FAZER LOGINLes jours suivants, il ne me pressa pas.Il ne me parla pas de « je t’aime ». Il ne me demanda pas de réponse. Il ne me fit pas de grand geste, ni de déclaration. Il se contenta d’être là.Le matin, il préparait le café. Il me tendait ma tasse sans un mot, mais avec un petit sourire. Le soir, il cuisinait – des plats simples, des pâtes, des omelettes – et nous mangions ensemble, en silence, mais un silence apaisé.Il ne me touchait pas. Il ne cherchait pas mon regard. Il attendait.– Tu ne me demandes rien ? finis-je par lui dire, le troisième soir.– Non.– Pourquoi ?– Parce que tu as besoin de temps. Parce que je ne veux pas te brusquer. Parce que la dernière fois, j’ai tout gâché en allant trop vite.– Et si j’ai besoin de beaucoup de temps ?– Je prendrai beaucoup de temps.– Et si je n’arrive jamais à te répondre ?– Alors j’attendrai quand même.– C’est absurde.– C’est l’amour.Je ne sus pas quoi répondre. Je baissai les yeux sur mon assiette.Il avait changé. Il n’était plus
Il m’embrassa. Doucement, longuement, comme pour sceller une promesse.– Tu veux qu’on déchire le contrat ? demanda-t-il.– Pas tout de suite.– Pourquoi ?– Parce que j’aime l’avoir sous les yeux. Il me rappelle d’où on vient. Il me rappelle qu’on a survécu à nos mensonges.– Tu es étrange, dit-il.– Toi aussi.– On est faits pour s’entendre.Il me prit dans ses bras. Je me blottis contre sa poitrine, écoutant son cœur battre.– Demain, on annonce la bonne nouvelle à ton grand-père ? demandai-je.– La bonne nouvelle ?– Qu’on est vraiment ensemble. Plus de contrat. Plus de mensonges.– Il sera heureux.– Il le mérite.– Toi aussi, tu le mérites.Je levai la tête. Je le regardai.– Je t’aime, Julien.– Je t’aime aussi, Léa.Nous restâmes enlacés jusqu’à ce que la nuit tombe.Le contrat était toujours là, dans le tiroir.Mais il ne pesait plus rien.***Il avait dit « je t’aime ».Je l’avais entendu. Je l’avais même répété, une fois, dans le jardin de son grand-père. Mais là, dans le s
Le reste du week-end fut différent.Nous ne jouions plus la comédie. Nous étions nous-mêmes – fragiles, hésitants, mais vrais. Nous nous promenions dans le jardin main dans la main, sans parler. Nous regardions la rivière couler, les feuilles tomber. Julien me caressait les cheveux, je posais ma tête sur son épaule.– Je ne veux plus te perdre, murmura-t-il.– Tu ne me perdras pas.– Tu ne peux pas le promettre.– Si. Je le peux. Parce que je choisis de rester. Pas à cause du contrat. Parce que je t’aime.Il s’arrêta. Il me regarda, ses yeux brillants.– Dis-le encore, dit-il.– Je t’aime.– Encore.– Je t’aime, Julien.Il m’embrassa. Un baiser lent, profond, qui semblait durer des heures.– Je t’aime aussi, dit-il contre mes lèvres. Depuis le premier jour. Depuis le café. Depuis que tu as levé les yeux vers moi.– Tu portais des lunettes de soleil.– Je t’ai regardée quand même. Longtemps. Avant d’enlever mes lunettes. Je t’ai vue, fragile et forte à la fois. Et j’ai su que tu serais
– Parce que je t’aime, imbécile. Parce que je t’aime et que j’ai peur. Parce que tu m’as dit que ce n’était que du sexe et que ça m’a brisée.– Je sais. Je suis désolé. Je suis vraiment désolé.Il se leva, vint s’agenouiller devant moi. Il prit mes mains.– Je t’aime, Léa. Je ne veux plus mentir. Je ne veux plus jouer. Je veux être avec toi. Vraiment. Pour de vrai.– Et le contrat ?– On le déchire.– Et ton héritage ?– On trouvera une solution.– Et si ton grand-père apprend la vérité ?– Il la saura. Un jour. Mais pas ce soir. Ce soir, je veux juste être avec toi.Il m’embrassa. Doucement, longuement. Ses lèvres avaient le goût des larmes et du porto.Je pleurais encore. Mais ce n’étaient plus des larmes de peur.C’étaient des larmes de joie.***Le lendemain matin, Édouard nous invita à prendre le petit-déjeuner dans sa chambre.Il était dans son fauteuil roulant, près de la fenêtre. La lumière du soleil éclairait son visage ridé, ses mains osseuses posées sur une tasse de thé.–
Édouard hocha la tête, grave.– C’est une peur légitime, ma chère. Mais vous êtes jeune. Et vous avez Julien.Julien ne dit rien. Il ne me regardait pas.– À toi, mon petit-fils, dit Édouard.Julien piocha. Il lut la carte en silence. Son visage se crispa.– Je ne peux pas répondre à celle-ci, dit-il.– Pourquoi ? demanda Édouard.– Parce que c’est trop personnel.– C’est le jeu de la vérité. Rien n’est trop personnel.Julien me jeta un coup d’œil. Puis il posa la carte sur la table, face visible. Je lus la question : « Avez-vous déjà aimé quelqu’un sans le lui dire ? »Le silence s’étira. Édouard attendait, bienveillant mais ferme. Julien regardait la table, ses mains croisées.– Oui, dit-il enfin. Et je le regrette.– Qui ? demanda Édouard.– Je ne peux pas dire.– Pourquoi ?– Parce que j’ai peur de sa réponse.Mon cœur s’arrêta. Il parlait de moi. Je le savais. Édouard le savait aussi. Le vieil homme sourit doucement.– Parfois, dit-il, il faut prendre des risques. L’orgueil, c’es
Le vendredi, Édouard appela.Julien décrocha dans le salon. Je l’entendis parler, sa voix douce, respectueuse. Puis il vint frapper à ma porte.– C’est mon grand-père, dit-il à travers le bois. Il veut qu’on passe le week-end chez lui.– Tous les deux ?– Oui. Il dit qu’il a besoin de voir des visages heureux.– On n’est pas heureux.– Il ne le sait pas.Je rouvris la porte. Il était là, en jean et pull-over, les mains dans les poches. Il avait les traits tirés, les cernes plus profonds que jamais.– On va devoir jouer la comédie, dis-je.– Oui.– Sourires forcés. Mains qui se tiennent. Regards amoureux.– Oui.– Tu crois que tu vas y arriver ?– Je vais essayer.– Essaie mieux que ça.Il me regarda. Il y avait dans ses yeux quelque chose de fragile, de suppliant. Pas pour lui – pour son grand-père.– S’il te plaît, Léa. Fais-le pour lui.Je soupirai. Je n’avais pas le cœur de refuser.– D’accord. Mais ce n’est pas pour toi.– Je sais.– C’est pour lui. Parce qu’il est gentil. Parce q







