Le navire réquisitionné par Hector voguait en direction de Brewan. L’Allion avait subi de trop nombreuses avaries : la coque prenait l’eau et deux mâts s’étaient rompus. Les navires endommagés étaient remorqués jusqu’à l’île d’Ent, située à quelques milles du lieu de la bataille. Là, ils étaient confiés à Erbert et à son équipe. Erbert était un colosse qui avait travaillé sur de nombreux chantiers et arsenaux à travers le monde. Depuis quelques années, le royaume de Windbridge avait passé un contrat avec lui et son équipe. Tous les ans, trente bâtiments sortaient de ses entrepôts. Aujourd’hui, le travail serait différent. Cinquante navires à calfater, remâter !
Le Colonel, bâtiment appartenant à la flotte de Port de l’Eau, emmenait donc Hector, Mandrace, Shaw, Edmond et une dizaine de soldats vers Brewan, lieu de résidence de Louan. Les deux conseillers du roi avaient pu être repêchés à temps. Pour le souverain de Windbridge, il s’agissait de mettre un terme au conflit, en signant un traité de paix. Après la tempête, la mer s’était calmée. Le roi faisait les cent pas sur le pont, tandis que Mandrace se morfondait. Edmond vint frapper à la porte de la cabine du comte.
— Hector vous demande sur le pont, Mandrace, ça m’a l’air urgent.
Cela le sortit de sa morosité.
Il monta sur le pont. Le soleil lui fit cligner des yeux. Hector était accoudé au bastingage à l’arrière du bâtiment. Les mains jointes, il fixait l’horizon d’un air préoccupé. En voyant arriver son subalterne, il essaya de prendre un air détaché.
— Ne vous inquiétez pas trop, Mandrace. Yuan fera des merveilles. Il est connu pour ses dons innés de guérisseur dans le monde entier.
— Je le sais bien, mais Dariann semblait presque mort. Survivra-t-il à quatre jours de navigation ?
— Je ne comprends que trop bien votre anxiété, mon ami, mais un autre point doit être abordé maintenant qui me préoccupe tout autant. Croyez-vous que Louan nous réserve une surprise ?
— Louan a toujours été un loyal sujet, Hector. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais il y a fort à parier qu’il ne tentera plus aucune action contre nous. Il reconnaîtra sa défaite.
— Oui, et cette défaite, c’est à vous qu’il la doit. Je vous dois moi-même beaucoup. Vous avez sauvé mon peuple, ma vie et le royaume.
— Je vous en prie, tout le monde en aurait fait autant.
— Si, comme j’avais tort de le penser, Denys de Sarrat était intervenu, alors la flotte d’Alpèche nous aurait été d’un grand secours. D’ailleurs, elle le fut tout de même. Louan s’est battu avec l’énergie du désespoir. Sa défaite n’a tenu qu’à un fil.
— Oui, il devait être renseigné par quelqu’un de l’intérieur. J’ai confiance en vous tous sur ce navire, alors qui a trahi ? Qui ose s’en prendre à l’unité de ce royaume ?
— Aucune idée, mon roi ! Nous finirons par le découvrir.
— En attendant, allons signer cette paix, conclut Hector.
La discussion était terminée. Hector s’accouda de nouveau, fixant l’horizon.
Après environ dix heures de traversée, le port de Brewan apparut à l’horizon. Aucun bâtiment ne semblait les attendre. Aucune attaque surprise ! Etonné, Hector se tourna vers Mandrace :
— Force m’est d’avouer que vous aviez raison.
Le comte acquiesça. Certes, il en voulait à Louan que cette guerre ait touché son fils, mais il savait aussi que la mort de son beau-frère atteindrait fatalement son épouse. Il ne pouvait lui infliger une telle douleur. Il regarda Hector et vit une expression de vengeance mêlée de détermination se peindre sur son visage.
Deux hommes vinrent au devant d’Hector.
— Louan nous a demandé de vous escorter jusqu’à sa demeure. Si vous voulez bien nous suivre.
Hector acquiesça et Mandrace l’accompagna, tandis que Shaw et Edmond veillaient sur le bateau.
