INICIAR SESIÓN
CHAPITRE 1 : La Nuit où tout bascule
La nuit était froide, mais Camila ne le sentait pas. Elle marchait d'un pas rapide, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le regard fixé sur le trottoir dégradé. Le quartier était calme, trop calme pour une ville comme celle-ci. D'habitude, elle prenait sa voiture, mais le moteur avait rendu l'âme et le garagiste n'aurait pas de pièce avant trois jours. Elle n'avait pas le choix. Et puis, c'était à dix minutes à pied. Dix minutes. Rien de plus.
Ses pensées vagabondaient entre le dossier qu'elle n'avait pas fini de traiter et le frigo vide qui l'attendait chez elle. Elle ne pensait plus à lui, pas vraiment. Plus depuis longtemps. Pourtant, ce soir, une inexplicable impression de solitude pesait sur ses épaules, plus lourde que d'habitude.
La première chose qu'elle remarqua, ce fut la lumière du lampadaire qui vacillait. Une seconde. Deux secondes. Puis elle s'éteignit complètement. L'obscurité tomba sur la rue comme un rideau de velours noir.
Camila s'arrêta net.
Son instinct, celui qui lui avait sauvé la mise plus d'une fois depuis la mort de son père, hurla dans sa tête. Elle fit demi-tour, décidée à prendre un autre chemin, même plus long.
Ce fut à cet instant précis que la fourgonnette surgit.
Pas de bruit de moteur, pas de phare. Juste une masse sombre qui glissa sur le bitume et s'arrêta devant elle, bloquant la rue. Les portes arrière s'ouvrirent dans un grincement métallique.
Camila n'eut pas le temps de crier.
Une main gantée se plaqua sur sa bouche, une autre enserra sa taille, et elle fut soulevée du sol comme une poupée de chiffon. Elle se débattit, plantant ses ongles dans la première chair qu'elle trouva, mais l'homme ne broncha même pas. Il était trop grand, trop fort. Son corps fut projeté à l'intérieur du véhicule, et elle atterrit sur un sol métallique froid. La tête heurta la paroi, et un voile de douleur rouge traversa sa vision.
— Ne bouge pas, dit une voix. Une voix calme, presque polie.
Un pied pesant écrasa sa poitrine pour la maintenir au sol. Les portes claquèrent, le moteur rugit, et la fourgonnette démarra en trombe.
Camila suffoquait. Le poids sur sa cage thoracique l'empêchait de respirer correctement. Ses doigts cherchèrent désespérément une prise, une faiblesse, un espoir. Mais rien. Elle était aveuglée par un bandeau qu'on venait de lui nouer autour des yeux. Le tissu était rugueux et sentait le produit chimique. Sa bouche était bâillonnée par un linge qui la faisait presque vomir.
— Alors, elle est agitée ? fit une autre voix, plus masculine, plus grave, avec un accent qu'elle ne parvenait pas à identifier.
— Agitée et déterminée, répondit le premier. Elle m'a griffé. Jolie petite chose, en tout cas.
— Ferme-la et concentre-toi sur la route. On a des ordres.
Camila se força à ralentir sa respiration. Son cœur tambourinait contre ses côtes comme un oiseau pris au piège. Elle essayait de se souvenir de chaque détail, de chaque infime perception sensorielle. L'odeur du diesel. Les vibrations du moteur sous elle. La chaleur des corps qui l'entouraient. Ils étaient trois. Trois hommes. Leurs respirations, leurs silences entre les mots.
La douleur dans sa tête pulsait en rythme avec le battement de ses paupières. Elle sentit une chaleur humide couler le long de sa tempe. Du sang. Elle saignait.
— On arrive, annonça le chauffeur. Et elle est plus belle que sur les photos.
Camila serra les mâchoires contre le bâillon. Elle voulut crier, griffer, mordre, mais quelque chose en elle savait que ce n'était pas le moment. Si elle s'épuisait maintenant, elle n'aurait plus de force pour la suite. Elle se força à rester immobile, à écouter. Les infos. Les indices. Tout ce qui pourrait l'aider à survivre.
Où l'emmenaient-ils ? Et pourquoi ?
La question tournait dans son esprit comme un serpent enroulé autour de ses pensées. Elle n'avait pas d'ennemis. Enfin, pas qu'elle sache. Elle s'était fait une vie discrète. Un travail sans prétention. Pas de dettes, pas de liaisons dangereuses, pas de secrets.
Pas de secrets ?
