เข้าสู่ระบบIl M'a Choisie pour Rire Jade Lefèvre, 16 ans, boursière invisible du lycée Saint-Aubin. La nuit, elle est Zéro : hackeuse capable d'ouvrir n'importe quel téléphone. Quand Noah Delmas, le roi du lycée, l'invite au bal, elle y croit. Robe rouge, mains qui tremblent, trois semaines de retouches. Puis l'écran s'allume : un pari. « La plus invisible. » Tout le lycée rit. Jade ne pleure pas. Elle rentre et pirate leurs téléphones. Un secret par jour. Un nom par jour. Chloé tremble, les amis de Noah tombent, le lycée entier attend la prochaine notification. Personne ne soupçonne la fille du fond de la classe. Mais dans le téléphone de Noah, elle trouve des messages jamais envoyés : Pardon. J'ai essayé d'arrêter la vidéo. Chloé me tient. Elle hésite. Elias, le seul qui n'a pas ri, lui tend la main. Puis son cœur. Pendant qu'elle tombe pour celui qui la soutient, Noah comprend trop tard ce qu'il a perdu. Chaque secret le rapproche d'elle. Et la prochaine cible est celui qu'elle aurait dû épargner. Ils ont ri de la fille invisible. Elle les a tous vus tomber. Et l'un d'eux l'a regrettée.
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La robe rouge glisse sur ma peau comme une seconde vie. Je suis au milieu de la piste de danse, les talons de Sandrine un peu trop grands pour moi, les boucles que Sana a passé deux heures à faire qui me chatouillent les épaules, et je respire. Pour une fois, je respire vraiment, parce que cette salle décorée de guirlandes dorées, cette salle qui ne m'a jamais vue en trois ans, ce soir elle me voit.
Et puis les lumières s'éteignent.
D'abord je crois à un jeu, à un effet prévu par le comité d'organisation. Il y a toujours un moment comme ça, dans les bals, un moment où tout le monde halète et où le DJ fait un discours. Mais aucune musique ne repart. À la place, un bourdonnement, celui du vidéoprojecteur qui s'allume, et un rectangle blanc immense qui découpe l'obscurité au-dessus de la scène.
Mon cœur n'a pas encore compris. Il bat normalement. Je me souviendrai de ça plus tard : mon cœur a mis trois secondes de plus que mon cerveau à comprendre.
L'écran grésille. Et puis je vois Noah.
Noah Delmas, filmé de biais, de loin, comme à travers une porte entrebâillée. Il est dans les vestiaires du gymnase, avec deux garçons que je reconnais, Théo et un autre. L'image est granuleuse mais la voix est nette, terriblement nette, amplifiée par les enceintes qui, il y a dix minutes encore, jouaient des slow et des tubes d'été.
On entend Théo rire et dire : alors, tu le fais ou pas, Delmas.
Et Noah, mon Noah, le garçon qui a glissé un mot manuscrit dans mon casier, Noah qui hausse les épaules avec ce sourire que j'ai appris par cœur, Noah qui répond, clairement, devant tout le lycée :
— Cent euros, et j'invite la boursière au bal. Regardez-moi ça. Elle va y croire tellement fort.
La salle explose.
Pas tout de suite. Il y a d'abord un silence d'une demi-seconde, le temps que la phrase se dépose, et ensuite c'est une vague, un mur, un océan de rires qui monte du parquet et m'écrase. Trois cents personnes. Trois cents personnes qui rient en même temps, et le son a une texture physique, une épaisseur, il me pousse en arrière comme un vent.
La vidéo continue. Maintenant ce sont des images de moi. Moi, Jade Leroy, entrant au bal il y a une heure, dans ma robe rouge, les bras un peu raides, le sourire idiot de celle qui ne sait pas encore. La caméra a zoomé sur mes chaussures, sur mes mains, sur mon visage qui balaie la salle en cherchant quelqu'un. Sur l'écran, on a ajouté des rires, des rires enregistrés qui ne sont pas ceux de la salle, des rires de sitcom, mécaniques, en boucle, et ces rires-là se superposent aux vrais rires de mes camarades et le résultat est monstrueux, une machine à humilier.
Je cherche Noah dans le noir. Je le trouve. Il est près de la scène, immobile, et sur l'écran géant sa propre image continue de parler, mais lui, le vrai Noah, ne rit pas. Je le vois distinctement dans la lueur bleutée du projecteur : il ne rit pas. À aucun moment. Son visage est fermé, presque blanc, et ses poings sont serrés le long de son corps.
Ça ne change rien. Étrangement, ça ne change absolument rien.
Quelqu'un me bouscule en reculant, quelqu'un d'autre crie quelque chose que je ne distingue pas, et le mot « boursière » revient, déformé, rebondissant de groupe en groupe comme une balle. La boursière. La plus invisible. Elle y a cru.
Ma robe rouge brûle contre ma peau. Toutes ces semaines, toutes ces retouches, toutes ces soirées où Sandrine a cousu à la lueur de la lampe de chevet, tout ça pour devenir un accessoire de leur spectacle. Je suis au milieu de la piste et personne ne me touche mais tout le monde me touche, leurs regards sont des mains, leurs rires sont des mains.
