Mila
Je sais ce qu’il mange au petit-déjeuner.
Trois œufs brouillés, un café noir, jamais de sucre.
Je sais comment il respire quand il dort, je l’ai écouté pendant des heures, à travers les murs, derrière les portes, sur les enregistrements volés.
Je sais à quelle heure il se réveille. Toujours entre 6h47 et 6h53, sauf quand il a bu la veille.
Je sais ce qu’il lit même s’il ne finit jamais ses livres. Il commence tout, abandonne tout. Sauf la musique.
Et surtout, je sais qu’il ne se souvient jamais de ses rêves. Il l’a dit une fois, en interview. Il l’a dit comme si c’était banal. Pour moi, c’était une révélation. Comme un code secret qu’il m’adressait. Un vide à combler. Un rôle à jouer.
Il est 3h42. J’ai le souffle coupé.
Pas à cause du froid ,la clim est coupée .
Mais parce que je suis là.
Dans sa chambre d’hôtel.
Assise. Sur le fauteuil en cuir beige. Celui qu’on voit en fond sur ses stories I*******m. Celui qu’il n’utilise jamais. Celui qui attendait que je m’y assoie. Que je m’imprime dans le décor de sa vie.
Il dort paisiblement . Il a gardé ses écouteurs. Je distingue le fil blanc qui dépasse de son oreille gauche. Il doit écouter les maquettes de ses nouveaux morceaux. Ou peut-être sa propre voix, en boucle.
Son bras droit est replié sous sa tête. L’autre repose sur le drap, ouvert, offert.
Je l’entends respirer.
Chaque inspiration est un secret que je recueille.
Je pourrais rester ici pour toujours.
Ne rien dire juste le regarder et l’aimer en silence.
Chaque détail me traverse comme un frisson.
Je repense à la première fois où je l’ai vu sur scène. Il y avait des milliers de gens. Ils criaient, pleuraient, brandissaient leurs téléphones. Mais moi, j’étais immobile. J’étais figée. Comme si mon cœur reconnaissait quelque chose.
Ce n’était pas de l’admiration. C’était de la certitude.
Lui , c’était lui....et moi, j’étais à lui.
Ce n’est pas du hasard, si je suis ici.
Ce n’est pas une coïncidence.
J’ai attendu des semaines. Observé chaque date de concert , croisé les publications de ses fans , suivi les déplacements du van noir qui le transporte.
J’ai infiltré des groupes de fans privés, j’ai noté les horaires, j’ai posé des questions discrètes.
J’ai payé un faux badge de technicienne. Un type dans une ruelle m’a donné une clé magnétique. J’ai attendu qu’il cligne des yeux pour copier son code d’accès sur l’écran de l’hôtel.
J’ai menti. Beaucoup.
Mais maintenant… je suis là.
Et lui, il dort.
Il n’a pas encore vu mon visage.
Pas vraiment.
Une fois, à la sortie d’un concert, nos regards se sont croisés.
Il a souri.
Pas pour moi. Pour la foule. Mais je l’ai reçu comme un appel.
Comme une promesse.
Je n’ai pas détourné les yeux.
Lui non plus. Enfin… c’est ce que j’ai cru.
Ou voulu croire.
Et maintenant, j’attends.
Je ne vais pas le réveiller.
Pas encore.
Juste… rester un peu.
Me noyer dans sa présence.
Respirer en même temps que lui. Imaginer que c’est moi qu’il rêve.
J’ai lu que l’amour peut commencer à sens unique.
Et qu’ensuite, il se propage.
Comme une fièvre.
Comme un feu sans oxygène qui devient brasier dès qu’on ouvre la fenêtre.
Est-ce que ça fait de moi une folle ?
Je ne crois pas.
Je suis juste en avance.
Sur lui.
Sur nous.
Il a besoin de temps. Moi, j’ai déjà tout vu. Tout senti. Tout compris.
Je connais la forme exacte de ses mains.
Je sais que son oreille droite est légèrement plus basse que la gauche.
Je sais qu’il a une tâche de naissance dans le creux de l’épaule gauche.
Je sais que ses cicatrices sont discrètes, mais réelles.
Je sais qu’il doute, qu’il se cache derrière des lunettes de soleil et des punchlines.
Je sais que parfois, il regarde le public avec un vide dans les yeux.
Et je veux être celle qui le remplit.
Il a parlé un jour d’une chanson qu’il n’osait pas écrire.
Une chanson trop intime.
Je l’écrirai pour lui.
Je la connais déjà. Elle est en moi.
Chaque mot. Chaque note.
Je suis cette chanson.
Il ouvrira les yeux, un jour.
Et il comprendra.
Je suis celle qui a toujours été là.
Dans l’ombre.
À sa place.
La seule capable de comprendre ce qu’il ne dit jamais.
Je me lève doucement. Je m’approche du lit.
Ses paupières tremblent.
Un murmure s’échappe de ses lèvres , un prénom , mais ce n'est pas le mien , pas encore.
