登入La directrice Delarue referme la porte de son bureau et s’affaisse dans son fauteuil. La cinquantaine élégante, les cheveux grisonnants coupés au carré, elle porte des tailleurs stricts qui dissimulent une fatigue chronique. Elle aime ce lycée, elle aime ses élèves, mais depuis qu’Alaric Lycan a imposé son influence, elle vit un cauchemar éveillé.Elle prend le téléphone et compose un numéro qu’elle connaît par cœur.« Monsieur Lycan ? C’est Hélène Delarue. »La voix d’Alaric est un grondement satisfait. « Directrice. J’ai appris pour l’incendie. Une bien triste affaire. »« Nicole Deschamps est suspendue. Comme vous le souhaitiez. »« Ce n’est pas un souhait, c’est une nécessité. Cette fille est un danger pour l’établissement. Pour mes fils. Pour la communauté. »La directrice serre le combiné. « Je n’ai aucune preuve contre elle. Le trousseau dans son casier est un coup monté, et vous le savez aussi bien que moi. »Un silence. Puis Alaric rit doucement. « Vous êtes intelligente, H
La semaine qui suit est un enfer blanc. Nicole erre dans les couloirs du lycée comme un fantôme, les yeux cernés, le teint pâle. Elle évite les regards, se terre dans les coins les plus reculés de la bibliothèque où sa mère officie, et ne participe à aucun cours de sport. Le cross-country, qui était son refuge, est devenu un territoire interdit. Les jumeaux s’entraînent sur le stade, et elle les aperçoit parfois par la fenêtre, torse nu sous la pluie, leurs foulées synchronisées. Ils ne tournent jamais la tête vers elle. Le pacte est respecté.Agatha, elle, jubile. Sans la protection ambiguë des frères Lycan, Nicole est une proie sans défense. La meute des suiveurs d’Agatha se reforme aussitôt, comme des charognards attirés par l’odeur du sang.Les insultes pleuvent, les bousculades dans les couloirs, les affaires qui disparaissent du casier. Nicole subit sans répondre, concentrée sur l’écho de cette voix intérieure qui, depuis le dispensaire, ne l’a plus jamais quittée.Un mard
Le dispensaire du lycée sent l’alcool et la gaze.Dante est allongé sur le lit étroit, le flanc bandé de blanc, le visage pâle sous sa tignasse grise. La griffure d’Alaric a tracé trois sillons profonds sur ses côtes, frôlant les organes vitaux. L’infirmière humaine a parlé d’un « accident de ronces », hochant la tête avec une crédulité forcée. Elle sait que le lycée des Bois d’Argent abrite des secrets qu’il vaut mieux ignorer.Damien est assis près de la fenêtre, le torse encore maculé de sang séché. Ses blessures à lui sont superficielles : des estafilades qui cicatrisent déjà, la peau se reformant à vue d’œil sous la poussée de sa louve intérieure.Il fixe l’obscurité au-dehors, la mâchoire si crispée que les tendons de son cou saillent comme des câbles. Dans sa tête, une voix gronde, sourde et profonde.« Tu aurais dû le tuer. »Damien ferme les yeux. La présence d’Onyx emplit sa poitrine, chaude et exigeante. Son loup est immense, noir comme l’obsidienne, les yeux de braise
Nicole retourne au lycée à pied, traversant la forêt comme une somnambule. Les branches griffent ses bras, les racines menacent de la faire trébucher, mais elle ne sent rien. Son esprit tourne en boucle autour des menaces d’Alaric, autour des vingt-quatre heures qui lui restent.Quand elle émerge des bois, la lune est haute, froide et indifférente.Le lycée est désert. Quelques lampadaires jettent des flaques de lumière jaune sur le bitume. Nicole contourne le bâtiment principal pour rejoindre l’aile des vestiaires, espérant y trouver un peu de chaleur.C’est là que les jumeaux l’attendent.Ils sont adossés au mur de briques, côte à côte, les bras croisés. Leurs visages sont des masques de tension. Dès qu’ils aperçoivent Nicole, ils se précipitent vers elle. Damien la prend par les épaules.« Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Montre-moi, tu es blessée ? »Nicole secoue la tête. « Il m’a menacée. Ma mère, ma vie ici. Il veut que je rompe avec vous. Il m’a donné vingt-quatre heures. »Dan
La berline roule pendant une vingtaine de minutes avant de s’arrêter au bord d’une clairière. Alaric coupe le moteur. Le silence de la forêt enveloppe aussitôt le véhicule. Par la vitre, Nicole aperçoit un ancien chêne au tronc si large qu’il faudrait dix personnes pour l’encercler.Ses branches noueuses s’étirent vers le ciel comme des doigts crochus. En dessous, des pierres moussues forment un cercle, vestige d’un autel oublié.« Sors », ordonne Alaric.Nicole obéit. L’air vif lui mord les joues. La lumière du soir filtre à travers le feuillage en rayons obliques, teintant tout d’or et d’ombre. Alaric se place devant elle, immense, les mains dans les poches de son costume. Il respire profondément, comme s’il humait l’essence même de la forêt.« Connais-tu cet endroit ? » demande-t-il.Nicole secoue la tête.« C’est le Cercle des Ancêtres. Ici, les Alphas de ma lignée prêtent serment. Ici, on marie les loups. Ici, on exécute les traîtres. » Il marque une pause. « Et c’est ici q
Le bus du lycée se gare devant le portail principal des Bois d’Argent en fin d’après-midi. Le voyage de retour a été silencieux, meublé de regards échangés et de mains discrètement frôlées.Nicole est assise entre Damien et Dante, leurs épaules se touchant. Elle porte encore la médaille d’argent sous son pull, tiède contre sa peau. Elle sourit en pensant à la nuit précédente, au goût des baisers sur ses lèvres.Les élèves descendent en désordre, tirant leurs sacs. Des parents attendent, impatients.Claire est là, près de la grille, son éternel chemisier à fleurs et son sourire doux. Elle agite la main en apercevant sa fille, mais son geste se fige aussitôt.Une berline noire est garée juste devant l’entrée, bloquant à moitié le passage.Le moteur tourne encore, crachant un filet de fumée blanche. Appuyé contre la portière, les bras croisés, Alaric Lycan fixe le bus de ses yeux d’orage.Sa présence est une gifle silencieuse. Il porte un costume anthracite, une chemise blanche ouve







