LOGINJe trouvai un studio de danse dans le 10e arrondissement.C’était petit, mal éclairé, mais le loyer était modeste. Le propriétaire, un ancien danseur nommé Victor, accepta de me louer les heures creuses – les matins, surtout, quand les gens travaillaient.– Tu es sûre de vouloir te lancer ? demanda-t-il. C’est dur, le métier.– Je sais. J’ai déjà donné des cours, avant.– Avant quoi ?– Avant ma vie d’avant.Il ne posa pas de questions. Il avait l’habitude des histoires brisées.Je commençai avec trois élèves. Des femmes, surtout, des quadragénaires qui voulaient se remettre en forme, ou retrouver une activité. Je leur apprenais les bases – les positions, les pas, la grâce. Mes jambes me faisaient mal, mes pieds saignaient. Mais je souriais.– Vous êtes douée, dit l’une d’elles, après le cours.– Merci. J’ai beaucoup pratiqué.– Vous étiez danseuse professionnelle ?– Presque.– Pourquoi vous avez arrêté ?– La vie. Les hommes. Les mensonges.Elle ne comprit pas. Mais elle hocha la tê
Les conséquences ne se firent pas attendre.Dès le lendemain de la conférence, les associés de Julien commencèrent à l’appeler. L’un après l’autre, ils annulaient des contrats, des partenariats, des accords conclus depuis des années. Les raisons étaient toujours les mêmes : « Notre image de marque », « La confiance des actionnaires », « Nous ne pouvons pas être associés à ce scandale. »– Combien ? demandai-je à Julien, un soir, alors qu’il raccrochait après une énième conversation.– Huit millions. Pour l’instant.– Huit millions ?– Ce n’est rien. J’en perdrai d’autres.– Tu fais comme si de rien n’était.– Parce que ce n’est rien, Léa. L’argent va et vient. Toi, tu restes.– Tu ne peux pas dire ça. C’est ton héritage. C’est l’entreprise de ton grand-père.– Mon grand-père est fier de nous. Il me l’a dit. Il préfère un petit-fils heureux avec une femme qu’il aime plutôt qu’un PDG richissime et seul.– Tu es sûr ?– Il me l’a dit. De sa bouche.Il se versa un verre d’eau, but une gor
Julien s’approcha du micro.Il ne tremblait pas. Il avait les épaules droites, le regard calme. Il prit ma main, la serra.– Léa a tout dit, commença-t-il. Ou presque.– Moi, j’ai menti. Dès le premier jour. Je me suis fait passer pour un gigolo. J’ai signé un contrat. J’ai accepté son argent. Je l’ai manipulée.– Pourquoi ? demanda un journaliste.– Parce que j’avais peur. Peur d’être seul. Peur de décevoir mon grand-père. Peur de l’aimer.– Et maintenant ?– Maintenant, je n’ai plus peur. Parce que je l’aime. Et parce qu’elle m’aime. Pas pour mon argent, pas pour mon nom. Pour moi.– Vous avez dit, à la fin de l’interview, « c’est moi le gigolo de son cœur ». C’était une phrase ?– C’était une promesse. Je serai toujours son gigolo. Pas payé, pas contraint, pas obligé. Parce que je veux passer ma vie à la rendre heureuse.Il se tourna vers moi.– Je t’aime, Léa Bennett. Je t’aimerai jusqu’à mon dernier souffle.– Je t’aime aussi, Julien Belmont.Il m’embrassa. Devant les caméras, de
La conférence de presse eut lieu trois jours plus tard.Julien l’avait organisée dans une salle de l’hôtel George V. Les journalistes étaient nombreux – plus de cent, venus de tous les pays. Les caméras, les micros, les flashs. On aurait dit un procès, pas une déclaration d’amour.– Tu es prête ? demanda Julien dans les coulisses.– Non.– Moi non plus.– Alors on y va ?– On y va.Il me prit la main. Nous entrâmes dans la salle.Les flashs crépitèrent. Les questions fusèrent. Julien leva la main, demanda le silence.– Merci d’être venus, dit-il. Nous avons quelque chose à vous dire. Quelque chose d’important.– C’est une déclaration de mariage ? lança un journaliste.– Pas encore. D’abord, un aveu.Le silence se fit, plus profond.– Léa et moi, nous ne nous sommes pas rencontrés dans un café. Nous ne sommes pas tombés amoureux dès le premier regard. Au début, c’était un contrat. Je l’avais engagée. Pour le gala. Pour faire croire à mon grand-père que j’étais heureux.Les chuchotement
Le nouveau contrat était différent.Il n’avait pas été rédigé par un avocat, ni tapé à l’ordinateur. Julien l’avait écrit à la main, sur une feuille de papier blanc, posée sur la table de la cuisine. Les mots étaient simples, presque enfantins.« Je, Julien Belmont, promets d’aimer, respecter et protéger Léa Bennett, sans condition, sans limite, sans date de fin. »« Je, Léa Bennett, promets d’aimer, respecter et protéger Julien Belmont, sans condition, sans limite, sans date de fin. »« Nous promettons de nous parler, de nous pardonner, de nous soutenir. De ne jamais utiliser le mot "contrat" à moins qu’il ne s’agisse de nos impôts. »« Signé à Paris, le 15 novembre. »Je lus la feuille trois fois, les yeux embués.– Il n’y a pas de clause de rupture, dis-je.– Non.– Pas de durée.– Non.– Pas de règles sur les émotions.– Non. Les émotions, c’est tout ce qu’on a.– Tu es sûr de vouloir faire ça ?– Je n’ai jamais été aussi sûr de rien.Il me tendit le stylo.– À toi.Je signai. Mon
Cette nuit-là, je ne dormis pas.Je restai allongée dans son lit – nous dormions ensemble, maintenant, la chambre d’amis était devenue un bureau. Il avait son bras passé sous ma nuque, sa main posée sur mon ventre. Il respirait doucement, apaisé.Moi, je regardais le plafond, les ombres, les souvenirs.L’autel. Thomas. Les chuchotements. La honte.Je me rappelai chaque détail. La robe blanche, trop serrée à la taille. Les gants en dentelle que j’avais enlevés un par un. Le téléphone qui vibrait, le message fatal.« Elle est enceinte, désolé. »Les larmes montèrent. Je les retins. Mais elles étaient plus fortes que moi. Elles coulèrent, silencieuses, sur mes joues, sur l’oreiller.Julien sentit mes sanglots. Il se réveilla, doucement.– Léa ? Tu pleures ?– Oui.– Pourquoi ?– J’ai peur.– De quoi ?– De recommencer. De croire. De me tromper.– Tu ne te trompes pas.– Comment tu peux en être sûr ?– Parce que je suis là. Parce que je ne suis pas Thomas. Parce que je ne te laisserai jam