MilaLa journée s’étire avec une lenteur presque cruelle, chaque minute me rapprochant du soir et de ce moment où je pourrai enfin retrouver Eliah, mais me laissant suspendue dans une tension douce-amère. Les heures de réunion, de vérification, de planification se succèdent, chacune remplie de détails techniques, de discussions animées sur le timing, la disposition des équipes, la coordination avec les techniciens, mais je ne peux m’empêcher de sentir mon esprit constamment dériver vers lui, vers la chaleur de ses bras, la douceur de ses lèvres, la présence silencieuse que je garde en moi depuis ce matin.Je m’affaire à vérifier les affiches, à réorganiser les kits presse, à anticiper les moindres imprévus, tout en ajustant subtilement mes gestes pour que personne ne remarque mon agitation, cette chaleur qui persiste sous ma peau, ce frisson qui parcourt mon dos à chaque pensée de lui. Je souris intérieurement en imaginant son regard, sa présence dans la foule invisible autour de moi,
MilaJe m’éveille avant même que la lumière ne perce complètement la chambre, mes paupières lourdes mais mon esprit déjà alerte, une part de moi restant collée à Eliah, à sa chaleur, à la sensation de son corps qui épouse le mien. Je reste un moment immobile, le cœur battant doucement, comme pour ne pas rompre l’équilibre de cette bulle fragile que nous avons partagée cette nuit, et je sens un mélange étrange de désir et de précaution m’envahir. Je ne veux pas que cette intimité soit exposée, pas encore, pas aujourd’hui.Avec lenteur, je glisse mes doigts hors de ses bras, effleurant sa peau une dernière fois, imprimant dans ma mémoire chaque contact, chaque frisson, chaque souffle partagé. Je me redresse doucement, me sentant soudainement vulnérable et, en même temps, étrangement légère, comme si chaque geste du matin pouvait être un acte de préservation, de secret.Je m’habille avec soin, choisissant des vêtements simples mais élégants, que je peux revêtir rapidement sans attirer l’
EliahLa lumière filtre encore timidement par les rideaux, traçant des bandes douces sur le sol et sur nos corps enlacés, et je reste immobile, comme si le simple fait de respirer trop fort pourrait rompre l’équilibre fragile qui nous retient ici, dans cette chambre où le monde extérieur n’a plus aucune emprise. Je sens Mila contre moi, sa peau chaude contre la mienne, chaque souffle qui se mélange au mien, chaque frisson qui parcourt ses bras ou le long de ma poitrine, et je me surprends à ralentir ma propre respiration pour mieux savourer cette intimité suspendue.Ses doigts se déplacent avec une lenteur presque hésitante sur mon bras, frôlant chaque muscle comme pour vérifier que je suis encore là, qu’aucune part d’elle ne s’est égarée dans le sommeil ou dans la distance. Ses cheveux, épars sur ma peau, sont doux, humides encore de la nuit, et je ne peux m’empêcher de les écarter, de passer mes doigts dans cette cascade soyeuse, chaque mouvement une reconnaissance silencieuse de ce
EliahElle reprend, son corps épousant le mien avec une précision troublante, comme si chacun de ses mouvements avait été pensé d’avance, écrit pour moi, pour me posséder jusque dans ma respiration, jusque dans les fibres de mes muscles qui se tendent à son rythme. Chaque ondulation est une déclaration muette, une marque déposée au creux de ma peau, et je comprends qu’elle cherche à m’imprimer son empreinte, à m’empêcher de me dérober, comme si je pouvais encore le vouloir.Son souffle halète contre ma bouche, brûlant et fragile à la fois, parfois coupé de gémissements étouffés qu’elle tente de retenir, mordant ses lèvres comme pour garder le contrôle, mais qui lui échappent malgré elle, jaillissant dans ma gorge au moment précis où mes mains glissent sur ses reins, l’obligeant à plier davantage, à plonger plus profond dans la vague que nous créons ensemble.Ses cheveux retombent en cascade sur mon visage, me recouvrant comme un rideau qui m’enferme dans son monde, soyeux, entêtants,
EliahElle ne bouge pas tout de suite, elle me fixe encore, comme si elle voulait s’assurer que je suis bien là, ancré, incapable de me dérober, et ce silence lourd qu’elle installe volontairement est presque plus brûlant que n’importe quel contact. Ses doigts jouent avec le bord ouvert de ma chemise, effleurent ma peau par éclats, s’attardent sur chaque relief comme pour graver une cartographie intime dont elle seule aurait la clé.Elle se penche, ses lèvres à peine à un souffle des miennes, et murmure, d’une voix basse qui griffe l’air :— Tu vas me laisser te montrer.Je ne réponds pas. Je crois que je n’en suis même plus capable.Ses mains descendent, se posent sur mes cuisses, les serrent juste assez pour que je sente cette volonté de prise, puis elle remonte lentement sur moi, un genou de chaque côté, s’installant de manière à m’encercler complètement. Son bassin effleure le mien dans un mouvement qui n’est ni pressé ni hésitant, mais calculé au millimètre pour faire monter la t
EliahLa chaleur de son corps contre le mien est un feu que je ne peux plus ignorer, une braise vive qui dévore chaque parcelle de raison. Mes mains se coulent sur ses hanches, mes doigts s’enfoncent légèrement dans sa peau comme pour y marquer mon besoin, mes lèvres capturent les siennes avec une urgence presque douloureuse, et je sens déjà mon corps se tendre à la promesse de ce qui va suivre, cet instant suspendu où plus rien n’existe en dehors d’elle et de moi.Puis soudain, un coup sec, brutal, résonne contre la porte. Pas un simple toc-toc, mais une intrusion sonore qui fend l’air comme une lame, brisant net l’élan brûlant qui nous tenait, nous arrachant à cette bulle où nous n’étions plus que souffle et chaleur.— Qui est là ? Ma voix sort plus rauque que prévu, chargée à la fois d’agacement et de manque.— Eliah, c’est moi. Il faut qu’on parle.La voix est claire, déterminée, trop déterminée. Mila. Je ferme brièvement les yeux, le souffle coupé, partagé entre l’envie de l’igno