Mag-log inLéaLa porte se ferme derrière moi. Ce clic. Ce bruit sec. Ce bruit qui scelle. Je suis dans sa chambre. Cette chambre. Ce lit. Ces draps blancs. Cette lampe. Cette lumière qui n'éclaire que nous. Raphaël est là. Debout. Près de la fenêtre. Il me regarde. Ces yeux. Ces yeux sombres. Ces yeux qui savent. Ces yeux qui attendent.Je marche vers lui. Ces pas. Ces pas lents. Ces pas qui résonnent sur le parquet. Ce parquet froid. Ce parquet qui craque. Je m'arrête devant lui. Ce corps. Cette chaleur. Cette odeur. Cette odeur de lui. Cette odeur de Serge. Cette odeur de sang.— Nous sommes frère et sœur.Ce mot. Ce mot qui tombe. Ce mot qui explose. Ce mot qui devrait nous arrêter. Ce mot qui devrait nous sauver. Ce mot qui ne fait rien. Rien du tout. Raphaël me regarde. Ce regard. Ces yeux. Ces pupilles qui se dilatent. Cette chose qui monte. Cette chose qui brûle.— Je sais.Deux mots. Deux mots seulement. Et tout est dit.
Je regarde mes mains. Ces mains sur mes genoux. Ces mains qui tremblent. Ces mains qui serrent le tissu de mon pantalon. Je ne veux pas entendre ça. Je ne veux pas imaginer ça. Ma mère. Serge. Ces corps. Ces gestes. Mais je ne peux pas m'arrêter. Je ne peux pas me boucher les oreilles. Je ne peux pas fuir. Je suis cloué à ce fauteuil, à cette pièce, à cette confession.— Il m'a fait jouir avec sa bouche. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je ne comptais plus. Je ne pensais plus. J'étais cette chose qui jouit, cette chose qui se tord, cette chose qui crie. Et puis il m'a pénétrée. D'un coup. Ce coup qui m'a remplie, qui m'a ouverte, qui m'a prise. Il était grand. Il était épais. Il me remplissait comme personne ne m'avait remplie. Il bougeait. Lentement d'abord. Ces va-et-vient profonds, ces coups qui touchaient quelque chose au fond de moi. Et puis plus vite. Plus fort. Cette sauvagerie. Cette brutalité. Cette chose qui n'était plus de l'amour mais de la faim.E
RaphaëlLe salon est sombre. Seule cette lampe sur la table basse, ce halo jaune qui n'éclaire que les mains, que les genoux, que les visages à moitié. Ma mère est assise dans le fauteuil. Ce fauteuil où Serge s'asseyait. Ce fauteuil qui garde encore l'empreinte de son corps, cette odeur de tabac froid et de vieux cuir. Elle tient un verre. Du cognac. Ce cognac qu'elle ne boit jamais. Ses doigts serrent le cristal, ces jointures blanches, ces veines qui saillent sous la peau fine. Elle n'a pas bu. Elle regarde le liquide. Cette couleur ambrée, ces reflets qui dansent, cette chose qui attend.Léa est là debout près de la cheminée. Ses bras croisés, ce pull noir, ces cheveux tirés, ce visage fermé. Elle regarde ma mère. Elle ne dit rien. Elle attend. Nous attendons tous. Cette pièce est pleine d'attente. Cette attente épaisse, cette attente qui pèse, cette attente qui étouffe.Ma mère lève les yeux. Ces yeux. Ces yeux fatigués, ces yeux cernés, ces
Raphaël Le carnet est lourd dans ma main. Ce poids, ces pages, cette tranche de cuir qui s'effrite, ces coins cornés, ces taches d'encre et de café. Je le tiens comme on tient une chose fragile. Une chose dangereuse. Une chose qui pourrait me briser. Je suis assis à mon bureau. Cette lampe, cette lumière jaune qui éclaire à peine, ces ombres qui dansent sur les murs. Devant moi, le carnet. Le troisième. Celui que j'ai trouvé hier, dans cette malle poussiéreuse, derrière ces vieux draps. Je l'ai ouvert. J'ai lu quelques pages. J'ai refermé. J'ai eu peur. Peur de quoi ? Je ne sais pas. Peur de ce que j'allais trouver. Peur de ce que j'allais comprendre. Peur de me reconnaître. Je l'ouvre encore. Ces pages. Ces mots. Cette écriture serrée. Serge. Serge qui écrit. Serge qui raconte. Ces nuits. Ces femmes. Ces corps. Je lis. Je lis cette page. Cette page où il parle d'une femme. D'une femme qui n'est pas celle du carnet précéde
Léa Le grenier sent la poussière et le vieux papier. Cette odeur de carton humide, de bois qui craque, de choses qu'on a oubliées. Je monte les marches une par une, mes mains agrippées à la rampe branlante, cette rampe qui bouge sous mes doigts, qui grince. La lumière du jour ne passe que par ce petit vasistas, ce rectangle sale qui éclaire à peine les cartons empilés, les malles, les vieux meubles recouverts de draps blancs. Des draps comme des fantômes. Des draps qui gardent la poussière des années. Je cherche. Je ne sais pas quoi, exactement. Quelque chose. N'importe quoi. Un signe. Une trace. Une preuve que Serge n'était pas seulement ce grand-père sévère, ce patriarche au regard dur, cette main de fer qui a façonné cette famille. Je cherche l'homme derrière la légende. Je cherche le sang derrière la pierre. Raphaël m'a parlé des carnets. Il les a trouvés dans le bureau de Serge, cachés derrière une rangée de livres co
Je me hais. Je me hais de faire ça. Je me hais de bander devant cette image. Je me hais de me caresser comme un adolescent devant la femme que j'aime en train d'en baiser un autre. Mais je ne peux pas m'arrêter. Mon corps ne veut pas s'arrêter. Mon corps veut jouir. Mon corps veut cette décharge, cette libération, cette fin. Mon corps se fout de ma dignité, de ma morale, de mes larmes. Mon corps est un animal. Et moi, je suis cet animal.Je gémis. Un son bas, rauque, ce son qui sort de ma gorge sans que je le contrôle. L'eau clapote autour de mon poignet, ces petites vagues qui viennent mourir contre les parois de la baignoire. Ma respiration s'accélère, ce souffle court, ces halètements qui résonnent dans la pièce carrelée. Je pense à elle. Je pense à sa bouche. Je pense à ses seins contre la vitre, ces seins écrasés contre le verre froid, ces tétons durs, ces aréoles sombres. Je pense à ses fesses, ces fesses marquées, ces zébrures rouges que Gabriel a laissées.







