Mag-log inLe même après-midi, chez les Segarra, Chantelle était assise près de la fenêtre avec sa grand-mère. La maison paraissait vide depuis le départ d’Hélène et de Théronie. Elles étaient sorties ensemble récupérer une ordonnance et quelques courses qu’on avait repoussées depuis la fête. Hélène avait demandé deux fois si elles pouvaient attendre ; Chantelle avait fini par l’envoyer prendre l’air au lieu de rester à tourner autour d’elle. — Nous sommes deux, avait-elle rappelé. Et je ne bouge pas du canapé. Sa grand-mère avait approuvé. À présent, elle essayait de lire, mais relevait les yeux chaque fois que Chantelle changeait de position. — Tu veux que je ferme un peu le rideau ? — Non. Ça va. — Tu dis ça depuis le déjeuner. Chantelle posa la main sur son ventre. Elle n’avait presque pas mangé. Elle avait surtout réussi à ne pas regarder de nouveau les photographies de la veille. Son téléphone vibra sur le coussin. Elle pensa à Hélène. Puis le nom de Collen apparut et elle se red
Clarisse ramena Stéphane chez eux après les soins. Nathan conduisait. Elle était restée à l’arrière avec son mari, la chemise remise au siège posée sur ses genoux. Stéphane n’avait pas voulu retourner chez les Segarra, où Chantelle essayait encore de se remettre de la veille. — Je veux rentrer à la maison, avait-il dit. Pas qu’elle me voie arriver comme ça au milieu du salon. Clarisse ne discuta pas. Elle prévint Hélène qu’ils rentraient de leur côté, sans détailler les coups dans un message. Ils en parleraient, mais Stéphane devait d’abord s’asseoir, retirer sa veste et respirer sans avoir à répondre à tout le monde. Nathan les aida jusqu’à la porte. Stéphane lui tendit ses clés et s’agaça de ne pas réussir lui-même à les trouver dans sa poche. Clarisse attendit qu’il soit assis pour défaire sa veste. — Ne tire pas, murmura-t-il. Elle s’arrêta aussitôt. — C’est toi qui bouges avec. — Je sais. Pardon. Elle dégagea doucement son bras et posa le vêtement sur une chaise. Il ava
Stéphane avait quitté les Segarra avec l’intention d’aller chez Collen. Avant de prendre la direction de la maison, il appela son secrétariat. On lui répondit que son frère était au siège et qu’aucun entretien ne pouvait être ajouté à son agenda. — Je ne demande pas de rendez-vous. Dites-lui que je viens. Il changea de direction au carrefour suivant. Son téléphone resta posé près du levier de vitesse ; il n’appela personne d’autre. Sur le parvis, il ralentit. Le nom Segarra avait disparu. Il ne restait que Wilkerson au-dessus des portes vitrées. Il leva les yeux vers l’enseigne, cherchant une bâche, une intervention en cours, quelque chose qui expliquerait qu’on ait retiré la moitié du nom sans les prévenir. À l’intérieur, le même nom occupait l’écran d’accueil. L’hôtesse le reconnut et se redressa. — Monsieur Segarra… — Qui a demandé qu’on change l’enseigne ? Elle regarda son écran. — Nous avons reçu des instructions ce matin. — De qui ? — De la direction. Il attendit q
Le jour du départ, Aurélien avait attendu Collen avec deux cafés. À présent, il se rappelait surtout Chantelle sur le seuil, la main posée sur son ventre, encore en vêtements de nuit. Elle lui avait demandé de ne pas garder son mari trop longtemps. Il avait répondu qu’il essaierait, puis s’était amusé de les voir prolonger leurs adieux. Dans le bureau d’Armand, Rhonda demanda : — Il t’a posé des questions pendant le trajet ? — Sur le rendez-vous, oui. Pas sur le fait de venir avec moi. Collen avait pris la route de Lyon sans imaginer qu’Aurélien lui préparait autre chose que cette rencontre professionnelle annoncée. Ils avaient parlé de leurs souvenirs, du mariage récent de Stéphane, de ce qu’ils feraient au retour. À un arrêt, Collen avait voulu téléphoner à Chantelle. Aurélien l’avait laissé faire ; il n’avait encore aucune raison de l’en empêcher. Plus tard, le lieu du rendez-vous avait changé. Un interlocuteur ne pouvait plus se déplacer ; il fallait le rejoindre. Collen av
Armand referma la porte du bureau. — D’abord, asseyez-vous. Personne ne le fit immédiatement. Aurélien récupéra la veste qu’il avait laissée sur un dossier, puis la reposa. Karl, lui, était déjà installé, une jambe étendue devant l’autre. Armand connaissait ses pratiques clandestines et ce que valait son titre de docteur ; ce n’était pas pour sa réputation médicale qu’il l’avait fait entrer ici. — Tu l’as amené jusqu’ici sans qu’il se doute de rien, dit Armand à Aurélien. Et tu es revenu avec lui devant toute sa famille. Ce n’était pas la partie la plus facile. — Il me faisait confiance. Il n’y avait ni excuse ni regret dans sa voix. Mégane prit enfin place à côté de Rhonda. Armand se tourna vers Karl. — Et lui tient le rôle prévu. Même quand on l’a frappé hier. Karl inclina la tête, satisfait. — Je vous avais dit que je pouvais vous aider. Ces mêmes mots, Armand les avait entendus au téléphone quelques semaines plus tôt. La veille, il avait appelé pour exiger qu’on donne s
Le premier téléphone sonna avant qu’on ait fini de rentrer les sacs. Clarisse regarda le nom, hésita, puis refusa l’appel. Stéphane portait le dernier carton dans la chambre préparée pour Chantelle. À l’intérieur, Hélène essayait de lui faire retirer sa robe : la doublure s’était accrochée à son soutien-gorge, et Chantelle n’arrivait plus à lever les bras sans pleurer. — Attends. Je vais le défaire, dit Hélène. — Il l’a mise dehors avec le reste. — Je sais. — Hier, il devait me trouver belle dedans. Hélène posa le vêtement sur le fauteuil. Chantelle s’assit sur le lit en chemise, les cheveux défaits. Théronie entra avec le petit vêtement qu’elle avait gardé contre elle pendant le trajet. Elle demanda si elle pouvait le laver avec les autres. — Pas maintenant, répondit Chantelle. — Je le mets ici, alors. Elle le posa à portée de sa main, bien déplié. Chantelle en toucha la manche. — Je l’avais rangé moi-même. Je voulais que tout soit prêt quand ils arriveraient. Personne n







