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POV de Yvette
« La cliente attend, Yvette. Ne foire pas tout, bordel ! » siffla mon patron dans le téléphone. « J’arrive presque, monsieur », soufflai-je, courant aussi vite que mes jambes me le permettaient. Depuis cinq ans, après cet accident mortel qui m’avait arraché mon père et m’avait fait perdre ma place de gymnaste à cause de mes os brisés, j’avais dû tout faire pour survivre tout en étudiant. Pourtant, alors que je croyais que le ciel finirait par me sourire après tous mes efforts, ma mère a appris qu’elle avait un cancer. Depuis deux ans, la vie m’avait clairement montré qu’un neuf à dix heures n’offrait rien. J’ai donc abandonné l’école et passé mes journées à enchaîner les shifts : barmaid, femme de ménage, vendeuse et nounou. La nuit, je me déshabillais. Seuls ceux qui pouvaient me garantir une somme assez énorme pour l’opération de ma mère venaient se saouler ici. Ils étaient cruels de fermer les yeux sur les jeunes désespérés qui cherchaient un vrai travail alors qu’ils dépensaient sans compter pour une pute. Ne vous méprenez pas. Je ne les baisais pas. Je me contentais de danser pour eux. Pourtant, tandis que je traînais mon corps épuisé par toutes les gardes d’aujourd’hui, je ne pouvais m’empêcher de penser à ce que je pourrais tirer de ce soir. C’était cette pensée qui m’avait donné la force de courir à travers les flaques jusqu’au club. Je n’avais fait que la moitié du chemin quand j’ai vu d’autres filles de mon âge qui faisaient la même chose que moi me fusiller du regard. « Oh mon Dieu, Yvette ! » gémit mon patron. « Tu es trempée. Complètement trempée alors que tu devrais déjà être sur cette barre. Tu te rends compte de ce que l’offre de ce soir pourrait changer pour nous deux ? Ta mère n’est-elle pas à deux doigts de la mort, ou ton cerveau cramé pense-t-il vraiment que je te prêterais de quoi payer son opération ?! » « Je vais me changer tout de suite », baissai-je les yeux avant de passer devant lui. Ses mots, aussi durs soient-ils, confirmaient mon instinct précédent. Je souris sincèrement pour la première fois depuis longtemps. Une nouvelle pensée me fit froncer les sourcils tandis que je regardais mon reflet dans le miroir. Sans m’en rendre compte, je commençai à tirer sur les fils de l’ourlet de mon tee-shirt jusqu’à ce que mes mains se mettent à trembler. Ces hommes cruels n’offraient jamais vraiment d’aide à personne, pas même à des filles comme moi. Alors, qu’est-ce qui pouvait bien être lié à ma performance de ce soir… « YVETTE !!!! » Je sursautai. « Il te reste vingt secondes pour sortir de là, sinon je te fais monter sur scène à poil ! » Je soupirai, retirai rapidement mes vêtements et pris le nouvel ensemble de lingerie qu’il avait laissé. C’était comme ça qu’il fonctionnait : il décidait de ce qu’on portait… et de ce qu’on ne portait pas. Mes cheveux étaient encore humides, tout comme ma peau. Pourtant, je me précipitai vers la porte. S’il avait raison et que l’offre de ce soir pouvait sauver ma mère, alors j’étais prête et j’allais utiliser toutes mes imperfections comme une arme. Y compris mes cheveux mouillés en pagaille et ma peau ruisselante. Je sortis. Au début, mon patron me toisa de la tête aux pieds et je jure qu’il était irrité par la simple vue de moi. « Je ne sais pas ce que quelqu’un pourrait bien te trouver pour faire une telle offre. Mais écoute-moi bien, Yvette. Tu ne vas pas juste divertir ces losers ce soir. Tu vas performer pour mon client le plus important et tu dois livrer une performance parfaite », son ton était grave et ses yeux écarquillés plongés dans les miens. « Vous n’avez aucun souci à vous faire, patron », ricanai-je. Un peu déçue qu’il ne