LOGINJe suis venue ici avec l’intention de séduire Aurèle Varenne. Pourtant, c’est son père, Côme, qui finit par retenir mon attention. À quarante-trois ans, vingt ans de plus que moi, il dégage une assurance naturelle et possède ce charme discret auquel il est difficile de rester indifférente. Peu à peu, mes pensées se tournent davantage vers lui que vers son fils. Un premier baiser inattendu vient bouleverser mes certitudes, donnant naissance à une complicité que nous préférons garder secrète. Entre regards échangés, silences éloquents et rencontres discrètes, un lien inattendu se tisse malgré les risques et les doutes. Aurèle ne doit jamais découvrir ce qui se passe. Mais plus nous essayons de préserver les apparences, plus il devient difficile d'ignorer les sentiments qui nous rapprochent. Et bientôt, nous devons faire face à une question essentielle : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour protéger ce secret ?
View MoreLe message d’Aurèle arrive au moment où Romy défait le troisième bouton de sa robe.
> Désolé, changement de programme. Répétition à Bordeaux. Ne m’attends pas. Tu peux dormir à la villa si tu veux.
Elle relit les quatre lignes, puis regarde la table basse : deux coupes, une bouteille de champagne dans un seau à glace, les feuilletés qu’il aime et qu’elle a transportés depuis Paris dans une glacière pour ne pas les abîmer. Son téléphone repose près des assiettes, écran encore allumé sur son prénom.
Sur le canapé, son manteau cache mal la pochette noire où elle a rangé de la lingerie choisie exprès pour ce soir.
Deux heures de train. Quarante minutes de voiture. Une robe dans laquelle elle respire à peine.
Pour quatre lignes.
— Connard.
Romy reboutonne sa robe. Au troisième bouton, ses doigts tremblent trop pour le faire. Elle abandonne, saisit la bouteille et arrache le bouchon. Il part avec un claquement sec.
La porte d’entrée s’ouvre derrière elle.
— Si vous comptez boire ça seule, prenez au moins un verre.
Romy se retourne si vite que le champagne déborde sur sa main.
L’homme qui vient d’entrer pose un sac de voyage près de la console. Il est grand, mais ce sont surtout ses proportions qui retiennent le regard : les épaules pleines, la taille sèche, le torse dense que la chemise sombre ne cherche pas à mettre en valeur et souligne pourtant à chaque mouvement. Les manches remontées découvrent des avant-bras bruns, parcourus de veines nettes, et une fine cicatrice blanche près du poignet droit.
Ce n’est pas un corps fabriqué pour les photographes. C’est celui d’un homme qui a passé des années dans des cockpits, soumis à la vitesse et à la force, puis qui a gardé la discipline quand il a cessé de voler pour diriger ceux qui le font.
Quelques fils argentés coupent ses cheveux bruns aux tempes. Ils durcissent ses traits au lieu de le vieillir : nez droit, mâchoire lourde, rides courtes au coin des yeux. À quarante-trois ans, Côme Varenne n’a rien de la beauté lisse de son fils. Il a mieux. Une présence qui prend la pièce sans demander qu’on la lui cède.
Romy le reconnaît. La presse économique affiche ce visage sous le logo d’Asterion Aviation, à côté d’un prototype ou d’un ministre. Il y porte déjà cette même expression, calme au point de devenir intimidante, comme si les difficultés n’étaient que des données en attente d’une décision.
Le père.
Son regard descend vers les deux coupes, les feuilletés, la robe entrouverte. Il remonte jusqu’au visage de Romy sans se presser.
— Aurèle m’a donné le code, dit-elle.
— Je sais. Il m’a prévenu qu’il ne rentrait pas.
La honte lui chauffe le cou. Aurèle a donc trouvé le temps d’avertir son père. Elle, il l’a laissée décorer la maison comme une idiote avant de lui envoyer quatre lignes.
Le téléphone de Côme vibre. Sur l’écran, Romy aperçoit le nom du directeur général adjoint d’Asterion et le mot CONSEIL. Côme décroche.
— Décalez le vote. Je valide Oslo à vingt-deux heures.
Une protestation grésille dans le haut-parleur. Il enlève sa montre, la pose sur la console et retrousse une manche d’un geste tranquille.
— Ce n’est pas une négociation, Gaspard.
Il raccroche. À l’autre bout de la ligne, un conseil d’administration entier va modifier son horaire parce qu’il vient de le décider. Ici, le silence revient avec la même facilité.
Côme regarde la mise en scène ridicule.
— Mon fils vous fait attendre depuis deux ans. Ce soir, il vous laisse encore faire tout le trajet.
Romy attrape son manteau.
— Merci pour l’analyse.
Il se décale aussitôt et libère le passage.
Il ne la retient pas.
Elle fait trois pas. En arrivant à sa hauteur, elle sent sur lui l’air du dehors, le cuir et une trace de métal. Rien de sucré, rien qui cherche à séduire. Sous le col ouvert, un triangle de peau apparaît, mat, ferme, traversé par l’ombre d’un muscle quand il tourne la tête.
La porte est libre. Elle devrait la prendre.
— Votre dossier est passé devant la Fondation Varenne, reprend-il. J’ai regardé toute votre série sur les chambres d’hôtel.
Romy s’arrête. Aurèle n’a jamais ouvert le portfolio jusqu’à la dernière image. Son père se souvient même du titre.
— Et qu’est-ce que vous en avez conclu ?
— Que vous voyez très bien ce que les gens essaient de cacher. Sauf quand il s’agit de lui.
La phrase atteint sa cible sans qu’il hausse la voix. Côme ne recherche pas le dernier mot ; il a l’habitude plus dangereuse de croire que les choses finissent par se ranger autour de sa décision.
