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Chapitre 8

Author: Étincelle
Atelier Élan

Claire était de retour dans une autre pièce de l’atelier. Elle a allumé la lumière.

Dans cette pièce, elle avait entreposé un costume pour homme de style, en soie brodée d’un violet profond. Il s’agissait d’une commande sur mesure pour un grand client.

Ce client restait très mystérieux. Bien qu’il s’agît d’une confection personnalisée, Claire ne le voyait jamais en personne. Il lui avait simplement fait parvenir une fiche détaillée de ses mensurations à travers de quelqu’un. Elle a trouvé que ce client avait une bonne morphologie et un goût raffiné.

Si son amie ne le lui avait pas recommandé personnellement, Claire n’aurait probablement pas osé accepter la commande au départ.

D’ailleurs, ce client lui a offert une rémunération généreuse : rien que l’acompte s’élevait à un million, ce qui montrait l’importance qu’il accordait au projet.

Elle aussi y attachait une grande importance : c’était jusqu’à présent la plus grosse affaire qu’elle ait conclue, et cela représentait une véritable avancée dans sa carrière.

La livraison de ce costume était prévue dans quelques jours. Il ne lui restait plus que quelques détails à vérifier et à ajuster. Elle a donc prévu de se concentrer pleinement sur les finitions durant les deux jours à venir.

Ce soir-là, elle a décidé de dormir à l’atelier.

Le lendemain, elle a passé toute la journée dans son atelier, à finaliser ce costume et à peaufiner le portfolio de ses créations de ces dernières années.

Le temps a filé sans qu’elle ne s’en rende compte.

Elle n’a réalisé qu’elle avait faim que lorsque Marie l’a appelée pour l’inviter à dîner. En se levant, elle a eu un léger vertige.

Elle a rapidement pris un bonbon qu’elle gardait toujours sur elle, puis elle a pris la voiture pour se rendre au restaurant réservé par Marie.

Après avoir garé la voiture, elle s’apprêtait à descendre quand elle se figeait.

Un peu plus loin, en diagonale devant elle, se trouvait une voiture qu’elle connaissait bien.

Elle a vu Sarah et Gabriel en descendre.

Elle n’a pas encore eu le temps de réfléchir à cette coïncidence, qu’elle a déjà aperçu son fils, Théo, qui sortait de la voiture à son tour.

Il s’est précipité dans les bras de Sarah, tout joyeux, l’air très complice.

Soudain, Claire a eu la gorge nouée, comme si une pierre énorme venait de s’écraser contre son cœur.

Elle a bien senti que voir de ses propres yeux n’était pas la même chose qu’entendre à travers un appel.

Elle a réprimé le haut-le-cœur qui lui montait à la poitrine, et, la main tremblante, elle a entrouvert la vitre de la voiture.

Aussitôt, la voix encore enfantine de Théo a infiltré dans la voiture :

« Sarah, pourquoi tu ne me réponds pas ? Puisque tu es revenue, pourquoi je ne peux toujours pas vivre avec toi ? Moi, je veux être avec toi tout le temps, tous les jours. »

Sarah a caressé doucement la tête de Théo. Un sourire radieux s’est dessiné dans ses beaux yeux, et sa voix était douce, pleine de chaleur :

« Ce jour viendra, ne sois pas pressé. »

« C’est vrai ? » a demandé Théo, les yeux brillants d’espoir.

Sarah a levé les yeux vers Gabriel. Comme il ne disait rien, elle a hoché la tête avec un sourire :

« Bien sûr. »

À ce moment-là, quelques jeunes hommes tout aussi éblouissants se sont approchés de l’autre côté, en saluant de loin Gabriel et Sarah :

« Gabriel, Sarah, on vous attend depuis longtemps. »

« Allez, on y va. Sarah, aujourd’hui, c’est Gabriel qui nous a invités pour te souhaiter la bienvenue et fêter ton retour au pays ! »

Claire les a reconnus : ils faisaient partie des amis d’enfance de Gabriel, tous issus du même cercle.

En réalité, ces personnes étaient aussi les amis d’enfance de Sarah.

Sarah et Gabriel grandissaient ensemble, leurs familles se connaissaient bien, et les aînés des deux familles supposaient toujours qu’ils se marieraient un jour.

Même si, une fois adultes, ils n’avaient jamais officialisé leur relation amoureuse, leurs proches les considéraient déjà comme un couple de fiancés.

Mais personne ne s’attendait à l’arrivée soudaine d’une troisième personne qui allait tout changer.

Finalement, ce brillant jeune homme qu’était Gabriel s’était marié avec une jeune fille inconnue du milieu.

C’était Claire.

À cette époque-là, Sarah poursuivait ses études à l’étranger.

