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Chapitre 87— La rencontre secrète

Author: Dledition
last update publish date: 2026-10-20 08:51:39

Isadora

Le jeudi, il pleut. Une pluie fine, froide, obstinée, qui transforme le parc en boue et la nuit en encre. Nous ne pouvions rêver mieux, la pluie couvre les pas, la pluie couvre les voix, la pluie tient à l'écart les curieux qui n'existent pas.

Nous prenons poste une heure avant, Amaury et moi, dans le renfoncement du mur de la serre, celui des outils, celui d'où l'on voit l'intérieur par la vitre cassée. Nous sommes serrés l'un contre l'autre dans l'étroite
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    IsadoraEt là, tout lâche.Tout ce que je tiens depuis le premier jour, depuis le carrosse, depuis le contrat, depuis la chapelle glaciale : tout lâche d'un coup, comme une digue dont personne n'a vu la fêlure, et je hurle.— Cinq ans ! Cinq ans de mensonge, et vous me l'avez fait porter ! Vous m'avez laissée douter, fouiller, veiller la nuit, avoir peur ! Vous m'avez regardée chercher ce que vous saviez que je cherchais, vous m'avez regardée trembler devant des portes, vous m'avez laissée croire, vous m'avez laissée écrire dans mes carnets que le duc voit peut-être, et vous lisiez, vous lisiez tout, même ça, même ma honte d'y croire !— Isadora...— Et moi ! — Je frappe son torse, mes poings frappent, une fois, deux fois, il ne bouge pas, il ne se défend pas. — Moi, qu'est-ce que j'étais ? Un pion ! Une pièce qu'on avance ! Vous m'avez épousée par calcul, parce que je n'avais rien à perdre, vous l'avez dit, vous l'avez dit comm

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    Isadora Cette nuit-là, je ne dors pas. Je ne dors plus, d'ailleurs : le sommeil a quitté cette maison comme les domestiques, en silence, un soir, sans prévenir. Vers deux heures, j'entends les pas. La ronde. Il fait sa ronde malgré tout, malgré nous, peut-être à cause de nous, parce que la ronde est la seule chose qui tienne encore debout dans sa vie. Les pas passent, s'éloignent vers l'aile est. Je me lève. Je ne réfléchis pas, je n'ai plus la force de réfléchir, j'obéis à quelque chose de plus ancien que la réflexion. Je passe ma robe, je sors, et je prends le passage. Le passage, je le connais maintenant comme ma chambre. La porte de pierre, les repères de craie, les tournants, la descente. Il fait un noir total, je n'apporte pas de lumière, je sais où je vais. J'atteins la deuxième meurtrière, celle du bureau, et je colle mon œil à la fente. Il est là. Il est dans son bureau, à trois heure

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    Isadora— Qu'est-ce qui vous tourmente ?Il le demande simplement, comme on demande l'heure, et c'est peut-être la première fois qu'il me pose cette question-là, la question simple, celle que personne ne m'a posée depuis ma mère. Nous restons debout dans le couloir, face à face, à égale distance de la chapelle et du reste du monde.Et je lui dis. Tout. La lettre de six pages, l'écriture tremblée, l'aveu : mon père savait, trois mois après la falaise il savait, un soir d'ivresse Montbrun a parlé, et mon père s'est tu pour protéger la mémoire de Clarisse, parce que la dénonciation aurait jeté les lettres au public, les fausses réponses, les brouillons fabriqués, la femme pour qui l'on tue. Je lui dis le mariage, je sais, offert comme un gage, vendue une deuxième fois à un homme que je savais honorable. Je lui dis le refus d'argent, le dernier acte, le méfiez-vous de tout, et de moi le premier.Il écoute. Il écoute sans m'interrompre une se

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    IsadoraLa lettre de mon père me tient éveillée deux nuits. La troisième, à l'aube, je ne peux plus.Je descends. Le château dort encore, la brume colle aux fenêtres, et mes pas me portent où ils veulent : vers l'aile ouest, vers la chapelle. La chapelle où l'on m'a mariée, un jour de pluie, entre un prêtre tremblant et un homme au bandeau noir. Je ne l'ai pas rouverte depuis. Je la pousse aujourd'hui, et elle gémit comme je m'y attendais, et l'odeur m'enveloppe : la cire, l'encens oublié, la terre humide, l'odeur de tous les siècles où des femmes sont venues ici demander ce qu'on ne leur donnait pas ailleurs.Je m'assois sur le premier banc. La poussière m'accueille sans étonnement. Les cierges sont morts depuis longtemps, mais il y en a un, près de l'autel, que quelqu'un a rallumé, récemment peut-être, qui sait qui prie ici quand je n'y suis pas.Je n'ai pas prié depuis l'enfance. Ma mère m'apprenait ses prières le soir, et après sa mo

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