pense qu’à son propre intérêt. « Vous n’avez aucune idée de ce que cette offre pourrait aussi faire pour moi… » Je le laissai en plein milieu de sa phrase, boutonnai lentement sa chemise et sortis en le plantant là pour rejoindre la scène. Les lumières s’éteignirent soudainement. Je profitai de ce moment pour m’ancrer. « …Je ne divertissais pas juste ces imbéciles, je performais. » C’était tout ce dont j’avais besoin pour faire ressortir le meilleur de moi. En mêlant la flexibilité de mon passé de gymnaste à du charme et de la séduction, je me déplaçai autour de la barre comme si elle m’appartenait. Les lumières se rallumèrent, cette fois braquées sur moi. Je scrutai la salle à la recherche de mon public cible… le diable qui me sauvait de l’enfer… l’homme cruel qui pourrait causer ma perte. Dès que la musique retentit, je saisis la barre, déplaçant lentement mon poids pour exécuter un grand écart directement contre le métal. La foule acclama, la plupart des pervers ne regardant qu’entre mes jambes. Concentre-toi. Tout en exécutant ces figures, j’attirai l’attention du public, les maintenant en haleine tout en continuant à chercher jusqu’à ce que… Des yeux gris. Son regard acéré était fixé sur moi avec une telle intensité que je pouvais sentir la chaleur de son regard. Sa mâchoire contractée et bien dessinée, la façon dont ses bras étaient croisés devant sa poitrine… tout cela ressemblait à ma perte, et pendant une seconde, j’eus presque envie de fuir. « …Ta mère n’est-elle pas à deux doigts de la mort ? » « Mademoiselle Yvette, il ne vous reste que dix jours pour préparer l’opération… » Je fermai les yeux, respirant lourdement, puis repoussai ces voix au fond de ma tête. « Je dois le faire », murmurai-je pour moi-même. « Je dois la sauver. » Alors, sans réfléchir, je laissai l’enfer se déchaîner. Je tournoyai autour de la barre comme une déesse sans os à briser. Je sentais chaque regard de lui brûler ma peau, alors je fis en sorte de performer assez pour brûler son regard en retour. Avec un sourire en coin. Je passai mes doigts dans mes cheveux puis les repoussai sur le côté pour exposer mon cou. Je laissai mes doigts glisser de ma tempe jusqu’à mes lèvres, ma clavicule, puis mon décolleté. Ses yeux étaient rivés aux miens. Parfait. Je caressai la fermeture éclair devant la lingerie avant de la descendre lentement. Je ne savais pas exactement ce que je voulais obtenir de lui, ou prouver, en faisant cela, mais au moment où il bougea, je le sus. Il s’était montré de glace et j’allais lui prouver que la glace se brise le plus durement. Je continuai lentement, taquine, jusqu’à ce qu’il déglutisse et détourne le regard. « Mais qu’est-ce que tu fous, Yvette ?! » hurla presque mon patron depuis l’arrière de la scène. « Sors de là. Maintenant ! » Je sortis, laissant la foule en suspens. Je ne pus m’empêcher de sourire timidement en le rejoignant. « C’était quoi, ça ? Tu sais dans quoi tu viens de te fourrer ? Parce que je peux t’assurer que si ça tourne mal ce soir, tu es virée — » « Monsieur Eric », intervint une voix masculine profonde derrière nous. L’homme en costume noir à l’air très sévère entra, un dossier à la main. Mon cœur fit un bond quand je réalisai qu’il n’était pas l’homme aux yeux gris. Est-ce que j’avais fait tout ça pour la mauvaise personne ? Mes joues s’enflammèrent. « Le patron exige que la demoiselle signe immédiatement. Il vous retrouvera à la sortie. » Il tendit le dossier à mon patron, qui me le donna en m’incitant à signer. Je soupirai de soulagement. Ce n’était que son homme de main. Mais avais-je vraiment performé pour le bon homme ? Je me figeai en lisant quelques phrases dans les conditions. « Désormais, TU ES À MOI. » « L’AMOUR est