Les quatre hommes déambulèrent en ville. Brewan était prospère : c’était une forteresse donnant sur la mer avec un port lui-même entouré de hautes fortifications. Les habitants semblaient ne manquer de rien. Louan était apprécié de tous. Même la défaite de la flotte n’avait pu venir à bout du moral des Brewannais. Hector s’était attendu à découvrir une ville hostile ou terrorisée ; il en était tout autre. Cependant, chaque homme ou femme regardait passer le monarque avec déférence, s’agenouillant au passage de celui-ci. Ce n’était pas la première fois qu’Hector se rendait à Brewan aussi son visage était-il connu de ses habitants. Sa dernière visite remontait à trois ans déjà, et Louan avait été félicité pour la gestion de ses terres, aussi Mandrace avait-il été surpris de la détérioration des relations entre les deux hommes.
Quand ils pénétrèrent dans le palais, la nuit tombait. C’était un bâtiment vaste, composé d’un hall spacieux. En prenant une porte à gauche, on arrivait à un escalier menant à l’étage où se trouvaient les appartements comtaux et les chambres des invités. Le rez-de-chaussée, outre le hall, comptait une immense salle de réception, une pièce plus petite où le comte recevait les plaintes de ses sujets et le bureau personnel. Des annexes complétaient l’ensemble : cuisine, cellier…
Les deux hommes furent introduits dans la salle de réception. Le sol était recouvert d’un fin tapis rouge. Aux murs, des tapisseries. Au dessus du trône, des armoiries. Louan était adossé au mur du fond. Sa femme, Alnia, le regardait d’un air meurtri. Louan se précipita sur Hector, s’agenouilla et demanda pardon. Il fit pitié à Mandrace qui ne l’avait jamais vu dans un tel état. Ses cheveux d’habitude si bien lissés, si bien peignés, partaient en tout sens. Il transpirait et sa voix était fluette :
— Pardonnez-nous, majesté, à mes deux confrères et à moi-même. Le comté est riche et prospère…
— J’ai cru le remarquer, dit Hector. C’est bien pour cela que je ne parviens à comprendre votre trahison. Pourquoi ce conflit meurtrier ? Parlez, je vous écoute, et par le pouvoir de justice que m’ont conféré les dieux, je vous jugerai, vous et vos deux complices avec impartialité et mesure.
— Il y a six mois, j’ai reçu la visite d’un vieillard. Il était tout de noir vêtu et m’a fait une très étrange impression. À vrai dire, ni bonne, ni mauvaise. Mais une chose est sûre, je ne pouvais détourner mon regard du sien. J’étais comme hypnotisé. « Méfie-toi d’Hector, m’a-t-il dit, il n’a qu’une envie : te retirer ta charge, car il t’estime peu. Il ne cherche qu’une chose : ramener ces territoires dans son giron personnel en les offrant à de proches parents. Pour ça, il est prêt à vous déclarer la guerre. » Il disait venir directement de votre cour, mon Roi, où il avait entendu dire ça de la bouche même de vos conseillers.
— Comment avez-vous pu croire une chose pareille ?
— Je me pose moi-même encore la question. Son discours était tout ce qu’il y a de plus convaincant et son regard…Oh ! ce regard, je m’en souviendrai longtemps, je pense. Un regard vide, froid, calculateur. Qui était cet homme ? Je ne saurais le dire. J’ai donc imaginé cet incident diplomatique pour déclencher la guerre. J’ai réussi à rallier mes deux confrères en leur rapportant les propos du vieil homme. Après la mise en déroute de notre flotte, j’ai fui. Il y a une heure, comme en sortant d’un état d’hypnose, j’ai pris conscience de l’horreur de mes actes. Je tenais à vous présenter toutes mes excuses. Je me repens. Faites de moi ce que bon vous semble. Mais, je vous demande d’épargner mon peuple. Il n’est pour rien dans cette histoire.
Hector regarda Mandrace. Il lut de la compassion dans les yeux du comte.
— Louan, je suis venu en ce lieu pour sceller la paix. En temps que juge et roi, je vais donc rendre ma sentence : je sais que vous êtes l’instigateur de ce conflit. Je sais également que les comtes de Narx et de Ludge vous suivront. Je pourrais tous trois vous démettre de vos fiefs, toutefois, je ne le ferai pas, car contrairement à ce que vous pensez, je vous estime. Cependant, j’exigerai des dommages et intérêts pour le mal causé à mon peuple.
