FAZER LOGINAlma, la styliste, m’avait appelée pour l’essayage.– J’ai la robe parfaite pour vous, dit-elle. Venez demain.J’y allai seule. Julien était pris par une réunion – ou il avait besoin de souffler, je ne savais pas. Peut-être les deux.La boutique sentait les fleurs blanches, comme la première fois. Alma m’accueillit avec un sourire.– Vous êtes nerveuse ?– Très.– C’est normal. Toutes mes clientes le sont.– Je ne suis pas comme vos clientes.– Si. Vous êtes une femme qui va se marier. Ou se fiancer, c’est presque pareil.– Ce n’est pas pareil.– Pour la robe, si.Elle sortit le modèle. Une robe blanche, longue, fluide. Pas de dentelle, pas de perles. Un tissu simple, presque austère, qui tombait droit le long du corps. Un décolleté modeste, des manches longues, une traîne légère.– Elle est sobre, dis-je.– Elle est élégante. Et elle vous ressemble.– Elle ne me ressemble pas. Je ne suis pas sobre.– Vous l’êtes devenue.Je ne répondis pas. Je me déshabillai, enfilai la robe.Dans le
Édouard appela le lendemain matin.Julien décrocha, posa le téléphone sur la table pour que j’entende.– Alors, mon petit-fils, c’est vrai ? Vous vous êtes fiancés ?– C’est vrai, Grand-père.– Enfin ! Je commençais à désespérer. Vous avez fixé une date ?– Pas encore. On prend notre temps.– Ne prenez pas trop de temps. Je ne suis pas éternel.– Grand-père…– Je rigole, je rigole. Enfin, pas vraiment. Mais je veux être là, pour la cérémonie. Je veux vous voir heureux.– Tu seras là, promit Julien.– Et Léa ? Elle est contente ?– Je suis très contente, Édouard, dis-je en m’approchant du téléphone.– Ma chère, je suis si heureux pour vous. Vous êtes la meilleure chose qui soit arrivée à mon petit-fils.– Vous êtes trop gentil.– Je suis réaliste. Alors, quand est-ce qu’on organise les fiançailles ? Je veux une grande fête. Toute la famille. Tous les amis. La presse, s’il le faut.– Grand-père, on n’a pas encore décidé…– Je m’en occupe. Ne vous inquiétez de rien. Je vous envoie la lis
Le lendemain, Julien sortit un écrin de son bureau.Il était petit, carré, en cuir noir. Il le posa sur la table de la cuisine, entre nos tasses de café.– Ouvre, dit-il.Je soulevai le couvercle. Un diamant. Gros, brillant, taillé en solitaire. Il jetait des éclats sous la lumière, des reflets bleutés qui dansaient sur les murs blancs.– Elle est magnifique, dis-je.– Elle était à ma mère. Mon père la lui a offerte pour leurs dix ans de mariage. Juste avant qu’elle ne tombe malade.– Julien…– Je ne te la donne pas. Je te la prête. Pour la cérémonie. Pour les photos. Pour que tout le monde croie.– Je sais.– Tu n’es pas obligée de la porter tout le temps. Seulement quand on est en public.– Je la porterai.Je pris la bague. Elle était lourde, plus lourde que je ne l’imaginais. Le métal était froid, le diamant dur. Je l’enfilai à mon annulaire. Elle brillait, trop grande, trop voyante. Elle ne me ressemblait pas.– Elle te va bien, dit Julien.– Elle ne me va pas du tout.– Si. Elle
– Ne sois pas désolé. Sois conséquent. Assume ce que tu es : un lâche, un menteur, un type qui a besoin d’écraser les autres pour se sentir grand.– Tu as raison, dit-il, la voix étranglée. J’ai été nul. Mais j’ai changé, en prison.– On ne change pas en prison. On apprend à mieux cacher ses défauts.Il baissa la tête. Je m’approchai.– Écoute-moi bien, Thomas. Tu ne me reverras plus. Tu ne nous reverras plus. Si tu tentes quoi que ce soit – un article, une interview, une lettre anonyme – Julien te détruira. Et moi, je te regarderai brûler sans lever le petit doigt.– Tu es devenue dure, dit-il.– Tu m’as rendue dure. Merci pour ça.Je tournai les talons. Je retournai vers Julien, qui m’attendait dans l’embrasure de la porte.– C’est fini ? demanda-t-il.– C’est fini.Il me prit dans ses bras. Je me blottis contre lui, le visage enfoui dans son cou.– Je t’aime, murmurai-je.– Je t’aime aussi.Nous restâmes enlacés un long moment, le temps que la rage s’apaise, que les larmes sèchent.
Thomas continua, encouragé par le silence de Julien.– Tu sais, Léa, elle n’a jamais compté pour moi. C’était une bonne poire. Une fille qu’on épouse parce qu’elle est gentille, parce qu’elle cuisine bien, parce qu’elle ne pose pas de questions. Mais elle ne m’a jamais fait vibrer. Jamais.– Ce ne sont pas mes affaires, dit Julien froidement.– Si, ce sont tes affaires. Parce que toi, tu es en train de tomber dans le même piège. Elle t’endort avec ses sourires, ses petits plats, ses nuits au coin du feu. Mais un jour, tu te réveilleras. Et tu verras qu’elle n’est rien. Juste une fille brisée qui a besoin qu’on la porte.– Tu as fini ?– Presque. Je voulais juste que tu saches que, pour moi, elle n’a jamais été qu’un plan B. Un filet de sécurité. Une conne qui m’attendait sagement à la maison pendant que je m’envoyais d’autres femmes.La rage me submergea.Je me levai. Je voulais entrer. Je voulais lui crier à la figure qu’il était un menteur, un lâche, une ordure. Je voulais lui faire
Deux millions. La salive sécha dans ma bouche.– Il n’aura pas un centime, dit Julien.– Il aura ce qu’il veut si on ne l’arrête pas, dis-je. La presse va s’emparer de l’histoire. Le contrat, le gigolo, le mensonge… tout va sortir.– On peut l’empêcher.– Comment ?– En le rencontrant. En lui parlant. En lui faisant peur.– Julien, c’est dangereux.– Je sais. Mais je ne vais pas me laisser faire par ce type. Pas après tout ce qu’il t’a fait.Il se tourna vers Renaud.– Organisez une rencontre. Dans un lieu public. Avec des gardes à proximité.– Je m’en occupe, dit Renaud.Il rangea ses photos, ses rapports, et partit.Je restai figée, les mains sur la table, le cœur battant.Thomas. Il était de retour. Il voulait de l’argent. Il voulait nous détruire.– Je t’accompagne, dis-je.– Non.– Je ne te laisserai pas y aller seul.– Léa…– C’est mon ex. C’est mon histoire. J’ai le droit d’être là.Il me regarda longuement, puis il soupira.– D’accord. Mais tu restes en retrait. Tu ne t’approc