Le visage de son père lui apparut en flash. Ce sourire qu'il avait eu, la dernière fois qu'elle l'avait vu. Ce sourire qui ne lui était pas vraiment adressé, mais à quelqu'un qui se tenait derrière elle. Elle n'avait jamais su qui. La question l'avait hantée pendant des mois, jusqu'à ce qu'elle choisisse de l'enterrer dans un coin de son esprit.
La fourgonnette ralentit. Les graviers crissèrent sous les pneus. Ils n'étaient plus sur la route, mais sur un chemin de terre.
Camila se prépara. Elle ne savait pas ce qui l'attendait, mais elle allait se battre. Jusqu'au bout.
— Sortez-la, ordonna le chauffeur.
Les portes s'ouvrirent. L'air frais de la nuit la frappa au visage, mêlé à des effluves de pin et de terre humide. Elle était à la campagne, loin de la ville. Une clôture de fer forgé grinça dans le lointain, suivie d'un déclic électrique. Une porte automatique.
Des mains la saisirent sous les bras et la sortirent de la fourgonnette avec une brutalité inutile. Ses jambes flageolèrent, et elle aurait chuté si les hommes ne l'avaient pas maintenue debout. Elle serra les dents, refusant de montrer la moindre faiblesse. Elle n'était pas une victime. Jamais.
— Bouge, ordonna la voix polie.
Les graviers crissaient sous ses semelles. Puis ses pieds rencontrèrent un sol lisse, du marbre ou de la pierre polie. L'écho de ses pas se transforma. Elle était à l'intérieur. L'odeur de cire et de bois ancien emplit ses narines.
— Montez-la à l'étage, dit une nouvelle voix, féminine celle-ci, avec un mépris glacé. James veut la voir en privé. Mais d'abord, qu'on la prépare. Elle est en sang.
James.
Le nom la frappa comme un coup de poing dans l'estomac. Elle chercha à se souvenir. James ? Un client ? Un collègue ? Le nom était banal, trop banal.
— James est arrivé ? demanda un des hommes.
— Il est dans son bureau. Et il n'aime pas attendre, répondit la femme.
Les mains la poussèrent vers l'avant. Elle trébucha sur une marche. Un escalier. Elle compta les marches dans sa tête. Quinze. Dix-sept. Vingt. Un couloir. Une porte qui s'ouvrit sur une pièce immense. Le sol de bois craqua sous ses pas.
— Asseyez-vous.
On l'obligea à s'installer sur une chaise. Elle était rembourrée. Une chaise de bureau. Était-ce là que le fameux "James" l'attendait ?
Soudain, une main tira le bandeau de ses yeux.
La lumière l'aveugla. Elle cligna plusieurs fois, les pupilles se contractant sous l'éclat d'un lustre en cristal. Elle n'avait jamais vu autant de luxe d'un seul coup : des murs tapissés de soie, des meubles en acajou, des tableaux anciens, un bureau massif derrière lequel trônait une silhouette noire.
La silhouette ne bougeait pas. Elle regardait Camila à travers l'ombre, immobile comme une statue. Les hommes qui l'avaient transportée reculèrent d'un pas.
— Laissez-nous, dit la silhouette.
La voix était grave, chaude. Un frisson parcourut l'échine de Camila. Elle connaissait cette voix. Pas de façon immédiate, pas par une certitude, mais par une vibration dans sa mémoire. Une tension, un écho douloureux enfoui sous des années de silence.
Les hommes sortirent. La porte claqua derrière eux.
Camila resta assise sur la chaise, le corps en alerte. Elle n'osa pas bouger, n'osa pas détacher son regard du bureau.
Puis la silhouette se leva. Elle avançait lentement, presque majestueusement, comme un prédateur qui prend son temps pour savourer sa proie. La lumière du lustre éclaira ses traits l'un après l'autre, d'abord sa mâchoire carrée, puis ses lèvres, puis le pli profond entre ses sourcils.
Son visage était anguleux, marqué par le temps et par quelque chose d'autre. La colère. La souffrance. Un feu qu'on avait laissé brûler trop longtemps.
Elle l'avait reconnu avant même que le nom ne vienne.
— Non, souffla-t-elle.
Il s'arrêta à deux pas d'elle. Ses yeux, d'un bleu si sombre qu'ils en paraissaient noirs, plongèrent dans les siens. Son regard était pire que ses mains. Il la fouilla, la dénuda, la jugea.
— Bonsoir, Camila, dit-il d'une voix douce. Tu as changé.
Ses doigts se refermèrent sur l'accoudoir de la chaise, les jointures blanchissant sous l'effort. Elle ne pouvait pas bouger, pas parler, à peine respirer.