INTERDIT. » « La GROSSESSE est une ABOMINATION. » Mon cœur s’arrêta net. « Vous devez passer trois séries de tests ; ce n’est qu’après les avoir réussis que vous serez éligible aux avantages ci-dessous : » De l’argent. Beaucoup d’argent. Énormément d’argent. Mes mains tremblaient devant toutes ces conditions et je sentais l’impatience de mon patron déborder. « Signe ces putains de papiers », siffla-t-il. « Moi, Yvette Morgan, abandonne mon esprit, mon âme et mon corps pour être utilisé par vous, Knox Luther, exactement comme vous le désirez. » Je refermai le dossier d’un coup sec et reculai en titubant. « Tu es stupide ou quoi, Yvette ?! » grogna-t-il tandis que l’homme en costume noir se contentait de regarder. « Prends ce putain d’argent et sauve ta mère. Tu as toujours détesté ce boulot, non ? Ça, là », il m’arracha le dossier des mains et l’ouvrit à la dernière page où je devais inscrire mon nom et signer, « c’est un marché pour ta liberté. Signe tout de suite et va-t’en comme tu l’as toujours voulu. » J’avalai difficilement ma salive, pesant toutes les options encore et encore. Rien ne pouvait surpasser mon amour pour ma mère. Rien ne pouvait surpasser les sacrifices que j’avais faits pour elle, même si cela signifiait me sacrifier moi-même. Je pris le stylo de ses mains et inscrivis mon nom. Des larmes coulèrent de mes yeux tandis que je m’apprêtais à apposer ma signature, mais mon patron retira rapidement le document pour qu’il ne soit pas taché. Je reniflai. Puis, d’une main tremblante, j’apposai ma signature, me vendant officiellement à cet homme. Qui qu’il soit.POV d’YvetteIl y avait certaines questions qui n’exigeaient pas de réponses, pour un tas de raisons. Parfois parce que l’ignorance valait mieux que d’affronter la vérité. C’est pourquoi, quand il a demandé, j’ai fait semblant de ne pas entendre et l’ai laissé m’embrasser à la place.Il m’a laissée continuer à me frotter contre lui avec une pression intense. Cette pression précise qui naissait du désir d’appeler ça de l’amour. Du désir de lui dire à quel point ça me briserait de ne plus le revoir. De ne plus pouvoir l’embrasser bientôt, ou de passer d’un état froid et détaché à celui de désir et de protection.Je voulais pouvoir lui dire tout ça et bien plus. Que j’avais brisé les termes du marché bien avant d’en arriver là et que, aussi horrible que ça puisse paraître, j’étais désespérément amoureuse de lui.Ses doigts ont tracé la ligne de ma taille puis sont remontés jusqu’à la nuque pour me maintenir en place.« Tu ne penses pas que ça l’est ? » a-t-il demandé après s’être écarté,
POV d’YvetteJ’étais montée dans la voiture sans savoir qu’Evelyn avait persisté même après avoir été renvoyée. Elle s’était habillée d’une façon qui disait clairement qu’elle ne voulait pas se faire repérer, alors quand Mira et le chauffeur sont montés avec le cadre terminé, je ne m’attendais pas à ce que l’une ou l’autre me parle d’elle.« Je suis tombée sur elle en sortant du magasin et… »« Et ? »« Je ne sais pas… elle n’a rien dit. Elle s’est juste enfuie », fit-elle en haussant les épaules.Le chauffeur était l’un des hommes de Knox et, bien sûr, dire que je l’avais croisée signifiait aussi que ce n’était qu’une question de temps avant que Knox le découvre lui aussi.« Tu penses qu’elle est venue me chercher, ou Knox ? »« J’en doute », soupirai-je. « On est loin de la maison, et si elle voulait trouver l’un de nous, elle saurait où nous chercher », expliquai-je en lui prenant le tableau des mains. « Vous avez fait du bon travail, les gars », souris-je en caressant la texture d