Quand elle avait appris que Gabriel s’était marié avec Claire, elle ne revenait plus jamais au pays pendant les années qui suivaient.

Quant à leurs amis communs, ils n'acceptaient jamais Claire. À leurs yeux, elle était méprisable. S’ils en parlaient, c’était toujours pour affirmer que, sans recours à des moyens honteux, elle n’aurait jamais été digne de Gabriel, et que c’était elle qui a humilié Sarah.

Pendant toutes ces années, ils ne se privaient pas de lui mettre des bâtons dans les roues, de l’humilier ouvertement ou en douce.

Gabriel, après leur mariage, ne prenait jamais la peine de la présenter à ses amis. Peu importe à quel point avait essayé Claire de s’intégrer dans ce cercle, elle en restait exclue. Et à force d’être rabaissée, elle avait fini par renoncer.

Depuis le début, elle restait une étrangère complète.

En observant de loin cette scène harmonieuse et animée, Claire a esquissé un sourire amer, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir ridicule.

Elle avait fait des efforts pendant sept ans, mais cela ne valait pas le retour triomphal de Sarah.

Tout ce qu’elle avait désiré autrefois était à portée de main pour Sarah.

Même le fils qu’elle avait porté pendant dix mois semblait aimer Sarah avec une affection spontanée.

Elle a pensé que ce mariage était vraiment un échec pathétique et risible.

Lorsqu’ils sont entrés dans le restaurant et ont disparu de son champ de vision, Claire est restée longtemps figée, incapable de reprendre ses esprits.

Ce n'était que lorsque Marie l’a appelée qu’elle s’est rendue compte qu’elle était en sueur :

« Je suis arrivée, je monte tout de suite. »

Claire a repris son souffle, puis elle a répondu avec calme. Ensuite, elle est descendue de voiture avec un air tranquille et est montée au troisième étage, dans la chambre réservée de Marie.

En entrant, elle a tout de suite remarqué l’expression sombre de Marie et a demandé :

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Marie a poussé un soupir agacé et a dit :

« Même pour un simple repas, on tombe sur ce connard. Ils n’ont pas d’autre endroit où aller ?»

Claire a été surprise. Après avoir posé quelques questions, elle a compris que la chambre réservée par Gabriel et ses amis se trouvait exactement sur le même étage, juste en face de la leur.

En l’apprenant, elle n’a pu que soupirer avec résignation.

Marie a observé ses réactions avec prudence, puis a demandé d’un ton hésitant :

« Et si on changeait de restaurant ? »

Claire a secoué la tête :

« Pourquoi devrait-on changer ? »

Marie a tapé alors sur la table, indignée :

« Voilà, exactement ! Ce sont eux les fautifs, alors pourquoi on devrait se planquer! »

Lorsque les plats arrivaient, Marie a abordé enfin le sujet principal.

« Au fait, pour ton divorce, j’ai consulté un avocat spécialisé dans les affaires familiales. Il t’a préparé un accord de divorce adapté à ta situation. C’est pratiquement prêt, tu pourras entamer la procédure dans les jours qui viennent. On commence par une négociation. Si ça ne marche pas, on passera par une plainte. »

Claire est restée un instant figé, puis a hoché la tête pour montrer qu’elle a compris.

Marie a repris :

« Et puis… le Nouvel An approche. Tu comptes le passer comment cette année ? »

Quand Marie a abordé ce sujet, elle a ralenti le rythme de son repas. Elle connaissait la situation familiale de Claire.

Les parents de Claire, sans scrupules, avaient failli la vendre à l’époque. Plus tard, elle avait payé un appartement pour eux à Saint-Claire, ce qui lui avait permis de transférer son enregistrement de résidence. Depuis, ils n’étaient presque plus en contact, vivant comme s’ils avaient coupé les liens familiaux.

Maintenant qu’elle allait divorcer, il était certain qu’elle ne pourrait pas retourner chez ses parents.

Voyant Claire manger en silence, la tête baissée, Marie a poussé un soupir intérieur avant d’ajouter :

« Et si tu venais passer le Nouvel An chez moi, comme à l’université ? Ma mère me parle encore de toi ces derniers jours. Elle a dit que tu lui manquais, elle voulait savoir quand tu reviendras la voir. Elle te considère vraiment comme sa propre fille. »

Claire n’a pas pu s’empêcher de sourire, une chaleur douce l’envahissant.

Elle s’est dit que, si tout se passait bien, la procédure de divorce pourrait être réglée avant le Nouvel An. Elle n’avait donc plus besoin de passer les fêtes dans Manoir Morel.

Il ne devait pas y avoir de problème.

Vu les sentiments de Gabriel pour Sarah et son attitude, si elle lui proposait le divorce, il y consentirait sans doute.
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