Hector aida Louan à se relever.
— J’estime, poursuivit-il, que vous avez été abusé et étant donné que vous m’avez très bien servi jusqu’à aujourd’hui, il serait stupide de ma part de priver le comté d’un homme tel que vous. Vous restez donc à la tête de Brewan, comme vos deux alliés resteront à la tête de leurs comtés.
Mandrace présenta un parchemin.
— Ceci scellera la paix, termina Hector.
Une fois que Louan eut apposé son sceau sur le document, le souverain sortit.
Louan regarda Mandrace. Les deux hommes discutaient depuis environ deux heures. Mandrace avait narré à son interlocuteur les événements qu’il avait provoqués. Louan paraissait accablé.
— M’excuseras-tu un jour du mal que j’ai pu te causer ?
— Si mon fils se remet, alors tu auras mon pardon. S’il meurt, il vaudrait mieux que jamais tu ne recroises mon chemin, ni celui de ta sœur.
Quand Mandrace sortit, Louan le regarda. Il était conscient du mal qu’il avait provoqué. Il s’assit à son bureau, et la tête dans les mains, il pleura. Il ne vit pas une silhouette sortir de l’ombre et s’approcher de lui, lame à la main.
— Il va être temps d’expier tes crimes par ta mort, dit une voix caverneuse.
Le malheureux comte leva la tête. La lame d’une épée le tenait en respect.
— Un geste, un cri, tu es mort. Écris ton testament.
Louan, sans rien dire, obtempéra. De toute façon, se donner la mort l’avait effleuré. Il pensait ne jamais en avoir le courage. Un homme venait l’y aider. La lettre, laissée en évidence sur le bureau, Louan monta sur une chaise, comme son visiteur le lui avait ordonné. Il se passa le nœud coulant autour du cou, et par un mouvement de balancier, il renversa la chaise. La corde se tendit. Sa tête retomba. La nuque brisée. L’étranger s’éclipsa par la fenêtre, certain que son maître serait fier de lui.
Mandrace et Hector se retrouvèrent pour le dîner. Edmond et Shaw avaient été prévenus et les avaient rejoints. Les convives étaient donc installés autour de la table et attendaient la venue de leur hôte. Comme après un temps relativement long, il ne s’était toujours pas manifesté, les hommes allèrent à ses appartements. Alnia finissait de se préparer. Elle ne l’avait pas vu. Alors, ils se rendirent à son bureau. La porte en était solidement fermée.
— Louan, cria Mandrace, en tambourinant à la porte. Réponds.
Mais dans la pièce, le silence régnait.
— Il faut défoncer cette maudite porte, annonça le souverain, et se tournant vers les hommes de garde : allez me chercher un bélier.
L’instant d’après, les coups résonnaient dans tout le palais, et dans un craquement sinistre, la porte céda. Le spectacle qui s’offrit à eux les fit frémir. Le corps de Louan se balançait au bout d’une corde, poussé au gré du vent qui s’engouffrait dans la pièce par une fenêtre ouverte. Mandrace avait pâli. Il était responsable. N’avait-il pas été trop brusque avec son beau-frère ?
Mandrace s’avança vers le bureau. Il remarqua une enveloppe, qu’il tendit à Hector. Le souverain ôta le sceau, déplia le manuscrit et lut :
« Mon roi, mes confrères, mon épouse, je me repens de mes actes et je vais bientôt comparaître devant Azu qui jugera de mes crimes. Je sais que j’en ai commis, et le dernier est très certainement le plus irréparable.
Alnia se jeta sur le corps de son époux que les gardes avaient détaché et posé sur le sol.
« Aussi, poursuivit de lire Mandrace, voici mon testament : n’ayant pas d’héritier, je rends mon comté à mon roi qui en disposera comme il l’entend. À toi, ma chère épouse, je te lègue la richesse que j’ai accumulée et mise de côté au cas où éventuellement je perdrais la vie. Enfin, Mandrace, je tiens une nouvelle fois à m’excuser d’avoir ainsi exposé la vie de ton fils. Je sais qu’il vivra, alors tu lui feras part de mon repentir. Quant à ma sœur, fais-lui savoir que je l’ai toujours aimée et toi, tu fus pour moi à une époque ancienne, un frère. Louan.”