POV de Knox « Tu as lu le mail que je t’ai envoyé ? Tu risques d’avoir un nouveau set de partenaires au boulot maintenant », annonça Dave en montant dans la voiture. « Pourquoi tu dis ça ? » « Tu n’as pas suivi, hein ? Un paquet de partenaires sont en train de rompre leur association avec Christopher. » « Et tu penses qu’ils vont venir chez moi ? » Je ricanai, tournant le volant à gauche en quittant le portail principal. « Qu’ils quittent Christopher prouve seulement qu’ils ont un peu de bon sens, et ça, pour moi, c’est un soulagement. Au moins, quelqu’un a enfin réagi comme il fallait face à lui. Mais qu’ils viennent me voir… » « Qu’est-ce qui cloche là-dedans ? Tu penses qu’il pourrait y avoir des espions parmi eux ? » « Je pense juste qu’il vaut mieux nettoyer un espace à fond après avoir sorti les ordures. » « Hmmm… » Il s’enfonça un peu plus dans le siège en cuir à côté de m
POV d’YvetteUne vérité sur ces derniers jours, c’est que chacun d’eux a fait tomber un mur entre nous. Il l’a changé, lui, tout comme ce que je croyais vrai et ce que je ne croyais pas.Je n’arrivais pas à m’habituer à l’intensité de ses regards parce que, exactement comme il l’avait décrit, il observait même le moindre de mes gestes. Pour ne pas rendre la situation insupportablement gênante, j’ai dit que j’avais sommeil et que je continuerais demain.Je me suis réveillée pour découvrir que le tableau de la cascade sur lequel je travaillais avait déjà été terminé par lui.« Je n’ai pas pu résister à y toucher », a-t-il dit en se grattant la nuque.« C’est tellement beau ! » me suis-je exclamée en m’approchant de la toile pour en étudier les détails. « C’est vraiment beau. »« J’aurais dû attendre que tu le finisses puisque c’est toi qui l’avais commencé… »« Mais tu l’as fait », ai-je souligné. « Et il est magnifique. »« Mais tu voulais peindre. Tu l’avais choisi pour le terminer. »
POV de KnoxJe l’observais de près depuis qu’elle était entrée dans ma chambre. Pour être honnête, sa curiosité m’avait énervé jusqu’à ce que je réalise que je n’avais jamais vraiment tout appris sur elle, sauf le fait qu’elle me rappelait ma mère de façons très terribles.J’ai regardé ses doigts se recroqueviller involontairement pendant que je parlais d’Evelyn. Je n’arrivais toujours pas à croire qu’elle éprouvait de la pitié pour ces idiots alors même qu’elle savait ce qu’ils avaient fait.« D’accord, alors », a-t-elle finalement réussi à dire. « Fais juste attention. »J’ai hoché la tête sans détacher mon regard du sien.« Yvette. »« Oui ? »« Tu ressens vraiment de la pitié pour eux ? »Elle a détourné les yeux, clignant plus rapidement qu’avant. C’était toute la réponse dont j’avais besoin pour savoir ce qui traversait son esprit — la même empathie qui avait ruiné ma mère.« Je suis désolée », a-t-elle murmuré.« Parle-moi de toi », ai-je demandé quand l’envie soudaine de savoi
POV d’YvetteJ’ai attendu qu’il fasse nuit avant d’aller voir Knox. J’espérais qu’il se soit un peu détendu de tout ce qui s’était passé aujourd’hui.« Tu avais l’air pressée quand tu as appelé. Je ne pensais pas que tu mettrais aussi longtemps à arriver », a-t-il dit après que j’aie fermé la porte derrière moi.Sa chambre était faiblement éclairée comme toujours et rangée. Elle ne sentait pas l’alcool et son bureau était propre. Cette vue m’a soulagée.Il n’était ni ivre ni en colère.« J’ai pensé que tu avais eu une longue journée et je voulais m’assurer que tu étais dans le bon état d’esprit pour voir quelqu’un. »« Tu veux sortir un peu ? » a-t-il demandé à brûle-pourpoint, en plongeant son regard dans le mien avec de subtiles traces d’excitation.J’ai hoché la tête, pas sûre de comment sonnerait un non.Il m’a saisie par le poignet et a pris le chemin du garage. Pendant qu’il conduisait, j’ai rangé mes pensées et aligné les questions que je voulais poser pour n’en oublier aucune