Je ne bouge pas. C'est le détail le plus étrange de la soirée, celui que je me répéterai pendant des mois : je suis restée figée au milieu de la piste, droite, les bras le long du corps, comme si le mouvement était devenu une langue étrangère. La vidéo se termine sur une image fixe de moi qui souris en entrant, un sourire que je ne reconnais pas déjà, et le nom du fichier apparaît une fraction de seconde en haut de l'écran avant que quelqu'un, enfin, coupe le projecteur.
L'obscurité revient. Les rires, eux, ne reviennent pas : ils n'étaient jamais partis.
Elle pose le carnet très doucement, comme on pose quelque chose de dangereux, et elle se lève, et elle marche jusqu'à la fenêtre, et elle reste là, le dos tourné, longtemps. Quand elle parle, sa voix n'est pas celle que j'attendais. Je m'attendais à la colère. J'ai quelque chose de bien pire : la peur.— Tu te rends compte de ce que tu risques ? Pas une exclusion, Jade, pas des heures de colle. Ce que tu publies, là, sur Colas, sur Chloé, sur les autres, c'est... des gens ont été détruits pour moins que ça. Le père de Chloé est président du conseil d'administration. Le père de Noah est trésorier. Tu crois que ces gens-là vont te chercher avec des convocations ? Et moi, et moi dans tout ça, tu m'as rien dit, rien, je découvre que ma meilleure amie est la personne la plus recherchée du lycée dans un carnet oublié sur un lit.— Je ne pouvais pas te...— Si ! Elle se retourne, et il y a des larmes sur son visage, et les larmes de Sana sont la seule force de la nature contre laquelle je n'
JADEC'est en rangeant, une semaine plus tard, que je le vois.Je range les archives du téléphone de Chloé, méthodiquement, comme je range tout : les preuves publiées d'un côté, les pistes en cours de l'autre, les conversations sans intérêt dans un dossier froid. Le mouchard a aspiré des mois de données, des milliers de fichiers, et je n'en ai exploré qu'une fraction, celle qui concernait la triche scolaire, parce que c'était le territoire de Zéro. Mais ce soir-là, en déplaçant un lot de photos, je tombe sur un dossier qui n'a rien à faire là.Il s'appelle : « Papa ».Un seul mot. Papa. Dans le téléphone d'une fille qui appelle son père « le président » en public, ce mot d'enfant, tout seul, posé sur un dossier protégé, ça sonne faux d'une façon que je n'arrive pas à définir. Et le dossier est protégé, chiffré, verrouillé par un code que le mouchard n'a pas capturé, ce qui, dans l'économie des secrets de Chloé Vasseur, le place immédiatement au-dessus de tout le reste. Les sujets d'ex
JADELe brouillon de Noah, je le lis dans le noir, et le temps que j'arrive à la fin, je suis debout à côté de mon lit sans me souvenir de m'être levée.« Pardon. J'ai essayé d'arrêter la vidéo. Je savais pour le pari, je savais que Chloé préparait quelque chose, mais je ne savais pas quoi, et quand les lumières se sont éteintes j'ai compris, et je n'ai rien fait, parce que Chloé me tient. Elle me tient, et tu ne peux pas comprendre comment, et je ne peux pas te le dire, parce que si je te le dis, c'est pire. Je ne riais pas. Tu as vu que je ne riais pas ? Dis-moi que tu as vu que je ne riais pas. Efface tout ça et réponds-moi juste ça. »Message jamais envoyé. Rédigé à vingt-trois heures quarante-sept, le soir du bal, à l'heure exacte où moi je rentrais à pied sous le froid de novembre avec mes chaussures à la main. Il écrivait pardon pendant que je marchais sur le bitume gelé. Il écrivait j'ai essayé pendant que la salle riait encore derrière moi.Et le message est resté là. Dans un
JADENoah Delmas écrit à Zéro le deuxième mercredi, et tout mon monde s'arrête de tourner.C'est un message public, posté sur son propre compte, ce compte suivi par la moitié du lycée, et il est adressé à Zéro comme on lance une bouteille à la mer :« Zéro. Je ne sais pas qui tu es. Mais tu sais des choses sur ce lycée que personne ne devrait savoir, alors peut-être que tu sais aussi ça. Ce qui s'est passé au bal n'est pas ce que tu crois. Explique-moi. Explique-moi ce que je dois faire pour que tu écoutes. »Je lis ce message onze fois. Je le lis jusqu'à ce que les mots se détachent et deviennent des formes. Le lycée, lui, s'enflamme en commentaires : Noah Delmas parle à Zéro, Noah Delmas sait des choses sur le bal, Noah Delmas s'excuse ou se justifie, personne n'arrive à trancher. Il ne supprime pas le message. Il le laisse, public, exposé, devant tout le monde, et je ne sais pas quoi faire de ce courage-là, si c'est du courage, ni de cette phrase, ce n'est pas ce que tu crois, qui












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