine se leva, s’approcha de sa fille, et murmura :— Tu es magnifique.— Vraiment ? demanda Élise, soudain incertaine.— Vraiment. Regarde-toi.Elle la fit pivoter vers le grand miroir. Élise se regarda, et ce qu’elle vit lui coupa le souffle. Ce n’était pas une princesse de conte de fées, ce n’était pas une héroïne de roman. C’était elle. Élise. La jeune femme qui avait tenu tête à son pè

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