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Chapitre 2

last update publish date: 2026-09-06 19:39:25

CHAPITRE 2 : La Demeure

La porte claqua, et le silence s'abattit sur Camila comme une chape de plomb.

Elle resta immobile sur la chaise, les doigts encore crispés sur l'accoudoir, le souffle court. James avait disparu. Il avait prononcé son nom, l'avait touchée, puis il était parti. Comme s'il n'avait fait que passer. Comme si tout cela n'était qu'une formalité pour lui.

Mais pour elle, c'était un séisme.

Elle se leva, les jambes tremblantes. La pièce tournait légèrement autour d'elle, et elle dut s'appuyer au bord du bureau pour ne pas tomber. Le bois était froid sous ses doigts. Elle ferma les yeux et inspira profondément. Une fois. Deux fois.

James.

Le nom résonnait dans sa tête comme une cloche fêlée. Elle l'avait aimé. Éperdument. Si intensément qu'elle avait cru en mourir quand il avait disparu. Un jour, il était là, ses bras autour d'elle, ses baisers sur sa peau. Le lendemain, plus rien. Pas de message, pas d'appel, pas d'adieu. Elle avait passé des mois à l'attendre, à guetter son retour, à espérer qu'il réapparaisse avec une explication qui ferait tout disparaître.

Mais il n'était jamais revenu.

Jusqu'à ce soir. Et il l'avait enlevée.

Camila ouvrit les yeux et scruta la pièce. Le bureau de James était une caverne de luxe : murs en boiserie sombre, bibliothèques remplies de livres reliés en cuir, un tapis persan aux couleurs éteintes. Les rideaux de velours étaient tirés, masquant la nuit au-dehors. Sur le bureau, une lampe en bronze éclairait des papiers épars. Elle s'approcha, espérant trouver un indice, un document, quelque chose qui lui dirait ce qu'il faisait là, pourquoi il l'avait prise.

Mais les papiers étaient en espagnol. Un code. Des noms. Le sien. Celui de son père. Une date : le jour où son père était mort.

Son cœur s'arrêta une seconde.

Elle ne put s'empêcher de toucher la page, comme si elle pouvait en extraire la vérité par le bout des doigts. La mort de son père était officiellement un accident. Un malaise au volant, une sortie de route, un corps retrouvé dans les décombres. Rien de plus.

Mais James croyait que c'était un meurtre.

— Tu te souviens de tout, n'est-ce pas ? murmura-t-elle, la gorge serrée.

Elle prit le document, le plia, et le glissa dans la poche intérieure de son manteau. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle sentait que ces informations lui seraient utiles. Qu'elles pourraient la sauver.

Un bruit de pas dans le couloir la fit sursauter. Elle recula vivement, essaya de reprendre une contenance. La porte s'ouvrit, et la silhouette de la femme qu'elle avait entendue plus tôt apparut.

Elle était grande, mince, avec des cheveux blonds tirés en un chignon sévère et des yeux d'un gris glacial. Elle portait une jupe noire et une chemise blanche, impeccablement repassée. Son regard parcourut Camila avec une telle indifférence qu'elle aurait pu être une plante d'intérieur.

— Suivez-moi, dit-elle. Je vais vous montrer votre chambre.

Camila ne bougea pas. Ses doigts tremblaient encore, mais sa voix était ferme.

— Qui êtes-vous ?

La femme la regarda, un sourire à peine esquissé.

— Je m'appelle Térésa. Je suis la sœur de James. Et j'imagine que vous avez beaucoup de questions. Mais elles ne seront pas résolues ce soir. Alors, suivez-moi.

Térésa. La sœur. Camila ne se souvenait pas que James ait une sœur. Quand ils étaient ensemble, il ne parlait jamais de sa famille. C'était un sujet tabou, un mystère qu'il gardait jalousement. Elle avait appris à ne pas poser de questions, à accepter les silences. Maintenant, elle regrettait.

Elle suivit Térésa dans le couloir, les murs tapissés de tableaux représentant des paysages d'une beauté mélancolique. Des natures mortes, des fleurs fanées, des ciels orageux. Tout dans cette maison respirait la mélancolie et le secret.

— Vous êtes où ? demanda Camila tandis qu'elles descendaient un escalier aux marches de marbre.

— Dans la propriété familiale. Au milieu de nulle part, à cent kilomètres de la ville la plus proche. Ne pensez pas à vous enfuir. Les gardes veillent, et les chiens sont lâchés la nuit.

— Je n'ai pas l'intention de m'enfuir.

— Bien sûr que si. C'est ce que font tous les prisonniers, au début. Mais vous êtes une prisonnière, Camila. Ne l'oubliez pas.

Elles arrivèrent devant une porte massive en bois sculpté. Térésa l'ouvrit et fit un geste pour indiquer l'intérieur.

La chambre était vaste, plus grande que l'appartement de Camila. Un lit à baldaquin trônait au centre, recouvert de draps de soie blanche. Un fauteuil près de la cheminée. Une armoire en chêne. Une fenêtre à double battant, mais les volets étaient clos.

Camila entra, sentant l'absurdité de la situation. Une prison dorée.

— La salle de bain est à côté, dit Térésa. Vous trouverez des vêtements dans l'armoire. Demain matin, James vous attendra pour le petit-déjeuner. Ne soyez pas en retard. Il déteste qu'on le fasse attendre.

