Mag-log inLéa Le grenier sent la poussière et le vieux papier. Cette odeur de carton humide, de bois qui craque, de choses qu'on a oubliées. Je monte les marches une par une, mes mains agrippées à la rampe branlante, cette rampe qui bouge sous mes doigts, qui grince. La lumière du jour ne passe que par ce petit vasistas, ce rectangle sale qui éclaire à peine les cartons empilés, les malles, les vieux meubles recouverts de draps blancs. Des draps comme des fantômes. Des draps qui gardent la poussière des années. Je cherche. Je ne sais pas quoi, exactement. Quelque chose. N'importe quoi. Un signe. Une trace. Une preuve que Serge n'était pas seulement ce grand-père sévère, ce patriarche au regard dur, cette main de fer qui a façonné cette famille. Je cherche l'homme derrière la légende. Je cherche le sang derrière la pierre. Raphaël m'a parlé des carnets. Il les a trouvés dans le bureau de Serge, cachés derrière une rangée de livres co
Je me hais. Je me hais de faire ça. Je me hais de bander devant cette image. Je me hais de me caresser comme un adolescent devant la femme que j'aime en train d'en baiser un autre. Mais je ne peux pas m'arrêter. Mon corps ne veut pas s'arrêter. Mon corps veut jouir. Mon corps veut cette décharge, cette libération, cette fin. Mon corps se fout de ma dignité, de ma morale, de mes larmes. Mon corps est un animal. Et moi, je suis cet animal.Je gémis. Un son bas, rauque, ce son qui sort de ma gorge sans que je le contrôle. L'eau clapote autour de mon poignet, ces petites vagues qui viennent mourir contre les parois de la baignoire. Ma respiration s'accélère, ce souffle court, ces halètements qui résonnent dans la pièce carrelée. Je pense à elle. Je pense à sa bouche. Je pense à ses seins contre la vitre, ces seins écrasés contre le verre froid, ces tétons durs, ces aréoles sombres. Je pense à ses fesses, ces fesses marquées, ces zébrures rouges que Gabriel a laissées.
RaphaëlJe ne sais pas combien de temps je suis resté allongé sur ce lit, les yeux ouverts, à fixer le plafond. Une heure. Deux. La lumière de la rue traverse les rideaux, ces lames orange et bleues qui glissent sur le mur, qui changent, qui tournent avec les voitures. Je n'ai pas faim. Je n'ai pas soif. J'ai juste cette chose dans la poitrine, cette boule compacte, ce poids qui m'écrase et qui m'empêche de respirer. Et sous ce poids, autre chose. Quelque chose de plus bas. Quelque chose que je ne veux pas nommer.Je me lève. Mes jambes sont lourdes, mes pieds traînent sur le parquet froid. Je marche jusqu'à la salle de bain. La lumière blanche, crue, ces carreaux blancs, ce miroir au-dessus du lavabo. Je me regarde. Ce visage, encore. Ces yeux rouges, ces cernes, cette barbe de deux jours. Je me regarde et je ne me reconnais pas. Ou plutôt, je me reconnais trop. Je reconnais ce garçon que j'ai toujours été, ce garçon qui regarde, qui attend, qui écrit de
RaphaëlJe suis monté. Je ne sais pas comment. Je ne me souviens pas d'avoir pris l'ascenseur, d'avoir appuyé sur le bouton, d'avoir attendu. Je me souviens seulement de la porte, de cette porte que j'ai poussée, de ce salon, de cette lumière bleue. Ils étaient encore là. Ou plutôt, ils étaient là, mais habillés. Gabriel en pantalon, torse nu. Léa en robe, les cheveux mouillés, le visage fermé. Ils buvaient un verre. Comme si de rien n'était. Comme si ce que j'avais vu n'existait pas. Comme si le monde n'avait pas basculé.Gabriel m'a vu le premier. Il a posé son verre. Il a souri. Ce sourire, ce sourire de prédateur, ce sourire que je connais depuis l'enfance, ce sourire qui m'a toujours donné envie de le frapper.— Raphaël. Quelle surprise.— Je devais récupérer les documents.— Les documents. Oui. Ils sont sur le bureau. Tu peux les prendre.Je ne bouge pas. Je regarde Léa. Elle ne me regarde pas. Elle regarde son ve
Je me relève. Je la regarde. Elle est là, nue, marquée, mouillée, contre la vitre, et elle me regarde. Et je comprends, soudain, avec une clarté qui me glace, que je ne l'ai pas brisée. Que je ne la briserai jamais. Que cette femme, cette femme que je croyais tenir, que je croyais posséder, est plus forte que moi. Plus forte que Serge. Plus forte que tout ce que j'ai connu. Elle a encaissé vingt coups de cravache sans pleurer. Elle a joui sans un mot. Elle m'a regardé dans les yeux pendant que je la léchais comme un chien. Et elle est toujours debout. Toujours droite. Toujours elle. Je recule. Je m'assois dans mon fauteuil. Mes mains tremblent. Je les cache sous la table. Je ne veux pas qu'elle voie. Je ne veux pas qu'elle sache. Mais elle sait. Elle sait toujours. Elle me regarde, ce petit sourire au coin des lèvres, ce sourire qui n'était pas là avant, ce sourire qui me dit, tu as perdu. Tu as perdu, Gabriel. Tu as cru me prendre, et c'est moi qui t'ai pris.
Je me lève. Je prends la cravache. Je m'approche d'elle. Je fais tourner la lanière entre mes doigts, ce cuir souple, cette odeur de tanin et de sueur ancienne. Elle ne recule pas. Elle ne ferme pas les yeux. Elle me regarde, et dans son regard, il y a une question. Une seule. Qu'est-ce que tu vas faire. Je ne réponds pas. Je fais claquer la cravache dans l'air, à côté de son oreille, ce sifflement bref, cette coupe du silence. Elle tressaille. Un frisson lui parcourt la peau, des épaules aux cuisses, cette chair de poule, ces petits poils qui se dressent. Elle ne dit rien. Elle ne pleure pas. Elle attend. — Tourne-toi. Elle tourne. Dos à moi. Cette chute de reins, ces fesses hautes, ces cuisses longues, cette colonne vertébrale qui court sous la peau comme un chapelet. Je pose la cravache sur ses épaules. La lanière froide contre sa nuque. Elle frissonne. Je la fais glisser le long de son dos, lentement, sur les vertèbres, sur les omoplates,







