登入POV NaïaMardi soir. Vingt heures.Mathis dort, déjà, cette même respiration régulière que j'ai vérifiée, il y a quelques minutes, avant de refermer doucement la porte de sa chambre.L'appartement retrouve, alors, ce silence particulier des soirs où seule la lumière de la cuisine reste allumée, cette même atmosphère que je connais, désormais, par cœur, ces années passées à l'apprivoiser, seule, avant que Raphaël n'y trouve, à son tour, sa place naturelle.J'entends la clé tourner dans la serrure, ce même bruit familier qui m'annonce, chaque soir, son retour, cette même impatience qui grandit en moi,
POV NaïaMardi après-midi. Seize heures.Le cabinet bourdonne, autour de moi, cette même activité feutrée qui accompagne, toujours, les fins de journée les plus chargées, ces dossiers empilés sur mon bureau, cette voix de Chloé qui me parvient, à travers la porte entrouverte, en train de négocier un rendez-vous avec un client difficile.Je referme, discrètement, le tiroir où j'ai glissé, ce matin, avant de partir, cette petite boîte achetée dans une pharmacie du quartier, à l'abri des regards, cette même précaution que j'ai prise, systématiquement, depuis que ce doute s'est installé, la semaine dernière, sans jamais vraiment me quitter.
POV RaphaëlMardi matin. Neuf heures.La salle de conférence du groupe Fontaine se remplit, progressivement, cette même effervescence feutrée qui accompagne, toujours, les grandes réunions trimestrielles, ces douze partenaires qui prennent place, un à un, autour de cette table ovale que mon père a fait installer, il y a plus de vingt ans, et qui porte, encore, cette patine particulière des décisions importantes qui s'y sont prises, génération après génération.Je m'installe à ma place, celle qu'occupait mon père avant moi, cette même chaise dont l'assise a fini par épouser, avec le temps, la forme exacte de ceux qui l'ont occupée, et je sens, encore, cette l&
POV NaïaLe carton est arrivé mardi.Pas un carton de déménagement au sens propre. Raphaël n'a jamais eu besoin de vider un appartement entier puisque le sien, dans le huitième, il l'a gardé encore quelques mois « au cas où », disait-il, sans jamais préciser au cas où quoi. Ce carton-là contenait ses livres. Une trentaine, pas plus. Des essais économiques, deux romans qu'il n'avait visiblement jamais ouverts, et un exemplaire corné de L'Idiot de Dostoïevski que je n'ai pas eu le cœur de lui demander pourquoi il tenait à l'emporter.Je crois que je sais pourquoi.Ce matin, six mois après cette nuit où il m'a dit qu'il pourrait s'habituer à ça, l
POV NaïaDimanche matin. Dix heures.L'appartement du seizième arrondissement baigne dans cette lumière de printemps qui traverse, désormais, chaque fenêtre sans presque plus jamais rencontrer ce gris de février qui accompagnait, autrefois, mes réveils les plus solitaires.Mathis est dans le salon, en pyjama, cette énergie du dimanche matin qu'aucune fatigue de la semaine ne parvient jamais vraiment à entamer, ce rire qui résonne, déjà, depuis la cuisine où Raphaël prépare, avec cette maladresse attendrissante qu'il n'a jamais tout à fait corrigée, des pancakes qu'il a promis de réussir, cette fois, sans les brûler.Je les observe, un instant, depuis le couloir, cette scène si ordinaire et pourtant si précieuse, ce fils qui rit aux éclats
POV NaïaDimanche soir. Vingt-deux heures.Je reprends la lettre que j'ai écrite, tout à l'heure, celle que j'ai déjà pliée et rangée dans le tiroir, à côté de celle de mes vingt ans, mais je la sors, à nouveau, cette envie soudaine de la relire, entièrement, une dernière fois, avant de vraiment la considérer comme achevée.Je la déplie, sur mon bureau, sous cette lumière douce de ma lampe de chevet, cette même lumière qui a accompagné, ces derniers mois, tant de mes réflexions les plus intimes.Je commence à relire.Naïa,