La porte se referma, et Camila entendit le bruit d'une clé dans la serrure.

Elle resta debout au milieu de la chambre, les bras ballants. Tout autour d'elle, le luxe et l'élégance. Mais elle se sentait comme une bête en cage. Sa main droite glissa dans sa poche, cherchant le document volé. Il était toujours là. Un petit trésor dans ce cauchemar.

Elle se dirigea vers la fenêtre et tira les rideaux. L'obscurité était totale. Pas une lumière à l'horizon, pas un bruit de circulation, pas un signe de vie. Elle leva les yeux vers le ciel, si noir qu'il semblait avaler les étoiles. Elle était perdue.

Camila s'approcha du lit, s'assit sur le bord. Les draps sentaient le jasmin. Une odeur de richesse, de confort, de mort peut-être. Elle se déchaussa, retira son manteau, et le jeta sur le fauteuil. Ses muscles étaient douloureux, ses nerfs à vif.

Elle se leva de nouveau, incapable de rester en place. Elle marcha vers la salle de bain, s'arrêtant devant le miroir. Elle se vit : les cheveux en désordre, une fine traînée de sang séché sur la tempe, les yeux rougis. Elle avait l'air d'une survivante. Mais elle ne savait pas encore si elle allait survivre à ce qui l'attendait.

Elle se déshabilla, laissa ses vêtements tomber sur le carrelage, et entra sous la douche. L'eau chaude ruissela sur sa peau, délogeant la poussière, le sang, la peur. Elle ferma les yeux, et l'image de James lui revint.

Il avait changé. Son visage était plus dur, plus anguleux. Les traces d'une vie dure, d'une souffrance qu'il n'avait pas eue avant. Ses yeux, autrefois doux, étaient devenus froids, calculatoires. Mais derrière cette froideur, elle avait vu quelque chose. Une étincelle. Une ancienne blessure.

Il ne l'avait pas enlevée par hasard. Il voulait quelque chose d'elle. Mais était-ce vraiment la vérité ? Ou une autre forme de vengeance ?

Elle resta sous la douche jusqu'à ce que l'eau refroidisse. Puis elle s'enveloppa dans une serviette moelleuse, retourna dans la chambre, et ouvrit l'armoire. Elle choisit une chemise de nuit en soie, trop grande pour elle, mais confortable. Elle s'allongea sur le lit, les bras croisés, les yeux ouverts dans l'obscurité.

Son esprit était un cyclone. Les souvenirs, les questions, les hypothèses. Toutes les pièces d'un puzzle qu'elle n'avait jamais su assembler.

Elle se leva brusquement, se dirigea vers la fenêtre, et examina les volets. Ils étaient verrouillés de l'extérieur. Mais la fenêtre elle-même... Elle pouvait l'ouvrir. Elle le fit en silence, écoutant le grincement du bois. L'air frais de la nuit entra, chargé d'odeurs végétales.

Camila regarda en bas. Une chute de quatre mètres, sur une pelouse. Pas infranchissable.

Elle était tentée. Elle pouvait essayer de s'enfuir. Maintenant. Pendant qu'ils pensaient qu'elle dormait. Mais elle n'avait pas de plan, pas de repères, pas d'idée où elle se trouvait. De plus, elle avait volé ce document. Si elle s'enfuyait maintenant, elle perdrait peut-être la seule chance de comprendre ce qui s'était passé.

Elle referma la fenêtre, hésitante.

Dans le couloir, elle entendit des pas. Lents, réguliers. Ils s'arrêtèrent devant sa porte. Elle retint son souffle, attendant. La poignée tourna légèrement, mais la serrure tenait bon.

Puis les pas s'éloignèrent.

Camila resta immobile, le cœur battant. Elle ne savait pas qui avait essayé d'entrer. James ? Térésa ? Un des gardes ?

Elle n'avait pas le temps de le savoir. Elle regagna le lit, s'allongea en boule, et serra les draps contre elle.

Elle ne dormit pas de la nuit.

Le lendemain, le jour se leva sur une demeure de pierre, entourée de forêts profondes. Quand Camila ouvrit les yeux, elle était toujours là, toujours prisonnière.

Mais elle sentait que quelque chose avait changé.

Elle se leva, s'habilla avec les vêtements qu'elle avait trouvés dans l'armoire, et se dirigea vers la porte. Elle frappa doucement, espérant une réponse. La serrure cliqua. Térésa se tenait de l'autre côté, un sourire mince aux lèvres.

— Il vous attend. Suivez-moi.

Camila suivit la sœur de James, les poings serrés dans les poches de son pantalon. Elle allait lui parler. Le confronter. Obtenir des réponses.

Mais quand elle franchit la porte de la salle à manger, elle s'arrêta.

Ce n'était pas lui, l'homme assis à la table.

C'était un autre. Plus jeune, avec des cheveux blonds, un regard malicieux. Il lui sourit comme s'ils se connaissaient.

— Camila Epiphanio, dit-il en se levant. Enchanté. Moi, c'est Toni. Je suis un vieil ami de James. Asseyez-vous, je vous en prie. J'ai l'impression qu'on a beaucoup à se dire.

Camila cligna des yeux. Elle ne savait pas qui était cet homme, ni ce qu'il faisait là. Mais quelque chose dans son sourire lui disait qu'il n'était pas un allié.

Et James n'était pas encore apparu.

Le jeu commençait.

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