Mag-log inMon faux fiancé est devenu le père de mon enfant Pour échapper à un mariage arrangé, Livia engage un inconnu afin qu’il se fasse passer pour son fiancé. Le contrat ne doit durer que trois mois. Ils jurent de ne jamais tomber amoureux. Mais une nuit, leurs règles sont brisées. Livia découvre ensuite qu’elle est enceinte. Elle décide de mettre fin au contrat sans rien lui dire. Six ans plus tard, l’homme qu’elle avait engagé revient dans sa vie. Il n’est plus un inconnu. C’est devenu le propriétaire de l’entreprise dans laquelle elle vient d'être embauchée.
view moreChapitre 1
Livia
— Livia. Adrien Sorel a accepté.
Je m’arrête au milieu du salon. Ma tasse tremble dans ma main. Je la pose sur la table avant de la laisser tomber.
— Accepté quoi ?
— Le contrat de mariage. Signature avant la fin du printemps. Cérémonie en juin.
Je regarde ma mère. Elle ne bouge pas. Elle fixe la fenêtre. Mon père se tient devant la cheminée éteinte, les bras croisés, la mâchoire serrée. Je connais cette posture. C’est celle des jours où il a déjà tout décidé.
— Je ne l’ai jamais rencontré.
— Tu le rencontreras samedi.
— Père, je ne veux pas me marier.
Le silence tombe. Il me regarde comme si je venais de dire une grossièreté.
— Tu ne veux pas.
— Non.
— Depuis quand ton avis a-t-il une valeur dans cette maison ?
La phrase me frappe au ventre. Je reste debout, mais quelque chose en moi se recroqueville.
— Je suis ta fille. Pas un actif.
Il laisse échapper un souffle, presque un rire. Il s’avance. Un pas. Deux.
— Tu es ma fille. C’est exactement pour cela que tu feras ce qu’on te demande. Les Sorel tiennent la moitié des ports du sud. Nous tenons le reste. Cette alliance sauve ce que ton grand-père a mis quarante ans à bâtir.
— Et moi ? Qu’est-ce que je sauve, moi ?
— Ton nom. Ta place. Ton héritage.
— Je ne veux pas de cet héritage s’il coûte ma vie entière.
— Ta vie entière, tu la dois à cette famille. Tu es née dedans. Tu mourras dedans. Tu n’as jamais eu le droit de décider seule de ton avenir, et ce n’est pas aujourd’hui que tu vas commencer.
Je recule d’un pas. Mes yeux brûlent.
— Et lui ? Il m’aime ?
— Il ne s’agit pas d’amour, Livia. Il s’agit de prestige. De fortune. De continuité. L’amour est une invention de domestiques et de romanciers.
— Alors vous me donnez à un homme qui ne m’aime pas.
— Je te donne à un homme qui te respectera. C’est plus que ce que la plupart des femmes obtiennent.
Je me tourne vers ma mère. Elle n’a pas bougé. Elle pleure maintenant, sans bruit, deux larmes qui glissent le long de son visage, et elle ne les essuie même pas.
— Mère ?
Elle tourne la tête. Ses yeux sont clairs, beaux, vides.
— Écoute ton père.
Trois mots. Ma poitrine se fend.
— Vous m’entendez ? Il me vend.
— Livia, s’il te plaît.
— Il me vend comme on vend un domaine ! Et vous restez là, les mains croisées, à regarder la fenêtre ?
— Assez, tranche mon père.
Mais je ne m’arrête plus.
— Vous n’avez jamais rien dit ! Jamais ! Quand il a choisi mon école sans me demander. Quand il a refusé que j’aille à l’étranger. Quand il a brûlé ma lettre d’admission, vous étiez là, dans le couloir, et vous avez fermé les yeux !
— Livia, murmure-t-elle, et sa voix se casse.
— Ne me dites pas mon prénom comme si vous m’aimiez.
Ma mère baisse la tête. Mon père, lui, ne bouge pas. Il me regarde me briser avec la patience d’un homme qui a déjà gagné.
— Tu feras ce qu’on te demande. Samedi, tu seras présentable. Tu souriras. Tu ne parleras pas de tes caprices devant les Sorel. Et si tu oses nous humilier, je te jure que tu ne mettras plus jamais les pieds dans cette maison.
— Alors je n’y mettrai plus les pieds.
Mon père sourit. Un sourire lent, tranquille, atroce.
— Où iras-tu ? Chez qui ? Avec quoi ? Ton compte est à mon nom. Ta voiture est à mon nom. Ton appartement, c’est moi qui paie le loyer depuis trois ans. Tu ne possèdes rien, Livia. Rien du tout. Même ton prénom, c’est moi qui l’ai choisi.
Le monde penche. Je regarde ma mère. Elle ne se lève pas. Elle ne me prend pas dans ses bras. Elle ne dit rien.
Elle a déjà choisi.
Je recule vers la porte. Mes jambes tremblent.
— Tu es un monstre.
— Non. Je suis un père. C’est pire.