Mandrace pleura. Il venait de perdre celui qui jadis avait été son meilleur ami. Hector et les autres se retirèrent.
— Louan, je suis désolé, je n’aurais pas dû être si dur avec toi.
Le comte serra la veuve contre lui pour la réconforter, puis tous deux se retirèrent.
Quelques heures plus tard, Hector, Mandrace, Shaw et Edmond se retrouvèrent en compagnie de Liam, le bras droit de Louan, autour d’une table.
— Si nous sommes réunis ici, annonça Hector, c’est pour décider de la succession de Brewan. Je pense que le comte Mandrace est le mieux placé pour revendiquer le fief.
Edmond et Liam acquiescèrent. Shaw resta imperturbable, comme à son habitude. Mandrace ne sut que dire.
— C’est normal, poursuivit Hector. Ta femme est la sœur de Louan ; tes fils, ses neveux.
— J’ai déjà un comté. C’est beaucoup de travail. La loi dit que…
— Tu le légueras à l’un de tes fils dès notre retour à Troan.
Hector se leva, ce qui annonçait la fin de la séance. Il tendit un parchemin à Mandrace.
— Tout est déjà arrangé. Tu n’as qu’à signer ici pour prendre possession de tes nouvelles terres. En ton absence, Alnia et Liam géreront le comté.
Le comte n’avait que peu d’alternatives. Il aurait aimé prendre le temps de réfléchir, mais là, Hector le mettait devant le fait accompli, alors n’écoutant que son cœur et son sens du devoir, il signa avant d’annoncer :
— Il est maintenant temps d’aller dormir. Demain, à l’aube, nous rentrons à Saint Rocher.
Mandrace eut du mal à trouver le sommeil. Comment allait-il gérer ce nouveau domaine ? Lequel de ses deux fils allait-il dépêcher dans ces terres reculées ? Depuis toujours, c’est Dariann qui devait hériter du comté de Saint Rocher, alors Marn ? N’était-il pas trop jeune pour s’imposer ? Et Dariann, allait-il survivre ? Enfin, après avoir ressassé mille fois ses sombres pensées, il s’endormit.
Le lendemain, la foule se pressa aux portes du palais pour voir le nouveau comte. La nouvelle de la mort de Louan avait fait son chemin, et maintenant ? Mandrace et ses compagnons sortirent. Après un rapide discours devant une foule particulièrement nombreuse et avide d’informations sur le devenir du comté, le moment fut venu de s’embarquer. Le surlendemain, ils atteindraient Saint Rocher. Il reverrait sa femme, son fils et attendrait avec impatience des nouvelles de Dariann.
L’ancre fut relevée. Une fois que le vent eut gonflé les voiles, le navire sortit du port et fit route vers Saint Rocher.
Zwen avait fait escale chez Erbert. Le célèbre menuisier hélait ses ouvriers pour qu’ils s’activent. Des ouvriers, mais aussi des menuisiers et des charpentiers se côtoyaient en ce lieu. Le bruit assourdissant du chantier s’opposait au calme de la haute mer où seul le bruit de la coque fendant l’eau perturbait un silence sépulcral.
Deux vaisseaux étaient en chantier. Des hommes assemblaient la coque, tandis que des femmes (quinze au total) tissaient des toiles. Des métallurgistes fabriquaient des pièces d’artillerie.
Zwen et son fils s’approchèrent d’Erbert. Quand il les vit, il vint à eux.
— Que me vaut votre visite ? demanda-t-il jovialement.
— Si vous veniez au port, vous seriez moins enjoué, lui dit Zwen, lui rendant sa poignée de main. Beaucoup de travail vous attend, vous et votre équipe.
— Nous avons livré une terrible bataille face aux forces des Terres Extrêmes. Beaucoup de navires ont sombré. Vingt sont intacts et cinquante ont été avariés : nous les avons remorqués. Plus de trente bâtiments ont coulé corps et biens. J’ai du mal à croire que le tumulte de la bataille ne vous soit pas parvenu.
