LOGINMes doigts reprennent leur exploration. C’est plus fort que moi , j’ai besoin de la toucher, de sentir sa peau sous mes doigts, de m’ancrer dans son corps pendant que mes mots la plongent dans l’horreur. Ce n’est pas du désir, ou pas seulement. C’est de la tendresse. Le besoin de la rassurer, de la réchauffer, de lui rappeler qu’elle est vivante.— Le Juge possède une propriété en Normandie, dis-je en caressant son épaule. Un manoir du XVIIIe siècle, entouré de bois, isolé de tout. C’est là qu’il garde ses trophées.Mes doigts descendent le long de son bras, suivent la courbe de son coude, s’attardent sur son poignet , ce poignet nu où sa mère portait un ruban rouge.— Des portraits de toutes les Filles qu’il a brisées. Des bijoux, des lettres, des mèches de cheveux. Un musée de l’horreur, caché dans une pièce secrète dont seuls ses plus proches complices connaissent l’existence.Mes doigts remontent le long de son ventre, contournent so
Lucian Je ne m’attendais pas à cela. Je m’attendais à une poupée de luxe, une femme dressée à simuler le plaisir, à obéir sans broncher, à offrir son corps en échange d’une vie dorée. C’est ce qu’Armand m’a décrit, c’est ce que le Cercle produit depuis quarante ans, c’est ce que j’ai vu des dizaines de fois dans ces chambres tapissées de miroirs. Mais Elara n’est pas une poupée. Elle est assise sur le bord du lit, nue, tremblante, les joues striées de larmes qu’elle n’essuie même pas. Elle vient de jouir contre mes doigts avec une intensité qui m’a bouleversé, et pourtant, ce n’est pas son corps qui m’émeut le plus. C’est son regard. Ce regard noisette, brûlant, habité par une douleur qui remonte à bien avant sa naissance. Je retire ma main de ses cuisses et je la pose sur son genou, paume ouverte, sans pression. Un geste qui dit : je suis là, mais je ne prendrai rien. — Je vais
Elara Il s’interrompt. Son regard plonge dans le mien.— Elle était enceinte de huit mois. De toi, Elara.Les larmes débordent enfin. Elles roulent sur mes joues, chaudes et salées, et je ne les essuie pas. Je les laisse couler, pour une fois, sans honte, sans peur, sans ce contrôle permanent qui est ma prison depuis trois ans.— Elle a accouché le 1er avril 1998, dit Lucian. Une petite fille. Toi. Elle a quitté l’hôpital avant l’aube, avec toi dans les bras, et elle a essayé de fuir. Mais le Juge l’a retrouvée. Ses hommes ont trafiqué la voiture. L’accident du 5 avril n’était pas un accident. C’était un meurtre.— Ma mère est morte pour me sauver.Ce n’est pas une question. C’est une affirmation, une vérité qui s’impose à moi avec la force d’une révélation. Ma mère n’a pas eu un accident. Ma mère n’a pas disparu par hasard. Ma mère a été assassinée parce qu’elle refusait de me livrer à un monstre.— Oui, dit Lucian. El
Armand Je m’attendais à ce qu’il se jette sur elle comme un animal, qu’il la prenne immédiatement, brutalement, pour affirmer sa domination. Mais non. Il lui parle. Ses lèvres bougent, et Elara l’écoute, la tête légèrement inclinée, les bras croisés sur sa poitrine dans un geste de protection inconscient.Que peut-il bien lui dire ?La jalousie me tord les entrailles. C’est une douleur physique, une brûlure qui part du plexus et qui irradie dans tout mon corps. Je les imagine , ses mots à lui, ses réactions à elle et chaque image est un coup de poignard. Mais cette douleur… cette douleur est aussi un plaisir. Le plaisir du sacrifice. Le plaisir de l’interdit. Le plaisir de regarder celle qu’on aime dans les bras d’un autre.Ma main descend le long de mon torse, défait le bouton de mon pantalon, libère mon sexe déjà dur. Je n’ai pas honte. La honte est un luxe que j’ai abandonné il y a longtemps, dans une chambre similaire, avec une femme brune au
Les deux hommes boivent. Le whisky coule dans leurs gorges, et je reste debout, nue, à les regarder sceller mon sort comme on scelle un contrat.Mais sous ma peau, quelque chose a changé. Le baiser que je viens de donner à Lucian n’était pas un geste de soumission. C’était un acte de volonté. Le premier acte de volonté véritable que j’accomplis depuis trois ans.Et je sais que Lucian l’a compris.ArmandJe lève mon verre, et le whisky tourbillonne dans le cristal comme de l’or liquide. Un Yamazaki 18 ans, ma réserve personnelle, celle que je ne sors que pour les grandes occasions. Cette nuit est une grande occasion. Peut-être la plus grande de ma vie.— À la fusion Devereux-Cross, dis-je. À la tradition du Cercle. Et à toi, Lucian, pour la nuit qui t’attend.Lucian lève son verre en réponse. Son visage est impénétrable, mais je connais ce masque. Je le porte moi-même depuis trente ans. C’est le masque des homm
ElaraLa porte du fumoir se referme derrière nous avec un bruit mat, un bruit de tombeau qui se scelle. L’air ici est plus épais, saturé de cuir, de fumée de cigare et d’un musc douceâtre qui doit imprégner les murs depuis des décennies. Le feu dans l’âtre est la seule source de lumière, et il jette sur le visage de Lucian Cross des ombres mouvantes qui le rendent plus dur, plus massif, plus dangereux.Armand me tient par le coude. Sa main est un étau recouvert de velours. Je connais cette pression , ce n’est pas de la peur, c’est de l’excitation. Il savoure cet instant comme un collectionneur qui s’apprête à montrer sa pièce la plus rare à un rival qui ne pourra jamais l’acheter.Lucian se tient près de la cheminée, un verre de whisky à la main. Il ne nous regarde pas encore. Il fixe les flammes, le dos droit, les épaules larges tendant le tissu de son smoking, et je devine à la crispation de sa mâchoire qu’il n’est pas aussi détendu qu’il veut