Je sors. Le couloir est long. Mes talons claquent sur le marbre. Je cours presque. Je m’effondre sur la dernière marche de l’escalier, la tête contre la rampe froide, et je pleure comme une enfant. Comme une enfant qu’on vient de jeter.
Derrière la porte du salon, la voix de mon père s’élève, calme, déjà tournée vers autre chose.
— Appelle Sorel. Dis-lui que ce sera fait.
Et ma mère, ma mère si belle, si droite, si vide, répond d’une voix que je ne reconnais plus.
— Oui.
Ce simple mot me brise plus que tout le reste.
Chapitre 7EthanLa maison des Sorel est trop grande. Trop propre. Trop silencieuse. On entend nos pas sur le marbre comme des coups frappés contre une porte fermée.Livia marche à côté de moi. Droite. Le menton haut. Mais je la sens tendue. Sa main effleure la mienne, hésite, se retire. Elle ne sait pas où se mettre. Elle ne sait pas qui elle est quand quelqu’un se tient à côté d’elle.Nous entrons dans le salon. Adrien Sorel est debout près de la cheminée. Il nous regarde arriver comme on regarde une erreur de casting. Son costume est parfait. Son sourire est absent.Le père de Livia est assis dans un fauteuil. Il ne se lève pas. Il ne nous invite pas à nous asseoir. Il attend.Livia dit :— Père. Je te présente Ethan. Mon fiancé.Le mot tombe. Le silence le ramasse.Adrien incline la tête. Il me détaille. Des pieds à la tête. Lentement. Comme on évalue une marchandise.— Ethan. Juste Ethan ?— Oui.— Pas de nom. Pas de famille. Pas de maison.— Pas celles qui vous intéresseraient.
Chapitre 6LiviaJe signe.Mon nom rejoint le sien sur le papier. Livia Moreau. Ethan. Trois mois. Un rôle. Une échappatoire. Je repose le stylo. Mon cœur bat vite, mais c’est du soulagement. Une fissure dans le mur. Une porte. Enfin.Avec Ethan à mes côtés, mon père ne pourra plus m’imposer Adrien aussi facilement. Il devra composer. Négocier. Affronter un inconnu qui ne baisse pas les yeux. Un homme qui ne tremble pas.Je relève la tête. Ethan me regarde. Il n’a pas bougé. Il attend.— Alors c’est fait, dis-je.— C’est fait.Il se lève. Il me tend la main.— Contrat accepté.Je regarde sa main. Longue. Stable. Une main qui ne tremble pas. Une main qui n’a pas peur. Je devrais la serrer. C’est ce qu’on fait. C’est professionnel. C’est froid. C’est exactement ce que j’ai demandé.Je lève les yeux.Et je le vois.Son regard. Ce regard qui ne me juge pas, qui ne me plaint pas, qui ne me désire pas non plus. Un regard qui me voit. Vraiment. Qui voit la peur derrière mon menton haut. La s
Chapitre 5EthanElle pose le contrat sur la table entre nous. Trois pages. Trois mois. Des clauses. Des dates. Des événements familiaux. Des dîners. Des sourires à rendre crédibles.— C'est tout ? dis-je.— C'est tout ce que j'ai pu préparer.— Vous avez préparé ça seule ?— Oui.Elle ment. Pas sur le contrat. Sur elle. Je le vois à la façon dont elle serre les doigts autour de son stylo. À la façon dont elle croise les jambes. À la façon dont elle me regarde droit dans les yeux, trop droit, comme si détourner le regard allait la trahir.Livia Moreau a peur. Une peur ancienne. Une peur qui ne vient pas de moi. Une peur qui l'habite depuis bien avant notre rencontre.Je prends le contrat. Je le lis lentement. Elle attend. Je ne la regarde pas. Je sens son impatience. Son besoin de savoir. Son besoin de contrôler. Elle a l'habitude de contrôler. Sauf que là, elle ne contrôle rien. Elle m'a demandé de l'aide. Et ça la rend folle.— L'argent est important, dit-elle comme si elle devait l
Chapitre 4LiviaLe café est presque vide. Je suis arrivée en avance. Je voulais voir arriver l’homme avant qu’il ne me voie, jauger sa démarche, son regard, sa façon d’occuper l’espace. Je m’attends à tout. Un homme pressé. Un homme fatigué. Un homme qui sent l’argent et la combine.Il entre à dix heures pile.Grand. Veste sombre, chemise blanche, aucune cravate. Il ne cherche pas autour de lui. Il me trouve tout de suite. Il s’approche sans hâte et s’assoit en face de moi. Il ne sourit pas. Il ne me tend pas la main.— Livia ?— Oui.— Ethan.Il ne dit rien d’autre. Pas de formule. Pas de politesse. Il me regarde. Calmement. Sans gêne. Comme si j’étais un dossier qu’il avait déjà lu.Je m’étais préparée. Je devais être élégante, lointaine, celle qui paie et qui donne les ordres. Mais il ne me laisse pas le temps d’être cette femme.— Je peux vous offrir quelque chose ? dis-je, pour reprendre un peu de terrain.— Non.Un silence. Il attend. Je déteste qu’il attende.— Je suppose que












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