Erbert était adossé au mur d’un entrepôt. La surprise déformait son visage, couvert de cicatrices qu’une longue chevelure recouvrait pour moitié.
— Cela veut dire qu’en plus de la commande pour Port de l’Eau, nous allons devoir réparer les navires.
— C’est cela, mais pour ce travail, vous serez grandement récompensés.
— Très bien, reprit Erbert. Allons voir ça.
Zwen conduisit le maître d’œuvre jusqu’au port où les vaisseaux avaient été amarrés. Cinquante navires ! Cinquante bâtiments, coques percées, mâts tombés.
Erbert monta sur l’Allion. Le pont était éclaté en plusieurs endroits.
— Impressionnant, avoua l’homme tandis qu’il arpentait le pont, piétinant les débris. Ça a dû être terrible pour que les dégâts soient aussi importants.
Zwen le regarda d’un air entendu, et se tourna vers son fils :
— Il est temps pour nous de reprendre notre route. Dans deux jours, nous serons à Saint Rocher.
Zwen fit un geste de salut à Erbert et remonta sur son vaisseau.
Le bâtiment quitta l’île d’Ent au moment où le soleil disparaissait derrière une petite butte. Ils étaient chargés, en plus de rassurer leurs familles, de rapatrier les blessés qui seraient conduits dans une sorte de dispensaire où des prêtres leur donneraient les soins appropriés. Ils naviguèrent toute la nuit à une vitesse régulière. La matinée du jour suivant, un épais brouillard recouvrait la mer, obligeant le capitaine de vaisseau à naviguer à l’estime. Ils étaient en pleine mer et ne craignaient pas les récifs, mais à tout moment, ils pouvaient heurter une autre embarcation, ce qui les obligeait à redoubler de précautions. La nappe brumeuse ne se leva que vers quinze heures. Le bâtiment reprit alors une vitesse raisonnable.
Le lendemain, en milieu d’après-midi, la crique des Pirates se présenta à eux, tandis qu’un bruit de cor retentissait du haut d’une falaise.
— On ne va pas tarder à voir quelques curieux arriver, confia Zwen à son fils qui ne put s’empêcher de sourire.
Soudain, il pensa à Dariann et son visage pâlit.
— J’aurais tant voulu qu’il soit avec nous, avoua-t-il, il est trop jeune pour mourir.
Zwen hocha la tête. Ce qu’il redoutait le plus, c’est le tête-à-tête qu’il aurait avec sa fille. Du pont du vaisseau, il observait la côte. Quelques badauds se pressaient sur la plage. Une jeune fille aux longs cheveux blonds, les mains en signe de prière, se tenait là, le visage anxieux, attendant le verdict. Combien d’êtres chers à son cœur avaient péri dans la bataille ? Elle n’osait y penser. Elle ne se sentait pas prête à devenir comtesse, et à se choisir un époux. Elle mit sa main en visière et scruta les bâtiments. Où étaient les autres ? Avaient-ils coulé ? À côté d’elle, il y avait Marn et Lénia. Tous étaient dans l’expectative. Victoire ou défaite ?
Enfin, le bâtiment de tête jeta l’ancre. Alvina vit son père et son frère en descendre. Elle courut vers eux, suivie de Marn et de Lénia.
— Père, que s’est-il passé ?
— Nous avons gagné. Ce n’est pas une victoire éclatante, mais une victoire tout de même ! Mandrace et Hector sont allés jusqu’à Brewan conclure la paix.
— Il était blessé. Il est reparti avec les navires d’Alpèche. Il va être soigné par Yuan. Je ne peux pas t’en dire plus.
Marn tomba à terre et se mit à sangloter. Lénia, elle, priait les dieux pour que son fils survive. Quant à Alvina, elle partit en courant.
Lénia organisa le repas du soir. Beaucoup de choses l’ennuyaient. Pourquoi Mandrace avait-il accompagné Hector ? L’état de Dariann l’inquiétait. Il fallait qu’elle parle à Zwen.
De son côté, Alvina avait erré dans les rues du bourg. Dès le retour de Mandrace, ils repartiraient pour Port de Sin. Elle avait peur de ne jamais revoir Dariann.