— Toi, murmura-t-elle, la voix brisée. Toi... après toutes ces années...
Il inclina la tête, un sourire amer aux lèvres.
— Tu croyais que j'étais mort ? J'ai peut-être été enterré vivant, mais je n'ai jamais vraiment cessé de vivre. Pas tant que je n'aurais pas obtenu ce que je voulais.
— Qu'est-ce que tu veux, James ?
Il se pencha vers elle, si près qu'elle sentit son odeur. La même. Cette fragrance de bois et de cuir qu'elle n'avait jamais oubliée, malgré tout. Il posa une main sur sa nuque, presque tendrement, et ses doigts s'enfoncèrent dans ses cheveux.
Il inclina son visage vers elle jusqu'à ce que ses lèvres frôlent son oreille. Son souffle était chaud et régulier.
— La vérité, murmura-t-il. Tu vas me dire toute la vérité, Camila. Sur toi, sur ta famille, sur ce qui s'est vraiment passé la nuit où ton père est mort. Parce que tu n'es pas juste une ancienne amante. Tu es le dernier témoin. Et je vais tout arracher de toi, même si je dois te briser pour y arriver.
Il la relâcha aussi brusquement qu'il l'avait prise. Puis il recula de deux pas et la regarda, les bras croisés.
— Bienvenue chez toi, Camila. Pour un moment, du moins.
Elle le regarda, les yeux débordant d'incompréhension et de rage.
— Pourquoi ? Pourquoi m'avoir enlevée ? Pourquoi m'avoir fait ça ?
Il haussa les épaules.
— Parce que tu n'aurais jamais voulu venir de ton plein gré.
Il tourna les talons et se dirigea vers la porte.
— Repose-toi, Camila. La première journée est toujours la plus dure. Demain, tu commenceras à parler.
Il sortit, la laissant seule dans la pièce luxueuse, l'esprit en déroute. Elle entendit le bruit d'une serrure qui s'activait derrière la porte.
Elle était prisonnière.
Et son ravisseur n'était pas un inconnu. C'était l'homme qu'elle avait aimé. L'homme qu'elle avait cru perdu. L'homme qui venait de lui jurer qu'il la briserait pour obtenir ce qu'il voulait.
Camila posa les mains sur ses genoux tremblants et regarda le lustre au plafond, les larmes qu'elle refusait de laisser couler.
Que s'était-il passé pendant toutes ces années ?
Et pourquoi, au fond d'elle-même, une partie d'elle était-elle soulagée de le revoir ?
CHAPITRE 68 : Épilogue - Une Nouvelle CaptivitéDeux ans s'étaient écoulés depuis la naissance d'Antonio. Deux années de paix, de rires, de nuits blanches et de joies simples. La maison au bord du lac était devenue un véritable foyer, rempli de jouets éparpillés, de dessins d'enfants accrochés au réfrigérateur, et de rires qui résonnaient du matin au soir.Camila se tenait dans la cuisine, un tablier noué autour de la taille, en train de préparer le petit-déjeuner. Eléna, maintenant âgée de trois ans, était assise sur le comptoir, ses petites jambes se balançant dans le vide, les doigts couverts de confiture.— Maman, pourquoi les fraises sont rouges ?— Parce que la nature a décidé de les rendre belles, ma chérie.— Et pourquoi Antonio il pleure tout le temps ?— Parce qu'il est petit. Il apprend à parler.— Moi je parlais pas, je criais.Camila rit, déposant un baiser sur le front de sa fille.— Tu criais très fort, c'est vrai.Antonio, justement, se manifesta depuis son parc, un cr
CHAPITRE 67 : La RéactionJames était rentré de la montagne avec une blessure à l'épaule et une fatigue profonde, mais aussi avec une paix qu'il n'avait pas ressentie depuis des années. Vargas était mort. La menace qui planait sur leur famille s'était enfin dissipée. Il pouvait rentrer chez lui, embrasser sa femme, serrer sa fille dans ses bras, et commencer à vivre.Mais il y avait autre chose. Quelque chose que Camila lui avait dit avant son départ, quelque chose qui l'avait porté pendant les jours sombres passés loin d'elle. Elle était enceinte. Un deuxième enfant. Une nouvelle vie.Il passa les premiers jours à se reposer, à soigner sa blessure, à rattraper le temps perdu avec Eléna. La petite fille avait grandi pendant son absence, avait appris de nouveaux mots, de nouveaux gestes. Elle lui souriait, tendait les bras, gazouillait. Il la serrait contre lui, les larmes aux yeux, réalisant à quel point il avait failli tout perdre.Camila, de son côté, veillait sur lui avec une tendr