Romy pose son manteau sur le sac de voyage.
Son regard change à peine. Une tension plus sombre passe seulement dans ses yeux.
— Vous savez pourquoi j’étais venue, dit-elle.
— Oui.
— Et vous me regardez quand même comme ça.
Cette fois, ses yeux glissent jusqu’au bouton resté ouvert. Une seconde. Pas davantage. C’est assez pour que les mamelons de Romy se resserrent sous la dentelle.
— Vous êtes encore là, répond-il.
Il ne bouge pas. Il lui laisse la porte, la distance, le choix. Cette maîtrise la met plus à nu qu’une main posée sur elle.
Romy franchit l’espace qui les sépare, saisit son col et l’embrasse.
Côme ne répond pas tout de suite. Sa main se referme autour de ses deux poignets et les maintient contre son torse. Sous la chemise, la chaleur et la dureté des muscles n’ont rien d’imaginé. Il sépare leurs bouches de quelques centimètres.
— Regardez-moi.
Elle lève les yeux.
Le calme tient encore, mais de justesse. Sa mâchoire est dure. Son souffle touche les lèvres de Romy.
— Mon prénom.
— Côme.
Il libère ses poignets.
Elle pourrait reculer. À la place, ses doigts reviennent sur sa nuque et sa bouche cherche la sienne.
Alors il prend le baiser.
Sans précaution inutile, une main ferme sa taille ; l’autre glisse sous sa cuisse et la soulève juste assez pour la plaquer contre lui. Romy heurte la console. La robe remonte sur ses hanches, et sa peau nue rencontre la froide de son pantalon.
Elle sent son sexe dur contre elle.
La réalité la traverse d’un coup : ce n’est pas Aurèle. Le corps, l’odeur, la manière de la tenir, rien ne ressemble au garçon qu’elle poursuit depuis deux ans.
Côme embrasse comme il dirige : avec une précision insolente, certain de l’effet produit, assez maître de lui pour ne jamais paraître avide.
C’est cette maîtrise qui lui donne envie de la lui faire perdre.
Il rompt le baiser. Son pouce demeure contre l’intérieur de sa cuisse.
— Vous étiez venue pour mon fils.
— Il n’est pas là.
— Je suis son père.
Romy pose la main sur sa ceinture.
— Je sais.
Et elle défait elle-même la boucle.
Six mois plus tard, la serrure de Montreuil s'ouvre toujours avec la même clé.Romy entre, dépose sa valise et retire les housses posées sur les tréteaux. La résidence de Genève s'est terminée la veille. La fondation a acheté le mur bleu, commandé l'installation du Rhône et proposé un nouveau programme de recherche de trois mois par an. Romy a accepté les trois mois. Son atelier principal reste ici, avec Garance et Malik devenus associés sur les nouveaux projets.Elle ouvre les fenêtres. Dans la cour, une voisine secoue un tapis. Le bruit, l'odeur du café du rez-de-chaussée et la marque claire laissée par une ancienne fuite au plafond lui avaient manqué.Son téléphone vibre. Côme a envoyé une photographie depuis la piste d'Asterion : le jeune pilote du simulateur vient d'effectuer son premier vol d'essai com
Les clés genevoises restent dans la poche de Romy lorsqu'elle revient à Montreuil pour préparer les six mois de résidence.Son appartement n'a pas changé. Le lit occupe toujours la moitié de la grande pièce, séparé des tréteaux par la bibliothèque basse. Une tasse oubliée attend près de l'évier. Garance a arrosé la plante et déposé le courrier sur la table.Romy ouvre deux valises. Elle emporte les vêtements de travail, ses carnets et la robe rouge. Les moules, les archives et la vaisselle restent ici. Le bail aussi. Daphné lui a demandé si cela valait la peine de payer un logement presque vide. Romy a répondu oui avant de calculer le prix.À dix-huit heures, Côme sonne. Il a prévenu une heure plus tôt et attendu sa réponse. Il entre avec des cartons plats, du ruban et le devis de la ta
Les dimensions restent inscrites au mur lorsque Romy part pour Genève. Côme promet de laisser la pièce vide jusqu'à ce qu'elle choisisse la table.Une semaine plus tard, la fondation lui remet les clés du logement de la résidence. Garance et Malik repartent à Paris après l'installation du premier poste de travail. Romy déballe deux assiettes, trois livres et la cafetière donnée par sa mère. Elle accroche sa robe rouge dans l'armoire. Le reste peut attendre.À dix-neuf heures, quelqu'un sonne.Côme se tient devant la porte avec un sac de voyage et une bouteille de vin. Romy avait reçu son message annonçant une réunion à Zurich. Il n'avait pas écrit qu'il passerait la nuit ici.— Comment as-tu eu l'adresse exacte ?— Le chauffeur l'a demandée à la fondation.— Et le code de l'immeubl
Trois jours après la signature, Côme demande à Romy de monter au dernier étage de son appartement.Elle connaît l'escalier qui mène au toit, mais pas la porte dissimulée derrière les cartes aériennes du bureau. Côme la pousse. Une petite pièce mansardée apparaît, encombrée d'un lit ancien, de valises et de cartons d'archives.— Je croyais que c'était un placard.— C'en est devenu un.Il ouvre les volets. La lumière découvre un parquet rayé, un radiateur en fonte et une fenêtre donnant sur les cheminées. Le lit occupe presque tout l'espace.— À qui est la chambre ? demande Romy.— À personne. Aurèle y a dormi deux fois quand il était adolescent. Gaspard une nuit pendant une grève. Ma mère y stockait des draps.— Une pièce tr&












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