Mag-log inLunaJe ne dors pas de la nuit.Allongée dans le lit de la tourelle, seule puisque Thomas est à Lyon, je regarde le plafond où les ombres de la pluie dansent à travers les fenêtres, projetées par les réverbères de la rue. Les heures passent, marquées par le carillon lointain de l'église du quartier. Minuit. Une heure. Deux heures. Trois heures. Chaque coup de cloche résonne dans ma poitrine comme un rappel du temps qui file, des décisions qui ne sont pas prises, des vérités qui ne sont pas dites.Mon esprit tourne en boucle comme un hamster dans sa roue, repassant sans cesse les mêmes pensées, les mêmes questions, les mêmes impossibilités. Je me retourne dans le lit, je repousse les couvertures, je les ramène sur moi, je fixe le plafond, je ferme les yeux, je les rouvre.J'aime Thomas. C'est une certitude, la seule peut-être dans ce chaos qu'est devenue ma vie. Je l'aime depuis le premier jour, depuis s
Il relève les yeux. Ils sont humides, brillants de larmes contenues. Alex, l'homme de marbre, l'homme qui ne montre jamais rien, qui contrôle chacune de ses expressions, est au bord des larmes dans sa cuisine, devant une cocotte de bœuf bourguignon.— Je sais que tu aimes Thomas. Je le sais depuis le début. Je sais que tu ne le quitteras pas pour moi. Je sais que je ne suis pas ton avenir, pas ton port d'attache, pas l'homme avec qui tu construiras une vie normale. Je sais tout ça. Et ça me déchire, Luna. Ça me déchire d'une manière que je ne peux même pas t'expliquer, une douleur sourde qui ne me quitte jamais. Mais je préfère t'avoir à moitié que pas du tout. Je préfère partager ton cœur avec lui que de ne pas y avoir de place du tout. Je préfère être le deuxième, l'ombre, le secret, plutôt que de ne plus te voir.Il se lève brusquement, comme s'il ne supportait plus d'être assis, va vers la cuisinière, éteint le feu sous la cocotte.
LunaLa pluie tombe sur Paris depuis trois jours. Une pluie fine et persistante qui transforme les rues en miroirs sombres, qui fait briller les toits d'ardoise comme des écailles de poisson, qui emplit la maison de cette odeur particulière de pierre humide et de bois ancien. Le jardin est noyé sous des rideaux de bruine qui dansent dans le vent, les feuilles du tilleul alourdies d'eau s'inclinent vers le sol comme des mains suppliantes, les roses commencent à perdre leurs pétales qui jonchent les allées de gravier comme des confettis fanés.Ce soir, Thomas est en déplacement. Une conférence à Lyon, deux jours, peut-être trois, il ne savait pas exactement. Il m'a embrassée sur le front ce matin avant de partir, ses lèvres encore chaudes de sommeil, m'a promis de m'apporter des pralines roses de chez Pralus , les vraies, celles qui fondent sur la langue , m'a dit qu'il m'aimait en me regardant avec ses grands yeux sincères. La porte s'est refermé
Le ton est calme, presque doux, presque poli. Mais il y a quelque chose en dessous, une violence à peine voilée, une promesse de conséquences terribles qui fait frissonner l'air autour de nous. Philippe a pâli. Son visage rubicond perd ses couleurs, passe du rouge brique au blanc crayeux en quelques secondes. Il ouvre la bouche, la referme, comme un poisson hors de l'eau.— Je... Je ne voulais pas... C'était une plaisanterie. Juste une plaisanterie. Il n'y a pas de mal.— Je sais très bien ce que tu voulais. Je connais tes petites habitudes, Philippe. Je les connais depuis des années. Et je te conseille de ne pas insister. Ni ce soir, ni un autre soir. Ni avec Luna, ni avec aucune autre femme qui ne t'a pas clairement exprimé son intérêt. Est-ce que je me fais bien comprendre ?Philippe recule d'un pas, puis d'un autre. Son visage est passé du sourire charmeur à une expression de crainte presque enfantine, celle d'un
LunaLa fête des voisins. Je déteste ce genre d'événements depuis toujours. Ces rassemblements forcés où chacun fait semblant de s'intéresser à la vie des autres, où les sourires sont trop larges et les conversations trop vides, où l'on commente la météo et le prix de l'immobilier comme si c'étaient des sujets passionnants. Mais Thomas adore ça. Il voit dans ces fêtes l'occasion de rencontrer des gens, de tisser des liens, de comprendre le quartier, de s'enraciner dans ce nouveau territoire qu'il considère déjà comme le nôtre.— C'est important, Luna, m'a-t-il dit ce matin en enfilant sa chemise bleue, celle que je préfère, celle qui fait ressortir la couleur de ses yeux. On vient d'emménager, il faut qu'on s'intègre. Les voisins, c'est comme une famille élargie. Et puis Alex nous prête sa maison, c'est la moindre des choses qu'on représente dignement la propriété.La propriété. Comme si cette maison était la sienne.
LunaQuelque chose ne va pas.Je le sens depuis quelques jours. Une intuition, un sixième sens que j'ai développé à force de mentir, de cacher, de dissimuler. On reconnaît le mensonge chez les autres quand on le pratique soi-même. Et Thomas ment. Thomas me cache quelque chose.Les premiers signes sont infimes. Un retard au dîner, une excuse un peu trop vague.— Désolé ma puce, une réunion qui a duré.Je n'ai rien dit. J'ai souri, j'ai réchauffé son assiette. Mais j'ai noté la façon dont ses yeux avaient glissé vers