CHAPITRE 66 : Le Dernier SecretEléna avait six mois lorsque Camila découvrit qu'elle était de nouveau enceinte. Une grossesse surprise, non planifiée, qui la remplit d'une joie mêlée de terreur. Elle se souvenait de l'accouchement difficile d'Eléna, des nuits sans sommeil, de l'épuisement. Mais elle se souvenait aussi de la première fois qu'elle avait tenu sa fille dans ses bras, de la vague d'amour qui l'avait submergée.Cette fois, cependant, une peur sourde s'installait en elle. Une peur qu'elle n'osait pas nommer. James serait-il heureux ? Était-il prêt pour un deuxième enfant ? Leur vie venait à peine de se stabiliser, à peine de trouver un équilibre. Et Vargas était toujours en fuite, quelque part, une menace latente qui planait sur leur bonheur.Elle garda le secret pendant des jours, observant James, guettant ses réactions, cherchant le moment propice. Mais le moment ne venait jamais. Il y avait toujours quelque chose : une affaire urgente, un appel de Toni, une nuit difficil
CHAPITRE 65 : La Nouvelle VieLe mariage eut lieu au printemps, dans la petite chapelle de la propriété. Une cérémonie intime, loin des fastes et des mondanités. Juste les proches, ceux qui avaient partagé leurs épreuves et leurs victoires. Camila portait une robe simple, en soie ivoire, et James un costume sombre. Ils se dirent oui sous les yeux de Térésa, d'Élise, de Toni, et de Maïa, venue spécialement pour l'occasion.Quand ils s'embrassèrent, Camila sentit une paix profonde l'envahir. Ce baiser scellait bien plus qu'une union. Il scellait une promesse de reconstruire, de pardonner, d'aimer malgré tout.Les mois qui suivirent furent consacrés à leur nouvelle vie. Ils quittèrent la grande demeure pour une maison plus petite, nichée au bord d'un lac. Une maison lumineuse, aux murs blancs et aux fenêtres immenses, où le soleil entrait à flots. Ils la meublèrent ensemble, choisissant chaque objet, chaque couleur, chaque détail. Ce fut un lent apprentissage de la vie à deux, faite de c
CHAPITRE 64 : Le RetourLa demeure n'avait jamais paru aussi accueillante. Camila franchit le seuil, et une vague de chaleur l'enveloppa, pas celle des cheminées, mais celle des visages familiers qui l'attendaient. Térésa, Élise, Toni, tous étaient là, le sourire aux lèvres, les yeux brillants. Et James, à ses côtés, sa main dans la sienne, comme s'il craignait qu'elle ne s'envole.— Bienvenue à la maison, dit Térésa en s'approchant pour l'embrasser.Camila la serra contre elle, les larmes aux yeux.— Merci, Térésa. Merci d'avoir veillé sur lui pendant mon absence.— C'était la moindre des choses, dit Térésa en souriant. Et puis, il est insupportable quand tu n'es pas là.James protesta, mais Camila rit, un rire léger, libérateur.— Je vois que tu n'as pas changé, Térésa.— Jamais.Élise s'approcha à son tour, un peu timide.— Camila, je suis si heureuse de te revoir. J'espère que tu ne m'en veux pas trop.Camila la prit dans ses bras.— Je ne t'en veux pas, Élise. Tu as fait des erre
CHAPITRE 63 : La SolitudeL'absence de Camila avait laissé un vide béant dans la demeure. James errait dans les couloirs comme une âme en peine, incapable de trouver le sommeil, incapable de se concentrer. Chaque pièce lui rappelait Camila. La bibliothèque où elle aimait lire, la terrasse où ils regardaient le coucher de soleil, la chambre où ils s'aimaient. Tout n'était que souvenirs, et les souvenirs le hantaient.Il passait ses journées à travailler, à gérer les affaires courantes, à traquer Vargas. Mais rien ne parvenait à combler le vide. Il avait beau essayer de se convaincre que Camila avait besoin de temps, que c'était pour son bien, il ne pouvait s'empêcher de craindre qu'elle ne revienne jamais.Il se surprenait à regarder son téléphone toutes les cinq minutes, guettant un appel, un message. Quand elle appelait, il sentait son cœur s'emballer, sa voix le ramenant à la vie. Mais les appels étaient brefs, impersonnels. Camila semblait distante, comme si elle était ailleurs.Il







